En 2017, les Français, dans un grand moment d’hébétude, ont élu un homme qui n’emploie jamais les mots au hasard, un homme qui est au premier rang de ceux qui véhiculent les mots qui tuent un peuple, un homme qui n’hésite pas à entretenir la repentance historique destinée à dégoûter les Français de leur histoire en osant parler de crimes contre l’humanité pour évoquer la présence de la France outre-mer, en oubliant l’œuvre extraordinaire des médecins coloniaux français en Afrique et ailleurs.

Cet homme est le chef de nos armées, et récemment, il a martelé que nous étions en guerre, en guerre contre le virus ! Rien n’est plus faux ! On ne fait pas la guerre à un tremblement de terre ou à une inondation catastrophique. On ne fait la guerre qu’à un ennemi humain qu’il faut avoir le courage de désigner. Un virus, quelle que soit sa contagiosité, sa dangerosité pour la vie, n’est pas un ennemi, c’est une chose dont il faut limiter les effets et qu’il faut tenter d’anéantir. Il est frappant de constater que, lorsque les ennemis étaient bien des humains, on prétendait faire la guerre au , c’est-à-dire à une abstraction, sans oser la définir de manière explicite en parlant d’islamisme.

Dans le roman d’Orwell, 1984, qui est devenu une clef pour comprendre notre monde, la dictature de « Big Brother » règne par une surveillance quotidienne et pointilleuse des individus, une maîtrise de leur pensée par l’usage d’un « novlangue », et par la pression d’une guerre avec un ennemi lointain qu’on ne voit jamais. Celui que l’on voit, c’est le traître, l’ennemi intérieur. Ces menaces justifient la présence obsédante de « Big Brother » sur les écrans. Certes, le ton empathique et doucereux de M. , lors de sa dernière allocution, semble disqualifier la comparaison… Et pourtant, si le style est différent, les avantages pour le pouvoir d’inventer une guerre imaginaire sont les mêmes. La guerre appelle à l’ et contraint l’opposition à modérer ses ardeurs critiques. C’est d’autant plus utile quand on n’a pas préparé la prétendue guerre en réunissant les moyens du combat, lorsqu’on a refusé de fermer les en affirmant que le virus n’avait pas besoin de passeport. Cette formule absurde était inconsciemment révélatrice : le virus est un ennemi qui franchit la frontière, mais ce n’est pas un homme, comme s’il ne fallait pas un homme pour le porter avec lui… Mais ce serait là un crime-pensée, comme dirait Orwell, une pensée politiquement incorrecte, l’idée que l’ennemi puisse être un étranger franchissant une frontière européenne… L’autre avantage, c’est, pour le pouvoir, de se trouver comme seul à bord : les passagers sont enfermés dans leurs cabines, les coursives sont désertes, le ravitaillement et l’entretien de l’équipage et de tous ceux qui sont sur le navire dépendent entièrement du capitaine qui multiplie les annonces de distribution gratuites de vivres en échange de la discipline et des efforts de chacun. L’idée de pourchasser les contestataires sur les ou celle de « tracer » les gens complètent cet idéal liberticide. Les vingt minutes de peur chiffrée quotidienne remplacent les deux minutes de haine de 1984…

La différence est que le bateau en guerre accostera un jour, en conservant peut-être certains de ses occupants en quarantaine. Or, le rivage sera celui du monde réel, celui où les ennemis sont des hommes, ceux qui, dans de nombreux quartiers, vivent déjà en dissidence et entretiennent les braises d’une guerre civile, dont les taisent la virulence potentielle, ceux qui livrent à notre pays une guerre réelle de l’autre côté de la Méditerranée, ceux, aussi, qui sont nos concurrents économiques que nous refusons de voir, contre l’évidence, comme de vrais ennemis. Lorsque la parenthèse du virus se refermera, il faudrait que les Français se rendent compte qu’il sont en guerre et contre de véritables ennemis.

22 avril 2020

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