Comme il faut bien se rattraper aux branches, notre Président jupitérien est parti à Londres, ce 18 juin 2020, histoire de fêter à la fois le 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 ainsi que le 150e de la naissance et le 50e du décès du grand homme.

Bref, serait le dernier des gaullistes, ou aimerait, tout au moins, se présenter comme tel. Ce qui n’est pas tout à fait l’avis de Stéphane Viry, député LR des Vosges, président de l’Amicale des députés et anciens députés gaullistes : « Le Président Macron est aux antipodes de la pratique gaulliste qui a été de rassembler le peuple. Il peut effectivement tenter d’utiliser un certain nombre de symboles. Mais sur le fond, ça ne fonctionne pas. »

De son côté, l’historien Jean Garrigues, cité par BFM, affirme qu’il a redonné « de la solennité, ce qui a été plutôt apprécié, mais s’est ensuite retourné contre lui, puisqu’il a été ensuite considéré comme un Président des élites ». Peu importe, finalement, la figure gaullienne étant désormais quasiment devenue totem. Quand tout le monde est gaulliste, c’est que plus personne ne l’est.

Voyons, par exemple, la figure de Jeanne d’Arc : pour la droite catholique, la demoiselle de Domrémy était une sainte. Pour la droite tout court, une sainte aussi, mais surtout celle, déjà un peu plus laïque, de la patrie. Pour la gauche, une héroïne populaire ayant réussi là où les élites d’alors avaient baissé les bras. Chacun avait donc sa Jeanne d’Arc.

Idem pour le . Pour la droite, il est la figure du souverainisme. Pour la gauche, l’homme de la planification, voire celui de la décolonisation. Là encore, à chacun son Général. Pourtant, la figure rassembleuse qui nous est aujourd’hui vendue ne le fut pas toujours.

À l’époque, seul le parti gaulliste était gaulliste, tandis que la majeure partie des autres formations politiques étaient antigaullistes, et ce, pour des raisons aussi diverses que contradictoires. Le PCF y voyait un « apprenti dictateur », même si s’étant le plus souvent arrangé avec lui en coulisses. La SFIO et le MRP le tenaient pour un reître propre à nous fâcher avec le traditionnel « ami américain », tandis qu’à la droite de la droite, il était considéré comme bradeur de l’Algérie.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Rompant avec les réflexes antigaullistes de cette droite, une autre droite, la Nouvelle Droite, menée par Alain de Benoist, bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire, se pose cette question dans les années 80 : « Comment peut-on être gaullien ? » De son côté, le Front national, pas le plus gaulliste des protagonistes en présence, affiche, à l’occasion des élections européennes de 1999, en plein scission mégrétiste, un ticket « Le Pen/de Gaulle » ; le de Gaulle en question, lui aussi prénommé Charles, n’est autre qu’un des petits-fils du Général.

Dans Libération de ce 17 juin, Alain Duhamel a beau éditorialiser sur « l’instrumentalisation du mythe gaullien », faisant mine de s’étonner qu’au Rassemblement national, les néo-gaulliens soient de plus en plus nombreux. Paradoxalement, le mouvement de Jean-Marie Le Pen n’est pas le plus mal placé en termes d’héritage, même si, en son temps, certains de ses membres historiques pouvaient faire preuve d’un antigaullisme virulent.

À l’égard de ces gens, Alain Peyreffite cite ces mots de De Gaulle : « Les gens de l’OAS me haïssent parce qu’ils sont aveuglés par leur amour de la France. Mais si ceux qui soutiennent le FLN me haïssent tout autant, c’est parce qu’ils sont aveuglés par leur haine de la France. » Hommage du vice à la vertu ? Ou le contraire ?

À croire qu’entre amoureux de la France, il est toujours possible de s’entendre, même si les amants ne viennent pas forcément des mêmes rives de notre rivière commune. Emmanuel Macron en est loin. Très loin, lui qui n’a pas encore compris que la France n’est pas une société anonyme et qu’un conseil d’administration ne saurait faire figure de gouvernement.

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