Editoriaux - Justice - Santé - 16 mai 2019

Un directeur d’ARS condamné pour avoir financé des hôpitaux au Sénégal et au Maroc !

Les agences régionales de santé ont, depuis 2010, succédé aux anciennes DDASS, mais leurs pouvoirs n’ont pas beaucoup changé. Elles restent les bras armés du ministère de la Santé dans toutes les régions et ont pour but officiel « d’assurer un pilotage unifié de la santé en région, de mieux répondre aux besoins de la population et d’accroître l’efficacité du système ». Mais ce noble dessein a, curieusement, pour effet quasi constant de favoriser (on est entre fonctionnaires…) l’hospitalocentrisme et le secteur public par rapport au monde libéral. Surtout quand il s’agit de financer des projets susceptibles de faciliter la vie des médecins.

Il est ainsi particulièrement choquant d’apprendre, par Le Quotidien du médecin, qu’un ancien directeur d’ARS vient d’être condamné (on ignore s’il a déposé un recours) à une amende de 500 euros (le malheureux !) pour avoir alloué 325.000 euros à la construction d’un pôle mère-enfant à l’hôpital de Mbour au Sénégal et à la construction d’une unité Alzheimer au centre hospitalier de Rabat, au Maroc…

Alors que, depuis des années, ordres et syndicats départementaux de médecins français déploient des trésors d’ingéniosité et de persuasion afin de garnir des points de garde fixes de confrères volontaires – indemnisés une misère et avec des mois de retard -, où manquent le plus souvent PC et terminaux de lecture de cartes Vitale au motif que « l’ARS n’a pas les budgets » alors qu’il ne s’agit que de quelques centaines d’euros…

Les plates-formes territoriales d’appui (PTA) qui se mettent en place ici et là auraient, elles aussi, besoin de financements. Il s’agit, avec du personnel dédié, d’aider les médecins – de plus en plus souvent confrontés à des patients présentant plusieurs pathologies, elles-mêmes parfois associées à des problèmes sociaux, psychosociaux ou économiques -, à les orienter avec la meilleure réactivité vers une hospitalisation, un spécialiste, une aide à domicile, une place en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), etc. : toutes tâches éminemment chronophages au milieu de la journée de consultation d’un médecin solitaire.

La Cour de discipline budgétaire et financière, informée par la Cour des comptes de la gestion administrative et financière de l’ARS (ça en fait, des cours !), a rappelé que les missions des ARS devaient présenter « un intérêt en termes de politique de santé publique pour la circonscription régionale ». Donc d’aider son prochain plutôt que son lointain.

Apparemment, ce n’était pas évident pour tout le monde…

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