Jeudi soir, sur , une émission de « Complément d’enquête » était consacrée à la gestion des frontières externes de l’Europe, et donc des flux migratoires. Intitulé « Frontières, des milliards, des ratés, des barbelés », le documentaire présenté depuis un camp de réfugiés en Irak, près d’Erbil, met l’accent sur « les milliards » dépensés en Europe pour surveiller les frontières où se pressent des migrants « à qui l’Europe réserve un comité d’accueil plutôt musclé ».

Surveiller, et non pas défendre ou protéger. Dès les premières minutes, la sémantique, on s’en doute, est choisie et orientée.

Et quand on parle de chiffres, il ne s’agit que de ceux « dépensés » pour équiper les frontières, jamais des divers flux de qui se pressent aux portes de l’Europe, au sud et à l’est, qui sont la cause première de ces murs. Ainsi, un milliard d’euros ont été dépensés pour la surveillance des frontières françaises, 23 milliards vont être investis par l’Union européenne pour celle de ses frontières externes.

Gros plan est mis sur la qui a, dès 2015, édifié un mur à sa frontière qui est aussi la frontière externe de l’Europe, où se pressaient alors Syriens et Afghans. Interrogé, le député européen du Fidesz Balázs Hidvéghi confirme que la Hongrie aurait apprécié un cofinancement de l’Union européenne, qui lui a été refusé car cette clôture, aux avant-postes de l’Europe et qui a coûté à la Hongrie 1,5 milliard d’euros, est contraire « aux valeurs » de l’Union européenne.

Mais depuis, « les temps ont changé, les murs du président hongrois sont désormais cités en exemple, beaucoup s’en inspirent », poursuit le reportage. Sans donner l’esquisse d’une raison, l’ombre d’une explication de ce revirement. Grèce, Lituanie, Bulgarie, Autriche et tout récemment ont construit des murs pour endiguer le flot de clandestins. Ainsi, 1.200 kilomètres de clôtures ont été construits sur le sol européen. Fatalement, une longue séquence du reportage est consacrée aux moyens déployés, à leur efficacité et plus particulièrement aux différents types de barbelés utilisés, il est vrai effrayants - et donc forcément dissuasifs. « Et celui-là, il est pour la Pologne ? », demande la journaliste qui a pu pénétrer dans l’usine de fabrication et filmer en caméra cachée, se faisant passer pour une cliente. « Non, pour la Suède », lui-répond-on. La Suède, ce pays dirigé par Magdalena Andersson, patronne des sociaux-démocrates suédois.

Puis vient le tour de Frontex, cette agence européenne de contrôle et de surveillance des frontières à qui l’on reproche… de remplir la mission qui lui a été confiée, en faisant des « refoulements illégaux ». On touche là « la schizophrénie européenne », s’exclame François-Xavier Bellamy.

Il est aussi question de Ceuta, cette enclave espagnole sur le sol marocain, où une jeune fille qui a tenté plusieurs fois de passer dans la zone espagnole, donc en Europe, s’explique : « En Europe, il y a des droits. Ici, si tu as des moyens, tu vis, sinon, tu vis pas. »

Le reportage se conclut sur une interview du père du petit Alan Kurdi : la photo de son corps échoué sur une plage de Turquie avait marqué l’opinion publique mondiale et signé l’évolution des gouvernements français et allemands vers l’accueil inconditionnel des migrants syriens. On connaît la suite.

Le père du petit Alan, très ému à l’évocation de sa noyée, explique qu’il avait d’abord projeté de partir seul : « Le projet était d’abord de me faire partir seul et ensuite de demander le regroupement familial. »

Dans ce reportage, à aucun moment n’est levé le tabou de l’immigration, l’appel d’air gigantesque et criminel – c’est ici le cas – que représentent les politiques migratoires menées dans toute l’Europe depuis des décennies, les aides sociales multiples, la nationalité accordée généreusement, les OQTF [obligation de quitter le territoire français, NDLR] presque pas exécutées. En creux, et tout à fait involontairement, ce reportage démontre, in fine, la faillite colossale de ce système, et son dramatique coût humain.

13 mai 2022

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