Un colloque, critique de l’idéologie transgenre, annulé au Collège de France

L'événement qui ambitionnait d’aborder le sujet de la dysphorie de genre a été annulé au nom de la « neutralité ».
Capture d'écran © YouTube Collège de France
Capture d'écran © YouTube Collège de France

Un revirement qui interpelle. Le 22 juin prochain, le prestigieux Collège de France devait héberger un grand colloque intitulé « L’enfant, cible des idéologies ». Au programme, des interventions et débats sur le thème de l’enfance, avec la participation de divers spécialistes tels que des pédopsychiatres, la présidente de la chambre des mineurs à la cour d’appel de Paris, des historiens, une ancienne Défenseur des enfants, des philosophes…

Ce casting trois étoiles avait séduit jusqu’au plus haut sommet de l’État et la haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, qui avait accepté d’apporter son parrainage à l’événement. Mais tout s’est brusquement tendu lorsqu’a commencé à circuler, sur Internet, le détail des thématiques abordées. Deux interventions auraient cristallisé l’embarras : l’une consacrée aux témoignages de jeunes ayant fait une transition de genre, avant de faire marche arrière – les « détransitionneurs » –, l’autre à la question de la dysphorie de genre chez les mineurs.

Ni une, ni deux : le cabinet de Sarah El Haïry a mis fin au parrainage, évoquant « des contraintes d’agenda ». De son côté, le Collège de France a annulé la location des locaux au motif que certains éléments du programme ne seraient « pas pleinement compatibles avec les principes de neutralité » de l’institution.

Dans un courriel, la haut-commissaire à l’Enfance pointe du doigt « l’identité de la structure organisatrice » du colloque. Cette structure n’est autre que l’observatoire La Petite Sirène, fondé en 2021 par Caroline Eliacheff, pédopsychiatre reconnue, à la tête pendant vingt ans d’un centre médico-psychologique pour enfants, et par Céline Masson, professeur des universités en psychopathologie de l’enfant à Amiens. Depuis sa création, l’observatoire dénonce l’approche dite « trans-affirmative » prônée par certains militants ou professionnels de santé, approche qui préconise l’usage de traitements hormonaux et chirurgicaux sans restriction d’âge aux patients souffrant de dysphorie de genre. « Nous ne nions pas la réalité de la dysphorie de genre, a tenu à nuancer Céline Masson. Nous demandons simplement que la médecine applique à ce sujet les mêmes exigences de prudence et de preuve qu’à n’importe quel autre. »

Une « neutralité » à géométrie variable

« Voilà où mène l'idéologie quand elle écrase la science : on traite des pédopsychiatres comme des ennemis à neutraliser, s’est indignée SOS Éducation, association spécialisée reconnue d'intérêt général. Le colloque aura quand même lieu le 22 juin. Le courage, ce jour-là, ne sera pas du côté du Collège de France ni du gouvernement. »

Le prestigieux Collège de France n’a pas développé les raisons de son revirement et s’est contenté de répéter que l’événement était « susceptible de porter atteinte au principe de neutralité ». Contactée par nos soins, l’institution a accusé « bonne réception » de nos questions mais n’y a pas encore apporté de réponses. C’est dommage. Nous aurions aimé savoir si elle avait reçu des pressions extérieures. Nous aurions également souhaité avoir des éclaircissements sur la « neutralité » d’autres événements et colloques dont le Collège de France sera l’hébergeur, dans les prochaines semaines : un séminaire sur le thème de la prison, le 12 mai, par un chercheur qui estime que l’État français est dans le « tout-répressif » ; une table ronde, le 13 mai, animée par un collectif qui demande des « réactions radicales » face à la « crise écologique » ; un colloque, le 4 juin, animé par des étudiants qui revendiquent la création du statut de « réfugié environnemental » et s’inquiètent du sort de « ceux que notre irresponsabilité climatique exile » ; une conférence, le 17 juin, sur « les femmes préhistoriques et la chasse », par un enseignant-chercheur dont le travail consiste, en particulier, à « actualiser les raisonnements marxistes à la lumière des progrès des connaissances »… Il faut croire que ces partis pris très à gauche n’enfreignent en rien le « principe de neutralité » du Collège de France.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

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