Editoriaux - Religion - 29 octobre 2019

Un « changement de rythme » du CFCM rendra-t-il l’islam compatible avec la République ?

Emmanuel Macron aurait demandé au Conseil français du culte musulman () « un changement de rythme ». La veille, sur RTL, rejetant toute « précipitation », il avait précisé que le thème de la rencontre était « de voir comment nos concitoyens dont la religion est l’ peuvent vivre tranquillement leur religion en respectant absolument toutes les lois de la République ». Il veut lutter contre le « communautarisme » et « le fait que dans certains quartiers de la République, dans certains endroits de notre République, il y a un séparatisme qui s’est installé, c’est-à-dire la volonté de ne plus vivre ensemble, de ne plus être dans la République, et au nom d’une religion, l’islam, en la dévoyant ».

Ces propos, à eux seuls, illustrent l’ambiguïté de notre Président quand il évoque ces questions. À force de jouer la partition du « en même temps », il finit par penser de la même façon sur tous les sujets, c’est-à-dire par ne plus penser. Adopter un « changement de rythme », c’est, selon ce qu’on veut entendre, un reproche ou un encouragement. Macron dénonce le « communautarisme » et le « séparatisme », mais exclut qu’ils soient une conséquence naturelle d’une interprétation de l’islam : tout au plus en est-ce le dévoiement. « Le président de la République est très inquiet d’une confusion des esprits qui mélange la religion, la culture et l’islam politique », a commenté Christophe Castaner, comme s’il n’y avait, d’évidence, aucun lien entre leurs manifestations. Il serait plus sérieux de se poser la question, fût-ce avec prudence, et de l’examiner, que de l’éluder d’emblée.

Cette douche écossaise aura-t-elle des effets sur les membres du CFCM ? On peut en douter. Il faudrait, d’abord, que ce conseil, dont les instances doivent être renouvelées le 9 novembre, fût représentatif. Le journal La Croix titrait, en avril dernier : « La représentativité du CFCM continue à s’effilocher. » Chacun sait que cette association est en proie à des rivalités internes et que l’influence des Frères musulmans s’y renforce. Tout laisse à penser que ses déclarations ne sont écoutées que par les fidèles qui partagent la tendance de leurs auteurs. Et encore ! Ensuite, quand son vice-président, Anouar Kbibech, à l’issue de la réunion à l’Élysée, souligne que le conseil fera des « annonces très fortes », on peut légitimement se demander quelle en sera la teneur. La création de « conseils départementaux du culte musulman » ou d’un « conseil de l’ordre des imams » ne suffira pas à lutter contre le radicalisme.

Surtout que les déclarations du CFCM sur les signes de radicalisation religieuse n’augurent pas d’une grande ouverture. « Nous allons saisir le conseil religieux pour travailler sur les signes avant-coureurs de radicalisation religieuse vus par les musulmans parce que, jusqu’à maintenant, les signes qui nous sont avancés sont les signes d’un regain de religiosité », a déclaré le même Anouar Kbibech, ajoutant qu’« aller à la mosquée, porter une barbe, jeûner le ramadan avec ferveur, ce ne sont pas des signes de radicalisation ». Si l’on ramène tout à l’expression légitime d’une appartenance religieuse, le combat est perdu d’avance.

Nos gouvernants et le CFCM auront beau « changer de rythme », aucune solution viable ne sera trouvée si l’on n’admet pas l’éventualité d’une incompatibilité entre les principes de la culture musulmane et de notre République et qu’on ne cherche pas à y remédier. Cela passe par un aggiornamento de l’islam. Autant dire que ce n’est pas demain la veille ! Ce serait déjà un grand pas si les autorités musulmanes reconnaissaient le droit de toute personne à changer de religion ou de conviction, ce qu’elles ont, jusqu’ici, toujours refusé.

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