Editoriaux - Polémiques - 12 juin 2019

Ubu au pouvoir (suite) : drame et décorations

Trois marins sauveteurs sont morts en se portant au secours d’un pécheur imprudent.
On apprend, à cette occasion, que la Société nationale de secours en mer, qui remplit une mission de service public, arme plus de 200 stations de sauvetage le long de nos côtes, achète, entretient environ 150 embarcations de tous types, réalise plus des deux tiers des sauvetages en mer au large des côtes françaises et fonctionne grâce à des personnels bénévoles pour l’essentiel. C’est une association-loi de 1901 qui vit, ou plutôt survit, en grande partie grâce à des dons, legs, et grâce à l’argent du mécénat, donc avec de l’argent privé, la puissance publique n’intervenant qu’à hauteur de 20 % du budget pourtant bien (trop) modeste de 25 millions annuels. On peut s’étonner de la pingrerie de l’État alors que la moindre largesse, y compris au profit de gens qui ne nous sont rien, se traduit par des centaines de millions d’euros.

Mais la République, qui n’est pas regardante dans ce domaine, va attribuer la Légion d’honneur à titre posthume à ces trois victimes d’un devoir qu’elles s’imposaient. Le Président nous l’a appris le lendemain du drame ; mais, bien qu’il se soit ravisé in extremis, il n’avait pas le même geste vis-à-vis des quatre survivants qui, d’après ce qui s’est dit dans les médias, allaient devoir se contenter de la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement. Sans doute parce qu’ils avaient survécu. Pourtant, leur mérite était le même, non ? Ah, s’ils avaient été footballeurs et richissimes, cela aurait été différent et le Président n’aurait pas hésité !

Les décorations étaient, jadis, appréciées car elles avaient un sens et récompensaient un véritable mérite, parfois exceptionnel. Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Bien sûr, les faveurs pas toujours justifiées existaient ; mais l’exposition publique actuelle d’une attribution façon « droit du prince » est devenue indécente.
On a même trouvé judicieux, sous M. Hollande, de créer une médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme. Quelle raison de reconnaître les « mérites » de malheureuses victimes passives d’un terrorisme dont l’État n’a pas su les protéger ? Est-ce pour se faire pardonner ? Pour bien marquer le coup, son rang protocolaire est le cinquième parmi les décorations nationales, immédiatement après l’ordre national du Mérite, avant les croix de guerre et sept places devant la médaille de la Résistance française. Les courageux gardiens du troupeau sont l’objet de moins d’attentions que les malheureux moutons.

Il faut ajouter que – réflexe inconscient du créateur de la chose, sans doute – la couleur presque uniforme de cette médaille est le blanc ; comme le drapeau de la reddition. Tout un symbole.

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