Economie - Editoriaux - International - 16 septembre 2019

Trump n’a pas déclaré de guerre commerciale à la Chine, il y a répondu !

Le court-termisme, la segmentation de l’étude d’un sujet en faussent la lecture. Aristote le disait déjà : « Cette obsession de la réduction en parcelles présumées simples, de la séparation, de la décomposition en longues chaînes de raison toutes simples, qui semble caractériser toutes les manifestations de la science moderne, ne nous incite-t-elle pas à former nos jugements par une myopie déraisonnable ? »(Aristote, analyt.). Ce sont bien des myopes qui imputent au président Trump la responsabilité d’un « guerre commerciale » antichinoise qui menacerait le bonheur de la planète. Alors que Trump ne fait que mettre, enfin, en œuvre une riposte américaine à l’agression chinoise, tout aussi dénoncée par les républicains que par les démocrates, mais ces derniers n’avaient pas fait grand-chose sous Obama pour s’y opposer.

Il faut rappeler, à ce sujet, deux idées essentielles.

Le libre-échangisme mondial repose sur les thèses économiques fausses de David Ricardo, devenues les dogmes intangibles de Bretton Woods sur lesquels se sont construits GATT, OMC, UE, CETA, etc.

Ce libre-échange est imposé par une démarche juridique « à cliquet », c’est-à-dire irréversible et irréformable et donc également, de ce fait, fausse : le multilatéralisme, c’est-à-dire la situation juridique, économique ou politique qui est instituée par un traité (ou contrat international), comme l’OMC, qui empêche toute sortie de la nasse, voire un simple recours à la « théorie de l’imprévision », qui est pourtant la règle en matière de droit public économique. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, critiqua, en vain, les options de Bretton Woods et soutint que le libre commerce ne se peut qu’entre nations ayant des systèmes économiques et sociaux de même niveau. Pour des raisons écologiques évidentes, on devrait ajouter : et des proximités géographiques. Allais annonçait, dès 1998, une crise systémique (La Crise mondiale d’aujourd’hui, 1999).

Les tenants du multilatéralisme commercial se contentent de slogans vétustes datant de David Ricardo (1817), de la marine à voile et de l’esclavage : Ricardo se disait philosophe et économiste tout en étant aussi agent de change, politicien et spéculateur en marchandises. Dans La Trahison des économistes (Gallimard, 2008), le grand économiste Gréau remet en cause un certain nombre d’idées courantes concernant la mondialisation, et plus généralement la théorie ricardienne des avantages comparatifs. Le président Trump constate simplement le réel : le multilatéralisme (pourtant initialement voulu par son pays) est loin d’avoir des résultats positifs sur l’économie et la société américaines ; c’est même tout le contraire, car le libre-échangisme va mettre face à face, avec des règles supposées égales, des nations et leurs entreprises qui ne sont pas égales et ne sont pas soumises aux mêmes contraintes juridiques, fiscales, financières, sociales, environnementales. L’échange est donc gagnant-perdant.

De plus, toute nation a le droit le plus fondamental de faire en sorte que ses filières de production ne soient pas anéanties. C’est ce que Friedrich List (un colbertiste) désignait comme le « principe national d’économie politique », estimant qu’un pays doit défendre et développer ses forces productives. Sans l’exprimer de façon élaborée, le président Trump ne dit rien d’autre. La fin du libre-échangisme multilatéraliste, simpliste et brutal, est en cours. Ce n’est donc pas une guerre économique qui commence mais, au contraire, le début de la fin de l’agression hégémonique insensée du pouvoir nationalo-capitalo-militaro-communiste chinois.

La Chine a faussé les termes de la concurrence loyale en s’affranchissant de tout principe démocratique, juridique, monétaire et financier. Son élan économique artificiel est désormais brisé et, à la veille du 70e anniversaire de son régime, il n’est pas certain que la 3e génération, affectée désormais par la récession, accepte tranquillement un renforcement du totalitarisme policier et un affaiblissement simultané de l’emploi et du pouvoir d’achat. Soudain, son énorme endettement (300 % de son PIB !) qui a financé ses investissements et son agressivité commerciale et industrielle, faussé ses prix dumpés, va se retourner contre elle. Compte non tenu des 6.000 milliards de dollars de dette des gouvernements locaux. Courant au-dessus du vide, si la Chine ralentit (dépression), elle peut tomber et entraîner ses créanciers. Possible qu’on découvre alors une énorme pyramide de Ponzi.

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