Trop tard ! « La faisabilité des réformes n’est plus un paramètre pertinent »

« À force qu’on le prenne pour un imbécile, le peuple finit par devenir intelligent », titrait ce matin Jean-Pierre Pélaez sur Boulevard Voltaire, vantant « le chant réjouissant, la mélodie radieuse du bon sens populaire, de sa vérité et de son intelligence indéfectible » qui s’élève des ronds-points. Et de conclure, donc, emporté par sa foi : « à force d’être méprisé et qu’on le prenne pour un imbécile, le peuple finit, étrangement, par devenir intelligent, au point de chasser ses gouvernants et de se gouverner lui-même ! »

Que Jean-Pierre Pélaez me pardonne, mais je ne partage pas sa vision un peu trop idéaliste de ce qu’il nomme le peuple…

Première question, déjà posée : qui est “le peuple” dont on parle ici ?

La vérité, la réalité obligent à dire que “le peuple” n’est pas une entité strictement circonscrite, ou alors il faut que l’enthousiasme cède ici le pas à l’explication. Le “peuple” aimé des gilets jaunes n’est pas celui des “quartiers”. C’est le peuple des “petits Blancs” qui bossent et n’en peuvent mais, des gagne-petit au ras des minima sociaux et qui voient leur passer sous le nez les immigrés de fraîche date à qui l’on offre l’hôtel en première urgence, l’aide médicale d’État, la cantine gratuite, les bons de transport et de téléphone, puis le logement social en centre-ville quand eux, les gagne-petit, sont contraints de s’exiler en rase campagne. Ce sont Monsieur et Madame Tout-le-Monde qui n’ont pas envie de payer la PMA aux couples de lesbiennes ou aux femmes seules « en désir d’enfant » quand ils n’ont pas les moyens de poser des couronnes sur leurs chicots ; qui en ont marre d’être montrés du doigt parce qu’ils clopent ou ne mangent pas cinq fruits et légumes par jour…

Ce sont des gens qui ne veulent pas qu’on défigure leurs monuments avec des étrons rutilants ou des homards d’acier payés au prix de l’or, qui voudraient que leurs gamins puissent manger des côtes de porc à la cantine et partir trois jours en classe de mer sans devoir y renoncer parce qu’on ne mélange pas les garçons et les filles…

Je ne me trompe pas, c’est bien de ce “peuple”-là dont on parle ?

Un peuple qu’on aime, viscéralement, parce qu’il est celui d’une France éternelle. Mais gare à l’angélisme et au manichéisme.

Le Président Macron s’est exprimé lundi soir, avançant pour le mois qui vient de l’argent sur la table. « Pas assez », a aussitôt crié une dame “représentante des gilets jaunes”. Élue par qui ? Il faut, demain, raser gratis, savon à barbe et rasoir payés par l’État qui, sans doute, est un tonneau sans fond d’où s’échappent espèces sonnantes et trébuchantes.

Quelle est la légitimité de cette dame à parler au nom des autres ?

Cette question banale dans sa forme exprime tout le drame de notre époque. C’est cette idée que creuse le politologue Olivier Costa dans un papier publié sur le site The Conversation et relayé par France Info. Et je sais bien qu’en citant ces deux médias, je suis déjà suspecte. C’est tout le fond du problème…

Aujourd’hui, au nom d’une démocratie dévoyée, “l’avis du citoyen vaut bien celui du prix Nobel”. En conséquence de quoi, « l’idée est que, puisque tous les responsables et élus sont réputés avoir échoué à régler les problèmes (réels ou fantasmés) de la France, Jacline Mouraud ou n’importe quel porteur de “gilet jaune” ne peut pas faire pire. Ils sont le peuple. » Dès lors, « la faisabilité des réformes n’est plus un paramètre pertinent » puisque “toute foule vociférante est le peuple souverain”.

L’émotion est devenue le seul critère de vérité et le slogan “Parce que je le vaux bien” l’argument de tout changement sociétal.

La maladie, si c’en est une, n’est pas française mais mondiale. C’est la peur du déclin généralisé dans une mondialisation effrénée. C’est surtout le revers d’un monde dévoyé par la toute-puissance des réseaux sociaux, cette démocratie de l’instantané qui nous explose au nez comme une grenade dégoupillée…

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