[TRIBUNE] Budget 2027 : la défiance règne

La spirale mortifère de la dette débouchera soit sur une crise financière, soit sur une cure d'austérité… ou les deux !
lecornu

La présentation du projet de budget 2027, cette semaine dans Le Figaro, par le Premier ministre montre l'ampleur de notre dérive financière. En effet, le gouvernement devra économiser 54 milliards d'euros s'il veut maintenir le déficit public à 5 % du PIB… objectif qui s'est avéré inatteignable en 2026, et alors même que la norme européenne est de 3 % ! De plus, sur les 54 milliards à raboter, la moitié, environ, n'est pas détaillée.

Il est clair que la Macronie s'est révélée incapable de maîtriser notre budget et que la France n'est plus un emprunteur très crédible. La question de notre dette publique va donc envahir le débat présidentiel. Encore faudrait-il, à cet égard, se méfier des charlatans et des faux prophètes : nous avons vu récemment un banquier passé par la direction générale du Trésor déclarer crânement que l’État français pourrait aisément répudier une partie de sa dette publique. Plus grave, encore : en matière de finances publiques, la classe politique utilise un charabia qui semble trahir une relative méconnaissance des agrégats budgétaires. Précisons, d'abord, les concepts dont nous allons débattre tout au long de la campagne.

Prenons un particulier qui emprunte mille euros...

Prenons le budget 2026 de la France, avec des chiffres un peu arrondis (ce qui n'est pas important à ce stade, puisque le gouvernement n'a pas pu tenir ses engagements sur les dépenses).
Considérons d’abord un particulier qui emprunte 1.000 euros avec un intérêt de 5 %. Au bout d'un an, il devra payer 50 euros d’intérêt et rembourser une partie de sa dette (prenons 333 euros, qu'on appelle l'amortissement financier). La charge de la dette sera de 383 euros à la fin de la première période.
Quid, maintenant, de la République française ? (État + collectivités locales + Sécurité sociale) : elle paiera, en 2026, 65 milliards d'euros d’intérêts (calculés sur ses emprunts anciens).
Par ailleurs, nous devons également régler 176 milliards de remboursements sur des emprunts anciens contractés majoritairement entre 2018 et 2025.
La charge de la dette publique en 2026 sera la somme de ces deux chiffres, soit 241 milliards d'euros.

Mais, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas fait fonctionner un seul hôpital ou une seule école entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026. Pour cela, il existe des prélèvements obligatoires, mais ils sont très inférieurs aux dépenses. Manquent 152,5 milliards d'euros qui représentent le déficit budgétaire.

On notera que les intérêts de la dette entrent dans le calcul du déficit budgétaire (et pas les remboursements). Car Bercy va faire « rouler » sa dette : l’État était censé emprunter, en 2026, la somme du déficit et du remboursement des emprunts anciens, soit 241 + 152,5 = 393,5 milliards d'euros.

Encore faut-il trouver des prêteurs, lesquels commencent à se faire tirer l'oreille.

Hausse des taux d'intérêt

Car depuis 52 ans, chaque budget déficitaire rajoute une couche supplémentaire à notre dette publique. L'étude chronologique désigne à cet égard deux champions du déficit : les gouvernements de Pierre Mauroy et d’Édouard Philippe.

Mais ce qui aggrave désormais la situation, c'est la hausse des taux d’intérêt : la France doit offrir un rendement annuel de 4,53 % sur son OAT (obligations assimilables du Trésor) à échéance de dix ans, tandis que le Bund allemand, lui aussi libellé en euros et de même échéance, n'offre qu'un rendement de 3,54 %, soit un écart considérable (le spread) de 0,99 %. C'est là une prime de risque de défaillance qui est la plus élevée de tous les grands emprunteurs souverains de la zone euro, et supérieure au danger perçu sur les dettes grecque et italienne.

Spirale mortifère

Elle nous apparaît donc clairement ici : nos gouvernants ont laissé filer les déficits et, par conséquent, gonfler une dette de 3.536 milliards d'euros. Or, simultanément, dans une économie mondiale surendettée, les taux d’intérêt sont revenus à la normale. En conséquence, quand le Trésor français fait désormais « rouler » sa dette, il rembourse des emprunts à 0 % en empruntant à plus de 4,5 %. La charge des intérêts va donc augmenter de 12 milliards d'euros par an… autant d'argent qui sera pris sur le budget des urgences hospitalières ou sur la revalorisation des retraites.

Telle est la spirale mortifère de la dette, qui débouchera soit sur une crise financière, soit sur une cure d'austérité… ou les deux !
En effet, les investisseurs traditionnels dans les obligations françaises (l’Europe, les assurances, les fonds de pension) délaissent progressivement ce marché devenu risqué. Et ce, au profit de fonds d'investissement spéculatifs, les hedge funds, lesquels ne possèdent que 1,6 % de notre dette mais représentent 50 % des transactions. Cette forte volatilité n'est évidemment pas de bon augure, mais nous en reparlerons….

Picture of Pr Jean-Richard Sulzer
Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

67 commentaires

  1. Le soucis c’est que nous sommes dirigés par des hommes rt des femmes qui pensent savoir compter ce qu’ils vont gagner en ponctionnant encore plus mais ne savent pas calculer ce qu’ils vont perdre.
    En s’en prenant aux retraités, non seulement on a rien résolu car les robinets de ces déficits sont et resteront ouvert, par contre en s’attaquant aux retraités, on s’attaque a ce qui fait encore marcher la consommation, donc l’économie.
    Nous sommes dirigés par des imbéciles qui se croient intelligents, c’est un véritable fléau

  2. Maintenant l’épreuve de vérité! Qui est sincère ou pas? Qui va censurer cette ignominie ,s’abstenir ou meme la voter..! Certains commencent a nous dire que  » ca va dans le bon sens » ..ou que stratégiquement il faut  » un budget » s’ils arrivent au pouvoir…il suffit de regarder les dates des elections ,des vacances parlementaires, et des délais habituels pour mettre en place un gouvernement, pour savoir sue c’est une fausse raison..la realite est que ceux qui disent vouloir  » le bien du peuple  » sont bien contents que ceux en place mettent des taxes et spolient les retraités ..ils pourront alors se drapper dans leur  » Dignité mensongere » et dire c’est pas moi c’est l’autre!…. et dire que le troupeau suit la flûte…!

  3. Logiquement quand on est en déficit , on commence par réduire les dépenses .
    
Voici quelques dépenses à réduire ou à supprimer :

    – subventions aux énergies renouvelables 10 milliards

    – contribution nette à l’UE 13 milliards
    
– réserver les prestations sociales non contributives aux citoyens français 15 milliards
    
– hébergement gratuit pour les migrants clandestins 1 milliard
    
– AME pour les migrants clandestins 1 milliard
    
– aide au développement 15 milliards ( lier à la reprise des OQTF)
    – agences de l’Etat 10 milliards
    – suppression du CESE cette troisième assemblée qui sert de refuge doré aux politiciens .

  4. Les responsables de la dette doivent nous rembourser de leurs propres deniers, macron, les ministres , les sénateurs, les députés, ceux qui ont participé au déclin de notre pays depuis des décennies. Nous aurons suffisamment pour rembourser la dette.

  5. peut être concernée par la ponction sur ma retraite inférieure au SMIC , j’arrive à Adhérer , MEA CULPA, aux propos et indignation de LFI .c’est dire mon désespoir !!!!
    TRoisième possibilité : Une explosion de VIOLENCES sociales , proportionnelle au désespoir des gens

  6. Pas sur que l’économie imaginé à 54 milliards d’euros soit réalisé et pour sure ils ne le pensent pas vraiment eux même un effet d’annonce surtout en période électoral pourtant ils ne vont pas se pénaliser eux même, ministres députés sénateurs surtout haut fonctionnaires.
    Si on calcul l’argent gaspillé par tout ces gens là le déficit se réduirait rapidement, qui ne se souviens pas des bouquets de fleures livrés a l’Élysée ou la note du coiffeur pour le chef d’état.

  7. La gabegie continu, la macronie fait toujours plus les poches du petit Nicolas pour financer les inepties gouvernementales, des guerres qui ne sont pas les nôtres, les économies, ils ne savent pas faire. Pourtant il suffit de cesser le financement des assos, les aides au développement, conditionner à la seule nationalité, les aides, les allocs supprimer les privilèges des ministres députés, sénateurs, présidents, anciens ou actuels, supprimer les 567 comités Théodule qui ne servent qu’a placer les copains, supprime l’AME, la CMU, se sera un bon début.

      • Par pitié , arrêtez de raconter ces inepties . Ce sont les urbains de 30/40 ans qui ont le plus voté pour Macron . Et quand bien même des retraités auraient «  fauté » en votant Macron en 2017, j’en connais beaucoup qui, en 2022, avaient compris l’entourloupe . Ça a changé quelque chose? Non!! Macron a quand même été élu grâce à l’abstention. Et ce ne sont pas les retraités qui s’abstiennent me semble t’il.

    • ça sort d’où cette fadaise ? nous sommes un groupe de ratraités d’un nombre significatif et tous nous avons toujours été contre macron
      et je n’ai jamais rencontré un seul retraité (du privé) qui n’est pas remonté contre macron et depuis 2017. En 2017, les retraités avaient votés en majorité pour sarko

    • Moi-même retraitée, je suis entourée de retraités qui ne gagnent moins que le SMIC (comme moi).
      En tous les cas, je puis vous assurer qu’ils n’ont jamais voté pour ce truc machin. je fais partie de nombreuses associations qui ont manifesté aussi pour les retraites de nos enfants! Oui, les journalistes ne comprenaient pas pourquoi dans ces manifestations, il n’ y avait pas ou peu de jeunes, un samedi après midi!

      • Merci . Marre de lire toujours les mêmes commentaires qui tapent sur les retraités qui ont mal votés soit disant . Comme si ça allait changer quelque chose de ressasser sa rancoeur .

  8. On devrait vendre (littéralement) macron et tous les ministres qui sont passés sous son gouvernement! Ensuite on peut vendre tous ceux qui ont largement pourri la France comme les gens qui se sont succédés à la cours des comptes, le conseil constitutionnel, le conseil d’État, tous les gens importants dans son parti, les hauts fonctionnaires qu’il a nommé… On vendrait aussi tous leurs biens et leurs femmes aussi. Faut qu’ils paient puisque nous ne sommes responsables en rien de leurs choix stupides. A oui, c’est une vente aux enchères et les acheteurs pourront en faire ce qu’ils veulent!

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