[TRIBUNE] Accord UE–Australie : un Mercosur bis qui menace nos agriculteurs

Entre l'UE et l’Australie se profile un accord de libre-échange dangereux pour nos agriculteurs.
Photo de Piotrek Wilk: https://www.pexels.com/fr
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Les négociations commerciales entre l’Union européenne et l’Australie pourraient ouvrir la voie à un nouvel accord de libre-échange lourd de conséquences. Derrière les promesses de croissance, c’est une fois encore l’agriculture française — et en particulier nos éleveurs — qui risque d’être sacrifiée au nom d’une idéologie libre-échangiste déconnectée des réalités du terrain. La relance discrète des négociations commerciales entre l’Union européenne et l’Australie n’a, pour l’heure, suscité que peu de réactions. Ce silence apparent ne doit pourtant pas tromper. Car derrière cette reprise se dessine le nouvel épisode d’une politique commerciale dont les conséquences pour l’agriculture française pourraient être considérables. Il faut le dire clairement : cet accord s’apparente à un Mercosur bis, avec les mêmes logiques, les mêmes renoncements et, à terme, les mêmes effets.

Officiellement suspendues en 2023, les discussions reprennent aujourd’hui sous l’impulsion de la Commission européenne et de sa présidente, Ursula von der Leyen. Fidèle à une vision dogmatique du libre-échange, Bruxelles persiste à multiplier les accords commerciaux sans jamais tirer les leçons des crises précédentes. Cette fuite en avant, menée au nom d’une ouverture des marchés présentée comme inévitable, se fait au mépris des réalités économiques et sociales de nos territoires. L’accord prévoit notamment la suppression des droits de douane sur de nombreux produits, parmi lesquels les fromages, les vins et mousseux, le chocolat, le sucre ou encore les jus de fruits. Dans le même temps, les quotas d’importation seraient significativement relevés, en particulier pour les produits laitiers, déjà fragilisés par les accords récents, notamment avec la Nouvelle-Zélande.

Mais ce sont surtout les filières d’élevage qui se trouvent en première ligne. L’Australie, puissance agricole majeure, bénéficierait d’un accès largement accru au marché européen. Le quota de viande bovine passerait ainsi de 3.000 à 30.000 tonnes, soit une multiplication par dix. Pour la viande ovine, le contingent en franchise atteindrait 25.000 tonnes, alors même que ces importations représentent déjà une part significative de la consommation européenne. Au-delà des chiffres, ce sont des réalités très concrètes qui sont en jeu. En Occitanie, des milliers d’éleveurs bovins et ovins vivent déjà sous pression, confrontés à l’explosion des charges, aux aléas climatiques et à des revenus souvent incertains. Dans ces territoires, chaque décision prise à Bruxelles se traduit immédiatement sur le terrain, dans la vie quotidienne de celles et ceux qui tiennent encore debout notre agriculture.

Les agriculteurs à nouveau menacés

Cette situation révèle une contradiction profonde. On exige de nos agriculteurs des efforts constants, des investissements lourds et le respect de normes parmi les plus strictes au monde, tout en ouvrant largement nos frontières à des produits qui ne sont pas soumis aux mêmes exigences. On interdit aux agriculteurs français ce que l’on autorise à ceux qui les concurrencent. Ce double standard constitue une injustice manifeste. Il fragilise notre modèle agricole et nourrit, dans le monde rural, un sentiment d’abandon qui ne cesse de grandir. Face à cette dérive, une ligne de bon sens s’impose : il ne peut y avoir d’importation sans réciprocité des normes. Ce qui est interdit en France ne doit pas être autorisé à l’entrée sur notre territoire.

Car au-delà des enjeux commerciaux, c’est bien la question de notre capacité à nourrir les Français qui est posée. La souveraineté alimentaire ne saurait demeurer un slogan incantatoire. Elle suppose des choix clairs, en rupture avec les logiques actuelles. Or, l’accord envisagé avec l’Australie s’inscrit exactement dans la direction inverse. À force d’ouvrir nos frontières sans conditions, nous fermerons nos exploitations les unes après les autres.

Le plus préoccupant reste sans doute l’écart grandissant entre les discours et les actes d’une grande partie de la classe politique. À Paris, nombreux sont ceux qui affichent leur soutien aux agriculteurs et dénoncent les excès du libre-échange. Mais à Bruxelles, ces mêmes responsables valident ou accompagnent des politiques qui contribuent directement à leur fragilisation. Cette duplicité alimente une défiance légitime. Ce que nous refusons, ce n’est pas l’échange. C’est le déséquilibre. Car dans des régions comme l’Occitanie, où l’élevage structure des territoires entiers, fragiliser l’agriculture, c’est fragiliser un mode de vie, une économie locale et un héritage.

Face à ces renoncements, une autre voie est possible. Elle consiste à refuser les accords qui organisent la mise en concurrence déloyale de nos producteurs, à défendre une agriculture forte, respectée et protégée, et à replacer au cœur de nos décisions ceux qui travaillent et produisent.

Avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, nous faisons ce choix sans ambiguïté : celui de la protection, de la cohérence et de la souveraineté. Car une nation qui renonce à défendre son agriculture renonce, à terme, à une part essentielle d’elle-même. Et parce que derrière ces décisions, il y a des visages, des familles, des territoires entiers — ici, en Occitanie comme ailleurs —, il est temps de remettre au centre de nos politiques ceux qui produisent, ceux qui travaillent et ceux qui nous nourrissent.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/03/2026 à 19:53.
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Julien Leonardelli
Député français au Parlement européen et conseiller régional d'Occitanie

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Faire venir de la viande issue de l’autre côté de la planète ,est ce écologique ???? Et pendant ce temps là nos éleveurs du limousin ou du charolais vont « crever » !! Il faut m’expliquer ou plus efficace remettre à plat BRUXELLES et tous ces conseillers

  2. Ce futur accord UE-Australie s’inscrit dans la logique de Bruxelles : mondialiser… aux dépens de l’Europe donc de la France. Après avoir porté un rude coup à l’industrie automobile (dixit le DG de Stellantis) et ce n’est pas terminé, maintenant c’est l’agriculture, paraît il le cheptel européen doit diminuer d’un quart, la question est : mondialiser signifie t il déconstruire ? Qu’en pensent nos élites ?

  3. Ces ministres macroniens irresponsables ne savent pas ce qu’est le métier d’éleveur ! Il faut une dizaine d’années pour élever un animal soit pour l’abattage soit pour la reproduction ! Lorsque le Mercosur va entrer en vigueur en Avril, quel est l’éleveur qui prendra le risque de continuer son exploitation en France sachant que demain sa production ne sera plus rentable ! Un membre de ma famille ne prévoit plus de poursuivre son exploitation dont il est l’héritier de la quatrième génération ! Macron aura été le fossoyeur de l’industrie comme de l’agriculture !

  4. Le nucléaire militaire et civil Français, les industries de pointes bradés, le trésor considérable de la Banque de France, a présent le Mercosur, tout est fait pour détruire la France a présent c’est l’aboutissement de certaines grandes villes livrés volontairement a des personnes issue de l’immigration sauf un détail, les Français disent stop a l’écologie punitive et opportuniste.

  5. Après avoir tué nos industries, en passe de tuer nos dernières miettes de libertés, sans parler de nôtre économie, mise à mal elle aussi depuis plusieurs décennies, est-il encore possible d’espérer une prise de conscience des français pour s’extraire de ce machin machiavélique.

  6. UVDL en tant que présidente de la Commission ne devrait représenter aucun pays, sauf qu’elle n’oublie pas qu’elle est allemande et ainsi l’agent de Berlin. Peu importe l’inéquité des conditions d’élevage du poulet brésilien ou du boeuf australien, l’essentiel pour elle est de vendre Mercedes, Audi et autres BMW.
    Et nos eurodéputés de droite ont voté pour elle.

  7. Et là, quand des produits agricoles viennent de l’autre côté de la terre ou de l’Amérique du Sud, les écolos ne râlent pas, étonnant non ? Tous ça pour fourguer des voitures allemande !

  8. La liberté c’est dangereux, il faut s’en protéger. Il est urgent de faire un mur contre les échanges avec l’Australie et privilégier plutôt nos proches frères maghrébins qui font du bon mouton. La fraternité oui.

  9. Je suis étonné du silence des syndicats de l’agriculture car ensuite il y aura un accord avec l’Inde. Mais notre agriculture sera morte!!!

  10. Et surtout aucun pays « normal » ne renonce volontairement à son autonomie alimentaire ce qui le met à la merci du bon vouloir de ses fournisseurs.

  11. Pas de Gilets jaunes à l’horizon ? Nous sommes devenus un pays de pleutres, de soumis aux diktats de Bruxelles et si on passait outre leurs décisions tant il y en a marre de cette dictature européenne, finalement Florian Philippot a raison de prôner la sortie de l’UE, même Philippe de Villiers en est convaincu tant cette UE fait des ravages dans notre pays.
    Mais nous avons les présidents qu’on mérite ! En 2027, les Français sont capables de voter pour un E. Philppe et on recommence avec la même de bande de branquignols ou un Mélenchon avec un désastre économique à la clé comme au temps de l’URSS, de Pol-Pot….

    • La crise actuelle qui s’annonce devrait pourtant nous inciter à se recentrer sur nos productions. Nous sommes déjà en train de payer les étirements antérieurs nous paierons le double les nouveaux. Que dire de la classe politique déplorable que nous avons. Le gouffre nous y sommes le gouffre nous y resterons.

    • « Pas de Gilets jaunes à l’horizon ? Nous sommes devenus un pays de pleutres » = eh bien allez y pour vous faire éborgner, arracher une main ou un pied et suffoquer sous les lacrymos.

      Oui, il faudrait manifester, mais comment être surs de manifester dans la paix, grâce à la liberté de manifester et de donner notre opinion?

  12. il y avait déjà la Nouvelle Zélande et ses moutons, maintenant l’Australie et ses boeufs et moutons, tous hors des normes européennes, pour tuer l’agriculture française, pour les bagnoles allemandes et les vins haut de gamme français, nous devons obtenir les origines des animaux que nous vendent les grandes surfaces et autres abbatoirs, quand ce n’est pas des carcasses congelées qui arrivent chez nous, Von Der leyen nous a râté avec le covid, elle nous tuera avec les importations de viandes sous OGM

    • detrompez-vous,uvdl ne nous a pas raté,bien au contraire elle a testé les peuples et elle en a deduit qu’en cas de pénurie de moutons chez nos fournisseurs elle en disposait suffisamment sur place pour nourrir toute l’europe.par contre vous pourriez rajouter le co2 pour faire venir toutes ces s……..ies des 4coins de la planète.Et après ça ils veulent nous faire acheter les voitures a piles a prix d’or car c’est »bon pour la planète ».

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