Editoriaux - Politique - Union Européenne - 24 octobre 2019

Thierry Breton proposé à la Commission européenne ? La revanche du mâle blanc de plus de 50 ans !

Non point que la sagesse puisse parvenir à tout âge, mais il n’est jamais interdit d’apprendre de ses erreurs. Ainsi, après la campagne pour le moins erratique de Nathalie Loiseau aux dernières élections européennes, la proposition tout aussi hasardeuse de Sylvie Goulard à la tête de la , il semblerait que l’Élysée soit en train de reprendre ses esprits, tout en resserrant les boulons au passage.

D’où, peut-être, le fracassant départ de Sandro Gozi – démissionnaire ou démissionné ? –, ce mercredi 23 octobre dernier.

Du coup, avec la proposition d’un plan B – ou d’un plan Z, allez savoir – consistant à appeler au secours un Thierry Breton pour effacer la bourde goulardesque, la France tente à la fois de mettre la poussière sous le tapis tout en revenant à des candidatures un peu moins abracadabrantesques et un peu plus plausibles. Dans ce « business plan » de « start-up nation » (la nouvelle raison sociale de la France), il est vrai Thierry Breton n’est pas le pire des postulants.

Ministre de l’Économie sous Jacques Chirac, de 2005 à 2007, il a auparavant suivi la voie royale d’une technocratie finissante ; celle qui formait encore de véritables serviteurs de l’État et ne tolérait le « pantouflage » – technique consistant à faire son beurre dans des groupes privés, alors que les études les ayant emmenés si haut avaient été financées par l’argent du contribuable. Comme tous ces grands esprits, Thierry Breton a néanmoins exporté son savoir aux USA, en tant que professeur à la Harvard Business School, avant de, tout cru, le recracher ici. Son viatique ? « Moderniser l’économie »…

Ce qui, une fois traduit en langue vernaculaire, avait déjà consisté à achever de parachever l’entreprise initiée en 1986, sous la cohabitation mitterrandienne du même Jacques Chirac, laquelle a constitué à dépecer ce qui demeurait encore de l’appareil industriel français.

La preuve par France Telecom, dont Thierry Breton prend la tête en 2002, avant de la « moderniser », une fois encore ; c’est-à-dire de démanteler cette belle entreprise. Idem pour Bull, autre fleuron de l’informatique française, créée par le général de Gaulle, aujourd’hui rebaptisée Atos et destinée à faire pièce à la fois à la Chine et aux USA. Voilà qui n’est pas fondamentalement une mauvaise idée. Mais qui serait autrement plus judicieux s’il y avait derrière, hormis la proverbiale gloutonnerie de ses actionnaires, une véritable volonté politique, à la fois stratégique et étatique. Le compte est loin d’y être.

Pour le reste, Thierry Breton demeure un candidat finalement un peu plus présentable que les deux autres dames plus haut citées, fort d’une carrière pour le moins classique : ancienne demi-solde du chiraquisme agonisant, il est pour Alain Juppé à la primaire de la droite, en 2017, avant de rejoindre, tout aussi logiquement, Emmanuel Macron. Ni de gauche et encore moins de droite, mais toujours sur les bons coups.

Le pire est que cette nouvelle nous ferait presque chaud au cœur : c’est dire à quels niveaux d’abîmes nous sommes dégringolés.

En attendant, on remarquera qu’il s’agit paradoxalement là de la victoire par défaut du mâle blanc, probablement hétérosexuel et manifestement âgé de plus de cinquante ans. Après avoir mis ces derniers à poil, lors de son règne de droit divin sur France Télévisions, Delphine Ernotte n’a plus qu’à aller se rhabiller.

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