Editoriaux - 23 octobre 2019

Après l’affaire Alexandre Benalla : Sandro Gozi, le prochain scandale d’État ?

Ce n’est pas que l’actuel gouvernement ait toujours eu la main ; mais plus ça va, plus il paraît la perdre, tel qu’en témoigne la dernière affaire commençant à agiter Matignon. Résumons.

Sandro Gozi, député italien de centre gauche, est ce qui se fait de mieux en matière de « bonne gouvernance ». En 1999, il est membre du cabinet de Romano Prodi, alors président de la Commission européenne. De 2014 à 2018, il est sous-secrétaire d’État aux Affaires européennes, sous les gouvernements de Matteo Renzi et Paolo Gentiloni.

Fort de ce pedigree, il se présente aux élections européennes de 2019, mais sur une liste… française, celle de Nathalie Loiseau, qu’on ne présente plus. Ce qui n’est pas sans causer un certain malaise de l’autre côté des Alpes.

Ainsi, Luigi Di Maio, le patron du Mouvement 5 étoiles – à l’époque encore allié de Matteo Salvini –, exprime alors très fort ce que la classe italienne pense tout bas : « Tu travailles pour le gouvernement italien, tu représentes et tu sers l’État italien et puis, à un certain point, tu le trahis et tu vas t’enrôler dans les rangs d’un autre gouvernement ! » Il est un fait que…

Mais Sandro Gozi ne fait pas que passer d’un gouvernement à un autre, sachant que, simultanément, il travaille également comme consultant, pour celui de Malte et son Premier ministre Joseph Muscat. Et, tant qu’à faire, il exerce les mêmes offices pour le compte de la banque centrale de la sérénissime république de Saint-Marin, micro-État enclavé entre l’Émilie-Romagne et les Marches italiennes. Cette collaboration est plus problématique encore, sachant que la Justice transalpine a ouvert une enquête judiciaire pour en savoir un peu plus quant à la réalité du travail fourni par Sandro Gozi, lequel lui a tout de même rapporté 220.000 euros, somme peut-être plus tangible que le travail en question.

Là où ça se complique, c’est que notre homme travaille désormais au cabinet d’Édouard Philippe. Interrogé sur ce recrutement pour le moins particulier, le Premier ministre assure que « cet emploi était exclusif de toute autre activité professionnelle ». Après la candidature ratée de la marcheuse Sylvie Goulard à la tête de la Commission européenne, on se dit qu’il y aurait comme une sorte de professionnalisation de l’amateurisme, chez ces gens.

La preuve en est que Sandro Gozi semble avoir, manifestement, fréquenté de trop près sa tête de liste Nathalie Loiseau. Car lui aussi paraît avoir tout oublié de sa folle jeunesse, quand il était adhérent du MSI, le mouvement post-fasciste qu’on sait. Et pas à n’importe quelle époque, qui plus est : en 1984, avant que Gianfranco Fini n’entame la dédiabolisation du parti fondé par Giorgio Almirante, ancienne chemise noire de la République de Salò.

Mieux : il était membre du Fronte della Gioventù, la branche jeune du mouvement ; la plus turbulente, aussi… À l’en croire, il aurait adhéré à 16 ans, « une erreur de jeunesse », plaide-t-il aujourd’hui, pour bien vite revenir dans le droit chemin. Pas de chance, ses anciens amis, par le biais du site Il Primato Nazionale, assurent qu’il militait encore en 1990. Explications du principal intéressé : « Je n’ai aucun souvenir d’actions menées dans les années suivantes [après 1984, donc, NDLR]. Il est fort probable qu’il y ait eu renouvellement automatique de l’adhésion pour quelques années, comme cela se faisait toujours à l’époque. » Ben voyons.

Comme Nathalie Loiseau, qui était sur une liste estudiantine téléguidée par le GUD, sans savoir ce qu’était ce même GUD – quelle culture, après quelques années passées à Sciences Po ! –, Sandro Gozi se serait donc retrouvé post-fasciste à l’insu de son plein gré. Et les deux ne se souvenant aujourd’hui plus de rien.

Ce doit être de l’humour italien.

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