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Editoriaux - Politique - 26 septembre 2019

Adieu, grand Jacques, on t’aimait bien…

En plus de trente années de presse politique et dissidente se créent parfois de troubles affinités. François Mitterrand ? Qu’est-ce qu’on a pu lui cogner dessus… Mais au soir de sa vie, nous ne fûmes que peu à l’avoir défendu. , qui vient de nous quitter à l’âge de 86 ans ? C’est un peu la même histoire qui se répète.

Qui était vraiment Jacques Chirac ? Vaste question. En puisant dans les innombrables livres lui ayant été consacrés, ces propos demeurent : « Je n’ai jamais été aussi heureux que durant la guerre d’. » Toute une époque, toute une génération… Forgée par ces « événements », tel qu’on disait alors, matrice d’engagements extrêmes, de gauche comme de droite. Dans le même temps, le grand Jacques semblait aussi en pincer pour l’Amérique, vaste monde dans lequel il partit baguenauder, du temps de sa prime jeunesse. Jack Kerouac ? Jacques Chirac ? Voilà au moins qui rime, quitte à « faire sens », comme aiment à bredouiller les cuistres.

François Mitterrand, Président des plus Franco-Français, était celui qui murmurait à l’oreille des arbres, enraciné en son terroir. En revanche, Jacques Chirac, Président du grand large ? Oui. Sa connaissance en arts primitifs demeure légendaire, sachant qu’il pouvait mettre à genoux le plus pointu des experts. Cet homme fut d’ailleurs toujours ailleurs : pompidolien égaré en gaullisme, gaulliste perdu à l’UDR, souverainiste dévoyé en un RPR ayant vendu ses idéaux à l’UDF, puis miraculeusement réélu devant un en 2002 ; bref, devenu héros d’un antifascisme dont il n’avait probablement que foutre : « Il y a un type, Le Pen, que je connais pas et qui n’est probablement pas si méchant qu’on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et un peux mieux, en termes plus populaires. » Entretien accordé à Franz-Olivier Giesbert, le 22 juin 1985.

Ce qui n’empêchait pas le même Jacques Chirac d’affirmer, le 17 mars 1983, à l’occasion d’une entrevue donné à Radio Communauté : « À mes yeux, les gens du Front national ont une tare congénitale : ils sont racistes… » Va comprendre, Charles…

Dans la foulée, même ses affidés ou ses contradicteurs s’étaient au moins mis d’accord sur ce point : jamais Jacques Chirac n’avait pactisé avec l’extrême droite. Vaste blague ! Dans les années 80 du siècle précédent, on ne pouvait pas faire un pas au RPR sans marcher sur un facho – remarquez qu’à l’UDF, c’était pire encore. Vous voulez des noms ?

D’où cet énigmatique Jacques Chirac, dont les heures de gloire furent de résister à la soldatesque israélienne en plein quartier palestinien de Jérusalem et d’avoir été l’homme à avoir dit non à la seconde équipée américaine en Irak. Complexe bonhomme que celui-là. Mais aussi capable de dire aux époux Ceaușescu, le 24 juillet 1980 : « Vous présidez aux destinées de la République socialiste de Roumanie que vous avez résolument engagée sur la voie de l’industrialisation et du progrès social », tout en affirmant à l’un de ses ultimes visiteurs du soir : « Je ne crois pas au choc des civilisations. Mais je pense qu’il existe des gens qui veulent provoquer ce choc. Et cela, je ferai tout pour l’empêcher… » Va comprendre Charles, bis repetita…

Après tout, les hommes, des plus humbles aux plus puissants ne sont-ils pas esclaves et victimes de leurs propres contradictions ? Cela s’est déjà vu. Manifestement, Jacques Chirac était au rang de ces derniers, mais avec un petit truc en plus, consistant à avoir été témoin de l’Histoire sans en avoir été véritablement l’acteur majeur. Droit dans ses bottes mais à côté de ses pompes ? C’est là que réside toute l’énigme chiraquienne.

De son côté, Jean-Marie Le Pen nous confie à propos du défunt : « Même mort, l’ennemi a droit au respect. » On ne sait si Jacques Chirac aurait eu cette élégance à propos du président du Front national.

La réponse relève maintenant d’un autre monde.

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