Salah Abdeslam, ou le dixième homme du commando du 13 novembre 2015. Le seul survivant, parce que n’ayant pas eu le courage de se faire sauter en pleine rue, assurant aujourd’hui qu’il y avait un défaut dans sa ceinture explosive. « La volonté de Dieu », tel qu’il le prétend ? Ou tout simplement la trouille ? Retour sur l’itinéraire d’un enfant raté.

De père algérien et de mère marocaine, Salah Abdeslam grandit en Belgique. Son univers ? L’alcool, les joints, les boîtes de nuit et la petite délinquance. Travailler ? Très peu pour lui. Son père, chauffeur de bus à la STIB, entreprise de transports publics locale, parvient néanmoins à le faire embaucher comme mécanicien. Cela ne durera pas longtemps, le terroriste en devenir finissant par se faire renvoyer pour cause d’absences répétées et injustifiées.

Et puis, il y a les filles, cela expliquant probablement ceci, le quotidien des racailles de cités, de France, de ou d’ailleurs. Car dans ces endroits déshérités, ces mêmes filles sont souvent les seules à s’en sortir : elles travaillent mieux à l’école et, de par une éducation très patriarcale, sont finalement mieux élevées que leurs frères, telle Yasmina, une fiancée qui refusera de s’engager davantage avec un tel bon à rien.

À ce titre, on ne rappellera jamais assez le rôle prépondérant de la frustration sexuelle chez ces tueurs en puissance. Car dans les sociétés musulmanes traditionnelles, l’homme n’épouse pas qui il veut. Il faut avoir la bonne réputation vis-à-vis des futurs beaux-parents et puis, surtout, le pécule nécessaire à la dot de la promise. Salah Abdeslam n’a évidemment rien de tout cela : pas plus la moralité orientale que l’argent occidental.

Pour tout arranger, le paysage culturel est à l’avenant : football, fringues de marque et faux copains, sachant que dans le monde du deal, de vrais amis il n’y a point. Salah Abdeslam en a pourtant un, Abdelhamid Abaaoud, connu pour l’une de ses vidéos dans laquelle, parti en Syrie, il fait le beau en 4×4, traînant derrière le véhicule quelques cadavres accrochés au bout d’une corde. Soit un version gore accommodé à la sauce des jeux vidéo ; mais de quoi, paradoxalement, donner un sens à une vie qui n’en a pas.

Trop couard pour aller faire le djihad, Salah Abdeslam se laisse alors embringuer dans les attentats qu’on sait. A-t-il seulement conscience de ses actes ? Un peu, mais peut-être finalement pas tant que ça. Mitrailler à l’aveuglette des innocents à la terrasse des cafés ? Il sait faire, comme dans ces mêmes jeux vidéo. Après, mourir en « héros », passer de l’idée qu’on se fait de la réalité à la réalité tout court, c’est une autre affaire…

Plus que lucide, Sven Mary, son avocat, explique son système de défense à Libération : « Mon client est un petit con de Molenbeek, issu de la petite criminalité, plutôt un suiveur qu’un meneur. Il a l’intelligence d’un cendrier vide, il est d’une abyssale vacuité. » Voilà qui n’est probablement pas faux, même si tous les abrutis finis ne finissent pas en meurtriers de masse.

Pour autant, il serait nigaud d’expliquer un tel itinéraire en se défaussant sur un seul déviant tout en passant sous silence les responsabilités de nos sociétés vieillissantes qui ne savent même plus pourquoi elles persistent à exister. Car Salah Abdeslam ne vient pas de nulle part, étant lui aussi le fruit d’un environnement dont le consumérisme et l’individualisme galopants sont aussi sources de frustrations. À cela, faut-il encore évoquer cette immigration de masse créant encore ces autres frustrations consistant à ne plus maîtriser les codes de la culture d’origine et encore moins ceux de celle d’accueil.

Pour résumer, Salah Abdeslam, comme Mohammed Merah avant lui, peut aussi être tenu pour la face sombre de cette télé-réalité, miroir aux alouettes d’une déboussolée. Bref, il voulait être célèbre. En un sens, c’est réussi.

 

 

7 septembre 2021

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