La mort de Jean-Paul Belmondo est venue mettre un terme au concert des pleureuses qui, depuis dimanche, se relayaient sur les ondes. La cause de leurs lamentations ? L’expulsion d’une femme et de son fils de 19 ans d’un HLM niçois suite à la condamnation du fiston à 20 mois de prison pour trafic de drogue et 500 euros d’amende pour la mère.

Les associations (fondation Abbé-Pierre, Droit au logement, etc.) crient, bien sûr, au scandale et dénoncent « la double peine ».

Cette réaction me rappelle les mêmes cris d’orfraie lorsqu’a été mis en place le croisement des fichiers pour le RMI. On s’était, en effet, aperçu que des petits malins indélicats touchaient « rémi » dans plusieurs départements. Hurlements indignés des associations : « On ne peut pas ajouter la suspicion à la misère. » Et, donc, poursuivant avec le même esprit, les belles âmes s’indignent, aujourd’hui, qu’on puisse virer d’un logement ceux qui pourrissent la vie de leurs voisins.

Comment en est-on arrivé à cette douloureuse extrémité ? Avec beaucoup de mal et trois ans de procédures diverses.

C’est Anthony Borré, premier adjoint LR à la mairie de Nice et président de l’Office de Côte d’Azur Habitat, qui raconte sur Europe 1 : « Nous sommes face à une famille qui, depuis 2018, est connue pour des faits graves comme des dégradations, de l’occupation de halls d’immeuble et, plus récemment, des trafics de stupéfiants. Et j’ai considéré que tous ces effets conjugués étaient suffisamment graves pour demander aux tribunaux leur expulsion. Ce qui a été accordé. » À préciser que cette décision a été rendue après « trois ans de procédure », de « multiples mises en demeure » et « des tentatives de dialogue » avec la famille « qui n’a jamais su saisir les mains tendues ». Sauf pour vendre du shit, sans doute.

« Quand on a un logement social, on doit se montrer digne », dit l’adjoint au maire. À quoi Zohra Briand, de Droit au logement 06, répond qu’« un toit, c’est un droit, c’est la loi ». Interrogée, en avril, par le magazine 20 Minutes sur le sujet, elle déclarait : « De tous les dossiers qu’on défend, il n’y en a pas un qui est au sujet de loyers impayés. Les responsables politiques doivent comprendre que le logement est la dernière ressource d’une famille. Les gens paient d’abord leur loyer et réfléchissent ensuite à comment ils vont manger. Je suggère qu’on pense d’abord à la prévention plutôt qu’à la punition, surtout dans ce contexte sanitaire, où on ne va qu’ajouter des personnes en situation de précarité et de pauvreté aux millions qui existent déjà. »

Bref, c’est toujours la même chanson : des droits mais pas de devoirs.

Côte d’Azur Habitat gère 22.000 logements et 16.000 dossiers de demande sont en attente (dix ans, en moyenne) sur la ville de Nice. Anthony Borré précise que 72 dossiers d’expulsion sont en cours, notamment grâce à une modification du règlement intérieur, en octobre dernier, et surtout la signature d’une convention entre le parquet et la préfecture des Alpes-Maritimes « pour informer le bailleur social sur les affaires judiciaires du locataire afin d’enclencher une procédure ».

Du coup, les avocats dénoncent « une question morale » : « Le principe même d’une condamnation est de purger sa peine et de se racheter auprès de la société. Avec une expulsion, c’est une nouvelle sanction, parfois pour toute sa famille. Que vont devenir ces personnes qu’on étiquette sur des conditions pénales ? » demande Me Anaïs Tarone à Nice-Matin.

Au fond, chacun ses soucis, et le bailleur répond qu’il préfère, lui, se soucier de « la minorité silencieuse qui vit dans ces endroits et qui n’en peut plus ».

Cette histoire illustre bien le mal donc nous crevons : le refus de la responsabilité individuelle. Mais comment en serait-il autrement quand, au plus haut niveau de l’État, on n’a de cesse de nous infantiliser ?

7 septembre 2021

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