Comme je vous l’annonçais, on a marché fièrement dans les rues de Toulon, ce samedi, gentiment aussi. À part quelques jeunes filles aux collants déchirés et à la mine verdâtre qui semblaient avoir confondu Marche des fiertés et Halloween, tout cela était d’une grande sagesse. L’imagination n’est plus au pouvoir.

« Fierté », donc, voilà le mot d’ordre. Reste qu’à l’évidence, il ne va pas de soi… Car pour être fier de soi, hein, il faut se connaître soi-même, et le problème est que, justement, en l’occurrence, « soi » ne sait pas très bien ce et qui il est.

On constate – c’est un fait de santé publique – que « les tentatives et les idées suicidaires » sont plus élevées chez les jeunes LGBT que dans la population en général. Et l’on en rend responsables les « cultures hétérocentriques et l’homophobie institutionnalisée (sic) », toutes choses qui pourraient laisser à penser que rien n’a bougé sur ce plan depuis cinquante ans quand tout prouve, au contraire, qu’on peut aujourd’hui être légalement ce qu’on veut être. Encore faut-il savoir, précisément, ce qu’on veut être !

Mal-être, difficulté à être, incertitude de l’être… Voilà ce qui a conduit une jeune fille de 19 ans à se jeter sous un train en gare de Montpellier, mercredi dernier. Elle s’appelait Doona, était étudiante en sociologie. Voilà qui devrait suffire à la définir mais comme il faut sur chacun une étiquette, Doona était « étudiante  ».

France 3 relate : « Si les causes exactes de son suicide ne sont pas encore connues, cet acte désespéré fait suite à des tentatives précédentes, selon un courrier du syndicat étudiant SCUM envoyé, ce jeudi matin, au CROUS Occitanie. » Le SCUM, Syndicat de combat universitaire de Montpellier, n’y va pas par quatre chemins ; le responsable de cette violente, c’est le CROUS, et il l’accuse clairement : « Suite à la deuxième tentative de suicide, une assistante sociale du CROUS et un médecin scolaire étaient directement en lien avec Doona. […]. Il lui aurait été dit, lors de la réunion du mercredi 23 septembre, soit quelques heures avant son suicide, qu’elle ne pouvait plus tenter de mettre fin à ses jours sous peine d’être expulsée de son logement. Nous espérons que le cynisme des assistantes sociales n’en est pas arrivé à ce point. Car une telle brutalité dans un moment de flottement, de questionnement et de existentielle d’un individu est tout bonnement inacceptable. »

Le CROUS et le recteur de l’ ont répondu, rappelant que cette étudiante « avait bénéficié d’un accompagnement renforcé de la part des services sociaux, comme des personnels ». Surtout : « Le service social, avec la médecine préventive de l’université, ont reçu Doona et ont mis en place un accompagnement psychologique renforcé pour lui permettre de surmonter ses difficultés, et de passer le cap de la transformation qu’elle avait choisie, le moins mal possible. »

Erreur, grossière erreur. Faute impardonnable : « Même votre terminologie est à revoir, vous parlez de “transformation”, mais ce n’en est pas une, c’est une transition. Nous parlons ici d’êtres humains et non pas de Pokémon », réplique le SCUM.

Bon, je résume : bien qu’on ne sache pas la raison exacte de son geste fatal (on a quand même une petite idée), Doona est morte victime du CROUS, de la République et du « système médical » (trop d’hormones, peut-être ?). C’est ce qu’affirme le collectif, qui lui rendra , le 17 octobre, à Paris (avec le ), dans le cadre de la vingt-quatrième ExisTransInter, sous la bannière « La République nous préfère mort.es ! » Car ces braves gens l’affirment : « Ce douloureux constat, nous, HandiEs, Inter, Putes, RaciséEs, Trans, le vivons tous les jours. »

28 septembre 2020

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