Editoriaux - Politique - 22 décembre 2019

Strip poker de Noël à l’Élysée

Ça doit être la magie de Noël ou quelque chose comme ça. D’ailleurs, depuis l’Afrique où il est en tournée, Emmanuel Macron appelle les grévistes de la SNCF à une trêve et à « l’esprit de responsabilité ». Pour un peu, et à un ou deux mots près, il en appelait à l’esprit de Noël. N’a pas osé, quand même. La magie de Noël, donc, c’est les cadeaux, c’est bien connu. Et Emmanuel Macron vient d’en offrir un magnifique : sa retraite de Président. C’est cadeau ! Je n’y toucherai pas lorsque j’aurai quitté l’Élysée en 2022 ou plus tard, si affinités.

Vivra peut-être avec la retraite de prof de Madame. On n’imagine même pas la réversion… Là, faut avouer, on a comme un doute. On imagine, cependant, qu’il n’aura pas trop de mal pour se reconvertir, vu son âge, son CV et son carnet d’adresses, et c’est d’ailleurs tout le mal qu’on lui souhaite. Comme nous avons plus l’esprit tordu que celui de Noël, nous nous posons cette question : et si cette belle et généreuse idée de renoncer à sa retraite présidentielle n’était pas un cadeau empoisonné ? Notamment aux sénateurs.

Je m’explique. La doit s’appliquer à tous les Français. On vous a dit et répété qu’on ne voulait voir qu’une tête. Oui. Parmi les nombreux régimes spéciaux, il y a celui des résidents du palais du Luxembourg. « L’universalité, ça va aussi pour les ministres, les députés, les sénateurs et l’ensemble des élus, tout le monde sera dans le même régime », déclarait Édouard Philippe sur TF1, le 11 décembre dernier. Tout le monde ? Tout le monde. Euh, même… Tout le monde, on t’a dit. T’es bouché ou quoi ? Or, le régime des sénateurs, disons, assez intéressant (pension de plus de 2.000 euros acquise au bout d’un mandat de six ans) ne peut être modifié par aucune loi, révélait France Inter, la semaine dernière. En effet, le Sénat dispose d’une caisse autonome contenant près d’un milliard et demi d’euros pour ses élus et son personnel. Mais Macron « veut nous faire payer notre rébellion », confiait un sénateur la semaine dernière. En gros, les faire passer sous la toise et, par la même occasion, sur la balance. Pour cela, avec la démagogie ambiante, rien de mieux que de les faire passer pour des profiteurs. C’est, du reste, ce dont se plaignait un autre sénateur, toujours selon la radio d’État. Alors, si en plus, maintenant, le Président se dépouille de sa retraite, ça va devenir très compliqué pour eux de se battre pour des principes ! Dans cette espèce de strip poker de la République, où c’est le premier à poil qui gagne, va falloir assurer grave et pas certain que Gérard Larcher ait envie de faire de la pole dance… Mais tout ceci n’est que pure hypothèse.

En attendant, il est évident qu’en renonçant à percevoir sa pension de futur ex-Président, Emmanuel Macron s’attribue, comme à son accoutumée, le beau rôle. Les mauvais esprits diront : l’exemple vient du haut, donc pas de raison qu’en bas on ne fasse pas pareil. Ira-t-il jusqu’à se comparer avec le général de Gaulle ? Ce dernier refusa toujours de faire valoir ses droits à pensions comme ancien officier puis ancien Président, de telle sorte que lorsqu’il mourut en 1970, Georges Pompidou et son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas firent attribuer d’office à Mme de Gaulle les pensions de réversion normalement prévues pour une veuve de général et de conseiller d’État, comme le raconte Philippe de Gaulle dans son livre d’entretiens avec Michel Tauriac. Il devrait penser à ça, Emmanuel Macron, à la réversion…

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