Editoriaux - International - Table - 22 mai 2017

Quelle stratégie américaine au Moyen-Orient ?

Donald Trump a donc succombé aux sirènes des faucons néo-conservateurs, renouant avec la tradition diplomatique américaine pré-Obama. Il a ainsi réservé ses tirs les plus appuyés à l’Iran, grand Satan habituel. Ayant besoin d’un « méchant » pour sa communication intérieure, The Donald a choisi l’Iran plutôt que la Chine, trop puissante et trop proche. Les stratèges américains ont d’ailleurs bien compris que le Pacifique serait, demain, ce qu’a été la mer Méditerranée hier pour le monde antique. De son côté, l’Iran en profitera pour se donner une importance qu’il n’a peut-être pas…

Il est regrettable que Washington n’ait pas souhaité continuer l’expérience entamée par Barack Obama après la conclusion d’un accord sur le nucléaire iranien. Bien sûr, il ne s’agit pas d’être naïfs par rapport à Téhéran et son régime. La République islamique est la matrice intellectuelle de la vague réactionnaire qui s’est emparée du monde musulman, inventant même le concept d’islamophobie dès les années 1970. Son exemple a entraîné, aussi, une radicalisation de l’espace sunnite, dans une sorte de course à l’orthodoxie religieuse. L’Iran et l’Arabie saoudite se livrant un conflit par groupes interposés dans tout le Moyen-Orient, aucun de ces deux pays ne saurait être exempt de tout reproche.

Toutefois, il faut bien admettre que le terrorisme de masse qui secoue aujourd’hui le monde, y compris le nôtre, est le produit d’un regain de forme des diverses tendances prônant un retour au sunnisme des origines : Frères musulmans, salafistes, wahhabites et autres « takfiristes ». L’Iran n’ayant, dans cette affaire, qu’une influence indirecte. En outre, il faut constater que ce pays a entamé un processus de démocratisation réel, qu’illustrait encore récemment la victoire d’Hassan Rohani, réformateur modéré, avec plus de 57 % des suffrages exprimés. Ne serait-ce donc pas le moment de réchauffer ces relations ?

Les Saoud et leurs alliés ont contribué à l’expansion du djihadisme international, tant en le finançant directement qu’en protégeant les idéologues qui légitiment les pires exactions meurtrières. Renforcer la monarchie saoudienne ne me semble pas de nature à permettre de lutter contre cet islam meurtrier. L’État islamique est plus dangereux que l’impérialisme iranien, qui n’a, de toutes façons, pas les moyens de ses ambitions. On est en droit de se demander si Donald Trump sait ce qu’il dit quand il déclare que l’Iran est son ennemi principal parce qu’il “finance arme et entraîne des terroristes […] qui répandent la destruction et le chaos à travers la région”. Nous ne pouvons considérer cette théocratie en « amie », mais elle n’est certainement pas le pire de nos ennemis dans la région !

Deux scénarios sont donc possibles :

– Une guerre froide stérile alimentée par les Américains entre deux camps. D’un côté, les Arabes sunnites, soutenus par les États-Unis et, dans une moindre mesure, l’État d’Israël. De l’autre, les chiites iraniens, puissance historique de la région, appuyés notamment par la Russie. Une stratégie de la tension qui pourrait maintenir tout ce petit monde dans une guerre de position alimentant une forme de statu quo, émaillé de quelques micro-conflits localisés (exemple type du Yémen aujourd’hui).

– Une relance du dialogue entre les différents protagonistes, sous l’impulsion des puissances occidentales, lassées par les tensions. Donald Trump, légèrement prétentieux, croit pouvoir négocier l’accord de paix ultime entre Israël et les Palestiniens. Une ambition louable sur le papier mais assez utopique…

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