Stéphane Manigold, porte-parole du collectif Restons ouverts, réagit au deuxième confinement : « Le Conseil scientifique avait fait d’autres propositions… On est parti pour une instabilité économique et une casse sociale sans précédent ! »

 

La France entame son premier jour de confinement. Les barmans et les restaurateurs ne sont-ils pas les dindons de la farce de ce confinement ?
Je ne sais pas si on peut parler de farce puisqu’il y a quand même beaucoup de morts et de contaminations. Quand on regarde dans le détail, on peut considérer comme une farce. Lorsqu’on lit le rapport Santé Publique France, les clusters ne sont pas les restaurants.
Hier, j’ai écouté avec grande attention l’ensemble des discours du Premier ministre et notamment du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Il demandait aux Français et aux Françaises de soutenir l’économie française. C’est une belle avancée pour nous. En revanche, la restauration doit dès demain, créer un business modèle que l’on ne méprise pas. On parle du click & collect et la livraison à domicile. C’est prendre des risques sur des entreprises qui sont déjà fragiles en termes de trésorerie et d’aller sur un marché que l’on ne connaît pas. Quand on ne connaît pas un marché, il y a une prise de risque. Vous mettez cette trésorerie à disposition pour cette prise de risque et vous acceptez de perdre de l’argent. Les entreprises sont-elles capables de perdre de l’argent ? Je ne pense pas ! C’est pourquoi il faut des mesures réelles de soutien de la part du gouvernement.

Hier soir, des manifestations contre le confinement ont eu lieu. Contestez-vous la mise en place de ce confinement ? Le trouvez-vous justifié d’un point de vue sanitaire et politique ?

D’un point de vue sanitaire, il peut se comprendre. D’un point de vue politique, non. Le Comité scientifique Covid-19 avait fait plusieurs propositions au président de la République. La dernière proposition était de cadenasser le pays. De mémoire, le Comité scientifique Covid-19 avait proposé quatre propositions et il n’en a retenu qu’une seule. Il les a d’ailleurs citées, mais il les a balayées dans ce nouvel épisode. Soyons clairs, il y a une deuxième vague, un deuxième confinement et il y en aura un troisième et ainsi de suite. On est parti pour une série ouverture fermeture, une espèce d’instabilité économique terrible et d’une casse sociale sans précédent, sauf si on est réellement dans le quoi qu’il en coûte. Pour l’instant, on n’y est pas. A minima, nos charges fixes doivent être absorbées. On ne demande pas de gagner de l’argent sur cette période, mais au moins nos charges fixes. Pour l’instant, le quoi qu’il en coûte est un discours.

Peut-on estimer les conséquences économiques pour votre branche ? A-t-on une idée de la proportion des entreprises qui ont menacé de fermer ?

Aujourd’hui, on va observer comment les grandes entreprises se comportent. Les grandes entreprises ont aussi des collaborateurs et sont clients des restaurants. Notre profession est composée d’un éco-système, de gens qui travaillent et qui ont des revenus, de déjeuners d’affaire, d’évènements festifs, etc. Nous ne sommes pas centrés sur notre profession. C’est l’intégralité des entreprises qui souffre, qu’elles soient ouvertes ou fermées.
J’ai un boulanger en face de mon entreprise, il fait moins 50 % de chiffre d’affaires et pourtant il est ouvert. C’est toute l’activité économique qui est touchée. Cela va des médias aux pressings, aux auxiliaires de vie, etc. Tout cet éco-système est complètement bouleversé. Cet éco-système est nécessaire pour que l’économie tourne. Si vous n’avez personne pour dépenser de l’argent chez vous, cela ne marche pas. La machine est en train de s’enrayer.

 

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