Editoriaux - Société - 18 août 2019

Serveur tué pour un sandwich : un fait divers ou un symbole ?

Un fait divers ou un symbole ? La presse nous apprend que le serveur d’un restaurant de Seine-Saint-Denis a été mortellement blessé par balle, vendredi 16 août, par un client mécontent. Selon les personnes présentes, « il aurait été mécontent car son sandwich n’aurait pas été préparé assez rapidement ». Selon BFM TV, il serait connu pour des faits de toxicomanie et alcoolisme. « Les employés étaient (pourtant, NDLR) tous très gentils », a dit un habitué.

Un fait isolé, typique de certains « quartiers » ? Voire. Je connais une ville moyenne où le voyageur qui sort de la gare trouve en face de lui la façade de l’Hôtel du Chemin de Fer noire de l’incendie qui a mis fin à son exploitation séculaire. Le propriétaire a mis la clé sous la porte, l’établissement est à vendre. La serveuse aurait « mécontenté » un client le soir de l’incendie. Je n’en sais guère plus, mais comme la ville dont il s’agit vote très très bien, il ne faut quand même pas trop troubler l’électeur, chut, pas trop de bruit…

La restauration vient donc s’ajouter à la longue liste des professions à risque. Médecin généraliste, par exemple. Dans la même ville tranquille, le médecin de mon épouse a été agressé en sa présence par un patient impatient qui ne voulait pas attendre son tour et que je ne peux décrire. Il n’avait pas les bons codes. Le commissariat, distant de 200 mètres, a été alerté. Un véhicule avec des policiers est arrivé une demi-heure après. L’incident était terminé depuis longtemps. Chut, pas trop de bruit, les élections approchent.

La boulangerie ou la coiffure deviendront-elles des professions à risque dans les mois à venir ? J’imagine ma boulangère en accorte mini-blouse pare-balles servant ses clients tout en surveillant les individus susceptibles de s’impatienter.

Le gilet pare-balles remplacera-t-il le gilet noir sur chemise blanche comme tenue professionnelle dans nos cafés ? Les syndicats professionnels des cafés, hôtels, restaurants iront-ils s’en plaindre en haut lieu ? Peu probable, eux qui laissent s’ouvrir dans le moindre chef-lieu de canton un de ces kebabs, chers à Sibeth. Ces établissements peuvent ainsi fournir des sandwichs halal à des collégiens campagnards en mal de nouveauté et dont les parents vivent de la production porcine.

Signe des temps ?

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