Editoriaux - Politique - 17 août 2019

Matteo Renzi sort le grand jeu contre Salvini : Mussolini et Hitler…

L’appel aux peuples, c’est désormais en option. En fait, ça dépend. De quoi ? Ça dépend, c’est tout. En Italie, par exemple, Salvini, fort du score de la Ligue aux élections européennes (34,26 %, alors que le Parti démocrate – celui de Renzi – n’obtint que 22,74 % des voix), veut un retour aux urnes.

Alors que dit, dans un entretien au Monde, le très européiste Matteo Renzi, ancien président du Conseil : « Je dis qu’il faut empêcher le retour aux urnes voulu par Matteo Salvini. » Il faut quand même oser dire des trucs comme ça. Renzi ose. Et il envisage même de s’allier avec le M5S qui l’a « massacré, avec un certain nombre de coups au-dessous de la ceinture ». Mais Renzi n’est pas douillet et « place l’intérêt du pays au-dessus de tout », et donc, forcément, de la ceinture. Dans L’Écho, le quotidien belge d’information politique, économique et financière, Renzi, décidément plus à l’aise « à l’international » que dans son pays, n’y va pas par quatre chemins et explique que sa proposition de « gouvernement institutionnel » est une simple réaction à la « barbarisation » de la politique italienne. Encore un petit effort et il en appellera à l’ONU et aux Casques bleus pour mettre en place un gouvernement provisoire international. L’argument de Renzi contre cet appel au retour aux urnes demandé par Salvini ? « Jamais, en 73 années d’histoire républicaine, les électeurs italiens n’ont été appelés à se rendre aux urnes dans la période, extrêmement délicate, de l’élaboration du projet de loi des finances ! » Et de qualifier cette période d’élaboration du budget de « sacrée ». Traduire, les choses sérieuses ne peuvent se concevoir que dans des sanctuaires à l’abri de la plèbe. Commettre ce sacrilège, c’est de la barbarie, nous dit donc la vestale Renzi. On n’est pas certain que les oies du Capitole sauvèrent Rome, comme disait Talleyrand, mais, à coup sûr, Renzi va sauver l’Italie.

Ce qui est formidable, avec des personnages comme Renzi – un Renzi qui n’hésita pas, durant les élections européennes, à venir débattre, en duplex depuis Londres, contre Marine Le Pen pour soutenir son petit camarade Macron -, c’est que le désaveu populaire, même sévère, ne leur sert absolument pas de leçon. On dirait même que, quelque part, ça les dope, ça les convainc un peu plus que le suffrage universel doit être consommé avec la plus grande modération. Rappelons, en effet, que Matteo Renzi échoua lamentablement, en décembre 2016, à faire passer son projet de réforme constitutionnelle (59,10 % des voix, avec une participation de 65 %) et qu’il fut acculé à la démission.

Les propos de Salvini, demandant aux Italiens « les pleins pouvoirs », sont évidemment repris à l’envi par tous les médias et Renzi n’hésite pas à déclarer : « Une rhétorique qui évoque les pages les plus sombres de l’histoire européenne. » « Hitler et Mussolini l’ont fait avant. ». De Gaulle aussi, en 1958, avait demandé et obtenu les « pleins pouvoirs »… Mais c’est facile, c’est gros et c’est tout de même assez paradoxal : car, au fond, qu’un parti, qui frôle peut-être les 40 % d’intentions de vote, aspire à gouverner n’a, au fond, rien de choquant. En tout cas, ce n’est pas plus scandaleux qu’un parti, comme La République en marche, en France, qui monopolise les bancs de l’Assemblée nationale mais ne représente que 16,55 % des inscrits…

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