Il serait peut-être temps que Plantu… prenne un peu de repos !

Plantu et moi, c’est une vieille histoire. J’ai découvert son existence et son trait de crayon il y a très longtemps, je devais avoir 11 ans : dans mon collège parisien, nous avions décidé de lancer un journal et l’avions baptisé candidement « La 6e1 en vadrouille ». Un garçon de la classe était le fils d’un journaliste du Monde, il avait obtenu de Plantu un dessin pour notre une. On y voyait Mitterrand - c’était sous son règne - lisant notre canard et s’exclamant « Ciel ! » en partant à la renverse, la mine défaite, tourneboulé par le scoop en couverture : « Le prix du Malabar a augmenté. » N’ayant nulle idée de sa notoriété, je ne comprenais pas pourquoi mes parents s’extasiaient, et trouvais par-devers moi, avec mes yeux de fillette, son crobar plutôt moche et raté. Mais enfin, je suis restée dans l’idée que Plantu était un brave gars sympa, capable de mettre son talent à la portée des enfants.

C’est pourquoi je suis toujours peinée lorsque je le découvre… fatigué.

L’un de ses récents dessins montre Paris après la victoire de Marine Le Pen : des soldats nazis gardent l’Élysée et organisent des rafles d’hommes que l’on suppose « basanés » et de femmes voilées. « Impossible ! Moi, je suis un Insoumis ! » crie l’un d’entre eux en levant le poing. « Vous auriez peut-être dû voter Macron », lui répond un grand black sur le point d’être embarqué. On admirera la grande finesse du message et surtout, bien sûr, l’extrême originalité du thème.

Pardon, mais le recyclage a ses limites. C’est entendu, le mois de mai est arrivé, plus envie de se fouler, mais refourguer, vaguement réactualisés, les vieux dessins qui servaient à se faire peur les lendemains d’« Heure de vérité », quand Jean-Marie Le Pen y débarquait avec ses cravates improbables et ses chemises rayées, quand Plantu griffonnait obligeamment des petits machins pour les gamins de ses copains, c’est un peu se f… du monde, non ? Si l’on va par là, je peux aussi ressortir mes articles de l’époque, les gruges à l’élection des délégués et les interros d’anglais trop sévèrement notées ?

Tacler Marine Le Pen sur l’euro, faire de l’esprit sur Louis Aliot ou Florian Philippot, caricaturer les défauts et épingler les incohérences du programme, c’est son boulot, mais remonter au siècle dernier avec les mêmes ficelles et les sempiternels refrains, ça va bien. Et ça ne sert, disons-le, rigoureusement à rien. Il y a des écrivains qui, à la longue, publient tous les ans le même bouquin. Plantu, lui, finit par pondre tous les jours le même dessin. C’est peut-être que toutes les choses, même les plus longues collaborations, sentent un jour la fin ?

Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

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