Selon Christine Dupont de Ligonnès, Xavier et sa famille seraient en vie

Christine dupont de ligonnès

 « Je pense que oui, mon frère est vivant, quelque part, avec Agnès et les enfants. » Cette phrase prononcée d'un ton calme et serein par Christine Dupont de Ligonnès sur le plateau de BFM TV a de quoi surprendre. Elle était invitée à l'occasion de la sortie de son livre choc Xavier, mon frère présumé innocent, coécrit avec son époux Bertram de Verdun.

Persuadée qu'il y a une autre explication que celle donnée par les enquêteurs, Christine Dupont de Ligonnès est convaincue de l'innocence de son frère. Pour mémoire, et jusqu'à aujourd'hui, « l'affaire Dupont de Ligonnès », du nom de cette famille dont les corps des quatre enfants et de leur mère, Agnès, ont été retrouvés un 21 avril 2011, ensevelis sous la terrasse d'un maison nantaise, n'a pas été entièrement élucidée. Le père de famille, Xavier, qui s'est mystérieusement évaporé au cours de son voyage dans le sud de la France, quelques jours après le quintuple meurtre, n'a plus donné aucun signe de vie après le 15 du même mois.

De quoi alimenter treize années de recherches policières et judiciaires, d'innombrables enquêtes journalistiques, documentaires télévisés et émissions de radio, et fournir une source inépuisable d'inspiration pour toutes les interprétations. Des plus abracadabrantes aux plus vraisemblables. Un téléfilm, une mini-série, un dessin animé, quatre romans et un ouvrage des plus passionnants, écrit par l'ami de jeunesse de Xavier, Bruno de Stabenrath, se sont emparés de l'intrigue. Depuis l'ouverture de l'enquête judicaire, de l'avis des autorités, « plus de 1.750 signalements » ont été « reçus et exploités » en France et à l’étranger. De fausses pistes, pour ce que l'on connaît, qui ont mené les enquêteurs dans trois abbayes et jusqu'en Ecosse, où un individu dont le seul tort était de ressembler à Xavier a été malencontreusement intercepté.

Xavier, mon frère présumé innocent : un ouvrage qui bouscule

Mais c'est ce mois de mars, bien des années, donc, après le drame, que Christine Dupont de Ligonnès a choisi pour exposer sa « propre conviction que la famille de Xavier n'a pas été assassinée » et publier avec son époux une sorte de contre-enquête, espérant, « à la lumière des faits [...] [permettre] aux lecteurs de se forger une opinion plus éclairée sur cette affaire en démentant des contre-vérités véhiculées depuis bientôt 13 ans ». Un témoignage qui bouscule.

« Plus on la confronte aux faits, plus la version officielle perd de sa cohérence, écrit-elle. Alors qu'elle paraissait simple au départ, l'attitude singulière de Xavier, les signes de vie d'Agnès après le 4 avril, l'absence de scène de crime et la réalisation des fosses nécessitent de multiplier les conjectures. » Parmi les éléments exposés qui, selon les auteurs n'ont pas été explorés par la Justice, certains en effet perturbent le lecteur. À commencer par l'impossibilité, pour un seul homme comme Xavier Dupont de Ligonnès, qui souffre d'un mal de dos récurrent, de creuser le sol dans un laps de temps aussi court (celui estimé par les enquêteurs) pour ensevelir cinq corps. La mise à l'écart, par la Justice, des deux témoignages de voisines, affirmant avoir vu Agnès en vie après la date supposée des décès, interroge également. De même, les maladresses accumulées, quelques jours avant le drame (achats de ciment, de pelles, etc., payés avec sa carte bleue) balisent trop facilement le parcours d'un itinéraire meurtrier. Et que dire de l'attitude décontractée d'un Xavier Dupont de Ligonnès, supposé en fuite après le drame, et volontiers bavard, témoignages des hôteliers et restaurateurs à l'appui qui, décidément, ne colle pas avec le portrait d'un homme qui vient de liquider sa famille ?

De quoi, en effet, imaginer rouvrir des pistes bien vite refermées par le procureur de la République de Nantes, Renaud Gaudel, qui dès ce vendredi 22 mars, réagissait : « Je me dois de confirmer que rien ne permet de donner judiciairement du crédit à cette version, qui implique la falsification d’actes judiciaires, non seulement par les enquêteurs mais également par les experts ayant procédé aux autopsies et aux analyses d’identification par empreintes génétiques. »

La thèse d'une exfiltration digne d'un thriller

Si l'hypothèse exposée dans l'ouvrage implique bien, en effet, une duplicité des autorités, l'issue finale telle qu'exposée par Christine semble digne d'un scénario de cinéma : « J’avais reçu, dix jours avant, une lettre de Xavier que j’ai prise au sérieux, dans laquelle il m’explique qu’il travaille pour les services spéciaux. » Une référence à une missive envoyée par Xavier Dupont de Ligonnès à ses proches, quelques jours avant la disparition, leur annonçant une expatriation familiale subite. Une version qui peine à convaincre, car à quel titre les services secrets américains se seraient-ils préoccupés du sort de cette famille, aussi sympathique soit-elle, au point de maquiller un quintuple assassinat par le truchement d'ADN de victimes, le nettoyage d'une scène de crime et le remplacement des corps par d'autres ?

Mais malgré les zones d'ombre de cette affaire (à commencer par l'inexplicable disparition du père de famille), la thèse de Christine Dupont de Ligonnès, aussi farfelue qu'elle puisse paraître, mérite mieux que les railleries de plateau et les moqueries des réseaux sociaux. Car cette enquête est celle d'une sœur en quête de vérité au sujet d'un drame familial épouvantable qui mérite avant tout respect et compassion.

Du côté des autorités judiciaires, l'enquête est d'ailleurs loin d'être close, ce qu'a confirmé le procureur : « Cette affaire est toujours en cours d'instruction au pôle criminel de Nantes [...] les enquêteurs poursuivent leurs investigations afin de localiser Xavier Dupont de Ligonnès. » Un jour, peut-être, d'autres éléments permettront-ils de faire toute la lumière ? À en croire les derniers rebondissements de l'affaire du petit Grégory pour laquelle on apprend que de nouvelles expertises, à la demande des parents, vont être menées quarante ans après les faits, la vérité exige parfois le temps long.

Sabine de Villeroché
Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

17 commentaires

  1. La famille de Christine Dupont de Ligonnès est vivante, la terre est plate et Lemaire est un ministre compétent.

  2. Cette histoire est vraiment troublante…mais les suppositions de cette soeur sonnent terriblement juste !!!

  3. QUELLE FAMILLE !!! il est vrai que je ne suis pas du tout un adepte du média concerné ici relayant aussi bien des infos vraies ou douteuses que la propagande gouvernementale , j’ai donc pu «  »louper » » des « épisodes , mais dans toutes ces élucubrations ou chacun y va de son enquête persuadé de détenir une part de vérité, il n’a plus jamais été fait allusion , me semble t’il , au milieu  » religieux sectaire  » ou évoluait parait il une partie de cette famille ; je me souviens avoir lu quelques allusions ce propos à l’époque des découvertes des corps des malheureuses victimes !! Quoi de plus facile pour une « secte » de faire  » s’évaporer » un de ses membres !! en général ce sont des réseaux , organisés , avec des moyens et qui savent se faire oublier ..si les autopsies permettant l’identification formelle des corps sont indiscutables ..on se demande bien la réelle motivation de ce genre de délire familiale et du ridicule prétexte du mal de dos du meurtrier « présumé » !!! a moins que ce ne soit plus simple ..et juste un bouquin pour financer la cavale du frérot ???

  4. Cette horrible affaire n’est-elle pas le reflet de notre horrible époque ? Doutes, mensonges, faux semblants, faillite financière, perte de repères religieux, parfaits symboles de ce dont la France souffre depuis plusieurs décennies.

  5. Ç’est assez troublant de regarder la longue émission qu’a consacrée BFM.TV à cette affaire, avec en point d’orgue l’interview lunaire de Christine Dupont de Ligonnès, de son mari et de leur avocat. Même si l’on peut penser que le (présumé) coupable est tout désigné, il y a tout de même pas mal de points troublants et de ratés en début d’enquête. La vérité n’est peut être pas si évidente et la seule solution qu’il reste aux enquêteurs de la trouver serait que l’on trouve Xavier, mort ou vivant.

  6. Il y a deux types de témoins qu’il ne faut surtout pas écouter : 1 les familles des victimes ; 2 les familles des accusés.

  7. Trop difficile de se faire une opinion concernant cette épouvantable affaire. Attendre que la Justice fasse son travail. Pourquoi empêcher cette dame de croire que son frère soit en vie auprès de sa famille si cela lui permet de vivre plus serainement.

    • Ben l’opinion c’est que 5 innocents sont morts et vu notre époque quand la justice française me dit que ce sont sa femme et ses 4 enfants … n’étant ni complotiste ni mythomane… je la croit ….

  8. C’est faire trop d’honneur aux « fake news » – j’espère que BV va aussi répercuter la réponse du procureur de Nantes…

    • La réaction du procureur de Nantes apparaît pour tout ou partie dans l’article ci-dessus.

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