À l’issue des annonces effectuées en matière de sécurité par Emmanuel Macron, le 10 septembre dernier, à l’école de police de Roubaix, de nombreux élus s’étaient émus, à juste titre, du peu de place réservé à la « coproduction de sécurité » et à l’implication des collectivités territoriales dans les politiques de lutte contre la criminalité. Ce n’est donc pas un hasard si le Premier ministre, Jean Castex, a enfoncé le clou en défendant, à l’occasion du 3e comité de suivi de la mise en œuvre des 3,3 milliards d’euros promis aux banlieues en janvier et organisé à Rennes le 1er octobre, la politique de sécurité du gouvernement.

À l’occasion de ce Conseil interministériel des villes, qui a vu la signature du 6e contrat de sécurité intégrée avec la cité bretonne, le chef du gouvernement, accompagné de plusieurs de ses ministres, en a profité pour annoncer que son programme en la matière se développerait bien au-delà des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Là encore, de nombreux élus de terrain se sont étonnés de l’aspect autoritaire de la démarche et ont regretté le peu de cas fait de leurs avis.

Pour mémoire, il convient de rappeler que c’est dans une circulaire du 16 avril 2021 que le Premier ministre a détaillé les engagements réciproques pouvant être pris par l’État et les collectivités territoriales dans le cadre de ces nouveaux contrats de sécurité intégrée. Jugé trop directif, contraignant et inégalitaire par les membres du Forum français pour la sécurité urbaine, ce nouveau dispositif divise toujours profondément l’État et les acteurs locaux.

Il est pourtant évident qu’il faut rompre avec cette politique de sécurité, qui consiste à faire de l’État un distributeur automatique de subventions et des collectivités des assistés permanents. Force est, ainsi, de constater que les nouvelles orientations prises en la matière fixent clairement les objectifs à atteindre pour chacune des parties en présence, ainsi qu’un cahier des charges imposé par l’évolution de la délinquance dans notre pays.

Pour être parfaitement compris, il ne reste plus, au pouvoir central, qu’à affirmer haut et fort que si la politique de sécurité urbaine relève bien d’une « coproduction » indispensable, elle requiert que les rôles soient clairement répartis. Au niveau de l’État, la détermination d’une ligne politique nationale de sécurité urbaine ainsi que la mise à disposition des moyens humains, financiers et matériels dont il dispose en vertu de ses prérogatives régaliennes. Au niveau local, la mise en œuvre, dans le cadre exclusif de la prévention, de cette politique nationale par sa déclinaison au niveau territorial. C’est également au niveau local, en fonction des spécificités propres à chaque collectivité, que devront être adaptées les lignes et les actions décidées au niveau central.

En d’autres termes, il est grand temps de sortir de la confusion et du mélange des genres qui, souvent selon des sensibilités politiques des élus concernés, se traduisaient par un vrai manque de cohérence dans l’action publique en matière de sécurité et de prévention de la délinquance. Par ailleurs, cette confusion des rôles avait pour conséquence de coûter extrêmement cher à la collectivité nationale sans qu’aucun résultat concret ni durable ne soit véritablement au rendez-vous.

Cependant, pour redonner du sens et de l’efficacité au système de lutte contre la délinquance, il convient de réorganiser de fond en comble l’architecture sécuritaire du pays. Ainsi, régions, départements et collectivités communales doivent, d’un commun accord, se répartir les rôles. Organisée, structurée, articulée et cofinancée, une politique efficace en matière de sécurité et de prévention pourra alors voir le jour. À la cacophonie actuelle doit enfin succéder une stratégie globale impliquant à leur juste place et avec une contribution équitable tous les acteurs concernés.

3 octobre 2021

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