La basilique a, décidément, une histoire tourmentée. Convertie en mosquée suite à la prise de Constantinople, en 1453, par le colonisateur ottoman, elle fut reconvertie en musée par le révolutionnaire Atatürk, à l’orée du XXe siècle. Par un évident bégaiement de l’Histoire, le grand mamamouchi Erdoğan s’apprête à rendre à Allah ce qui ne lui appartenait pas ; les édifices religieux étant aussi des symboles politiques et surtout des marqueurs de civilisations. Cela nous ramène cinq années vers le passé, en pleine crise de terreur djihadiste, où un entretien très révélateur nous laissait augurer de la stratégie à long terme de l’entrisme islamiste déguisé en enfant de chœur.

16 juin de l’an de grâce 2015, selon le calendrier grégorien.
28 ch’ban 1436, selon le calendrier de l’Hégire.

Le recteur de la grande mosquée de Paris avait, quelques semaines auparavant, préparé le terrain : il faut construire deux mille mosquées en France ! Est-ce dû à un retour de la foi ou à une inflation de la population concernée ? Lors de cet entretien, il proposait benoîtement une solution autrement plus pragmatique : transformons les églises délaissées en mosquées. Dieu y trouvera toujours son compte.

Quoi de plus logique que les vases communicants ; le trop-plein s’épanchant vers le vide. Quoi de plus rationnel que le recyclage écologique : le papier en cartons, le verre en bouteilles, le plastique en polaires… tout peut et tout doit se recycler, aujourd’hui… comme les basiliques en verts croissants de lune, les casernes désaffectées en centres d’accueil pour migrants, les bâtiments industriels en espaces d’art contemporain, les granges abandonnées en lofts néo-ruraux.

Cependant, quelques menus travaux s’imposent. Toute la décoration est à revoir. C’est quand même un chantier ! Il sera nécessaire de quémander à l’Oumma, à toutes les petites mains de Fatima, à tout le peuple des croyants mahométans. Effacer les peintures, démonter les retables, déposer les vitraux, desceller les statues, exorciser les lieux… En revanche, rien de plus facile que de transformer un clocher en minaret. Il suffit juste d’abattre une croix ! Les cloches nous ayant assez cassé les pieds, le chant du muezzin sera plus doux à nos oreilles férues de world music. De plus, la plupart d’entre nous n’y verront que du feu. Vue de loin, la silhouette resterait la même… pas de quoi gâcher le paysage. Alors, fermez les yeux et imaginez : que de belles passations de pouvoir entre curé et imam s’échangeant les clefs du paradis comme les bourgeois de Calais. Que de beaux reportages télé-hygiéniques à venir sur Arte, merveilles d’œcuménisme. Que d’édiles en estrades louangeant le partage. Que de surenchères larmoyantes sur les radios publiques… Que de crétins syncrétismes.

Après cet édifiant Téléthon des religions, il conviendra aussi de fixer le prix de la transaction : un euro symbolique ? Plutôt trente deniers !

Bon, il n’est pas certain qu’après, elles restent ouvertes aux touristes en tongs, shorts et tee-shirts moulants, mais c’est un moindre mal. Le vivre ensemble pour pas cher ! Les refoulés en manque de clichés n’auront qu’à visiter Notre-Dame-du-Musée !

Préféreriez-vous les voir transformées en hôtels branchés, en night-clubs, en MacDo, en lounge-bars ou en sex-shops, rétorquent les belles âmes connectées au Divin ?

D’autres appartiennent à ceux qui, par élan de romantisme, préfèrent voir les civilisations s’effondrer debout plutôt que de se renier couchées. Ça a quand même plus de panache ! Les vestiges de temples écroulés sont de beaux terrains de jeux, sont de beaux lieux de spleen, de rendez-vous galants, d’inspirations d’artistes, de songes parnassiens. Il est des ruines hantées et encore habitées. N’entendez-vous pas gémir les gisants, les soirs de lune rousse ?

Non, nos églises ne sont pas vides car il peut être des vides qui restent toujours pleins… pleins du passé, de la foi et de la sueur de ceux qui les ont bâties… comme furent érigés, en leur temps, les piliers de la Terre et les racines du Ciel.

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