Editoriaux - Société - 5 octobre 2019

Responsable

Et finalement, si tout cela n’était qu’une simple histoire de responsabilité ? Un mot qui emporte son lot de désagréments, que l’on élude si volontiers. Un mot d’assureur qui cherche qui doit payer. Un mot de petit chef qui se défausse et veut identifier un fusible humain en cas d’échec. Un mot qui articule des causes et des effets, parfois avec raison, mais pas toujours. Un mot qui pulvérise l’insouciance de l’enfance. Mais le monde ne rêve que de « droits ». Dans un de ses dessins, le génial Jacques Faizant faisait dire à l’un de ses arrogants bobocrates que l’individu a des droit et la société a des devoirs. Quelle anticipation de ce que nous vivons et voyons aujourd’hui !

Et pourtant, c’est beau, d’être responsable. Se sentir responsable de l’autre est le commencement de la société. D’abord, être responsable de la personne avec qui l’on choisit de se marier, « pour le meilleurs, quelquefois, et pour le pire, qui ne rate jamais » [1]. Ce n’est pas parce que les mariages arrangés ou forcés sont devenus heureusement très rares qu’il faut voir, dans ce choix délibéré et réciproque des époux de se donner l’un à l’autre, un simple contrat qui emporterait implicitement des clauses de rupture, même si le divorce existe. Le mariage rend responsable du conjoint, et le divorce est une calamité, même s’il faut bien admettre que, parfois, au sein d’un couple, d’une famille, une personne peut être toxique.

Et puis il y a la venue du premier enfant. La charge émotionnelle qui submerge, en ces moments, est un cocktail compliqué, et je ne peux parler que de mon expérience d’homme et de père. Lorsque vous sentez votre enfant gigoter en posant votre main sur le ventre maternel, lorsque que la sage-femme le pose dans vos bras, quand vous lui donnez son premier bain, son premier biberon, la responsabilité qui restait jusque-là théorique devient factuelle, palpable, charnelle. Et vous comprenez qu’elle va durer longtemps, cette responsabilité : premiers pas, premiers mots, premiers rires et pleurs, premiers bobos, premières transgressions et punitions, premiers apprentissages… Brisons là, mais comme parent, il n’y a pas de sursis.

Sommes-nous à la hauteur de ces responsabilités d’époux et de parents ? Si nous prêtons l’oreille aux intéressés, ils diront « pas assez de ci, trop de ça », bien sûr. Il n’existe pas d’époux et de parents parfaits.

J’ai eu la chance immense d’avoir un père qui m’a transmis, entre autres choses, le sens des responsabilités, le sentiment que déroger à ce qui nous oblige est vraiment mal. J’espère avoir réussi à repasser à la génération suivante cet encombrant paquet-cadeau aussi intact que possible. Mais je suis conscient d’être un privilégié, et mes enfants aussi. Il y a trop d’enfants qui sont privés de ce père (orphelins, fuyard qui n’assume pas), coup d’un soir : les situations sont multiples. Mais parce que ce n’est pas à la loi de faciliter ces situations anormales d’enfant à deux mères ou une seule, le plus bel hommage que je puisse rendre à mon père est de me joindre à Marchons enfants, pour défendre la paternité qui deviendrait superflue par le diktat d’un État soumis à certains lobbies. Parce que chacun, dans le monde, devient de plus en plus irresponsable et esclave de ses désirs, notre société explosera.

[1]René de Obaldia, Du vent dans les branches de sassafras

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