[Reportage] « C’est le tiers-monde ». Incendie de Cotignac : la colère contre l’État

« Livrés à nous-mêmes », « une vaste fumisterie »... La détresse de ceux qui luttent, seuls, contre les flammes.
@Yves-Marie Sévillia
@Yves-Marie Sévillia

De la cendre et de la colère. Dans le feu du gros Bessillon, au cœur de la forêt varoise, entre les villages de Pontevès, Cotignac et Châteauvert, 4.500 hectares sont partis en fumée, laissant un goût d’abattement à ceux qui ont lutté pour sauver le bien de toute une vie de labeur. Face au géant de feu, qui a tout dévoré sur son passage, la population s’est organisée et dénonce désormais l'incurie des autorités. Car malgré la valeur des pompiers sur le terrain, unanimement reconnue et saluée, beaucoup constatent un État aux abonnés absents, dans ce drame. Au cœur des collines de Barjols, dans le quartier des Piouroux, en ce 29 juillet, la résistance s'est organisée. Voilà sept jours que les habitants se battent sans relâche contre un incendie qui menace à tout moment de reprendre de plus belle. « On est à bout, on n’a pas dormi depuis une semaine », témoigne Anne, qui ne décolère pas. Tous dénonce une administration à la dérive. « C’est la débâcle la plus totale. » Cyril, forestier, évoque « un sentiment de colère contre les autorités ». Pas un pompier, depuis que le feu ravage la région, n’est venu défendre sa maison et celle de ses voisins, « on a été complètement abandonnés, livrés à nous-mêmes, constate-t-il avec amertume, les pompiers n’avaient pas la consigne de défendre nos maisons des collines ». Par chance, le feu les a, pour l’heure, épargnés.

Photo YM Sévillia - BV

A la guerre comme à la guerre

Dans le paysage calciné que nous traversons avec sa camionnette se déroule, sous nos yeux, la mobilisation d’un pays tout entier. Dans ce petit champ s’est constitué un PC où convergent toutes les informations et les bonnes volontés. C’est un ballet de bénévoles qui viennent apporter sueur et camaraderie dans une lutte engagée contre l'ogre de flammes : qui une cuve d’eau, qui une pompe, qui un tuyau. « Les chasseurs font un boulot fantastique », souligne Cyril. Plus loin, un relais ombragé, tenu par Myriam et deux enfants de la garrigue, permet de trouver ravitaillement et boisson, alors que des patrouilles de civils arpentent toutes les lisières susceptibles de s’enflammer à nouveau et éteignent fumerolles et braises menaçantes. « On s’est organisé notre propre petite milice, dans les moments difficiles, le peuple arrive à se souder », raconte Cyril. Les agriculteurs ravitaillent certaines piscines qui servent de point d’eau, les groupes s’organisent, communiquent entre eux. Comme dans les tranchées de la Meuse et les chemins creux de Vendée. À la guerre comme à la guerre. « Le dimanche, on a lutté de 14h à 19h30, seuls contre les flammes, avant d’enfin apercevoir un camion de pompier », souligne cet habitant, au bord de l’épuisement. À leur arrivée, leur radio de communication est HS. Les habitants leur confient leurs talkies- walkies. « C’est totalement le tiers-monde », s’alarme Cyril, révolté que la sous-préfète ait pu donner des consignes à la population locale de « cesser la solidarité ».

« Ça, le préfet ne le dit pas trop à la télé »

À nos côtés, une femme des collines, dont le mari vient d’éteindre un feu recommençant cinq minutes auparavant, arrive enfin à joindre le maire : « Pourquoi les pompiers ne sont pas là, pour noyer les départs de feu ? L’évacuation du quartier a été levée alors qu’il y a encore du danger. » L’édile semble impuissant : « Les pompiers font par ordre de priorité et les évacuations sont décidées au-dessus de moi. »

Beaucoup de questions auxquelles chacun aimerait avoir une réponse. Pourquoi les pompiers ne sont arrivés que 45 minutes après le départ du feu dans un champ de chaume, alors que le département était classé en vigilance rouge incendie ? Le camion des pompiers était bloqué à la caserne de Barjols, faute d’effectifs suffisants. « En risque très sévère, nous n’avions pas un camion prêt à partir, s’indigne Cyril, ça, le préfet ne le dit pas trop à la télé. » D’après certains témoignages, les pompiers qui arrivent d’autres régions ou de l’étranger ne sont pas mêlés aux effectifs du Var. « Ils ne connaissent rien au terrain, ils sont livrés à eux-mêmes. » Quand les habitants apprennent, par l’auteur de ces lignes, que la préfecture a mis en place une cellule médico-psychologique et propose à Cotignac, ce 29 juillet, un temps d’écoute et de soutien, ils s’esclaffent en chœur : « C’est nos élus qui en ont besoin. »

« Ils font briller l’invisible »

Le samedi, alors que la colline était en feu, pas un Canadair ne volait. Quand un restaurateur du village apporte des repas dans des glacières aux pompiers sur les zones de lutte, la mairie lui demande de cesser sa « collecte sauvage ». « Ils reprochaient une rupture de la chaîne du froid, un problème de traçabilité des produits », commente Anne, qui lève les yeux au ciel, désabusée.

Photo YM Sévillia - BV

Malgré le courage des pompiers, le manque de moyens, la désorganisation et l’incohérence des ordres sont pointés du doigt. Un sentiment partagé par certains soldats du feu eux-mêmes, qui ont confié aux habitants leur « honte d’être pompier » face à cette situation d’abandon. Les soldats du feu travaillent encore avec des cartes en papier, dont les chemins forestiers ne sont pas mis à jour. Certains camions ne peuvent, au mépris du bons sens, communiquer depuis l'extérieur de l'habitacle entre eux. « Ils n’arrivent pas à aller sur le site qu’on leur indique, ils tournent en rond », s’émeut un villageois. Tous dénoncent la différence entre les annonces des autorités et la réalité du terrain. « Le préfet nous explique qu’il y a plus de 1.000 pompiers sur le site, mais en fait, ils ne sont que la moitié à lutter contre le feu à cause des rotations, commente Cyril, pour les autorités, tout est sous-contrôle, Je trouve cela scandaleux, c’est une vaste fumisterie. » Avant de rapporter la parole prophétique d’un de ses voisins : « Ils font briller l’invisible. »

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

123 commentaires

  1. Petit rappel :
    Jacques Chirac, alors premier ministre de Giscard d’Estaing, avait survolé en hélicoptère un incendie de forêt. A sa descente de l’appareil, devant les journalistes, il fit : « Pour lutter contre les incendies de forêt, il nous faut plus de moyens et je propose donc d’instaurer une taxe sur les boites d’allumettes… mais pas les grosses boites, pour ne pas pénaliser les ménages.» (sic)

  2. La Russie avait propose gratuitement des helicoptères spécialisés pour ce type d’intervention, Macron a refuse sous le prétexte que la Russie est sous sanctions et qu’aucun échanges ne peut intervenir….Pour moi c’est criminel, c’est non assistance a personnes en danger…..

    • Macron est enfermé dans son idéologie woke-otano-européiste. Il est incapable de se remettre en cause et de s’adapter au réel et d’avoir une quelconque empathie avec les gens qui souffrent.

  3. L’anecdote du restaurateur morigéné par la mairie locale parce qu’il ravitaille des pompiers en utilisant des glacières pour le transport de ses victuailles montre les sommets de crétinisme que l’on atteint dans l’administration française, même au plus bas niveau hiérarchique.
    Qu’est ce que le maire du lieu imagine? Que le restaurateur se débarrasse ainsi de sa nourriture avariée ? Ce même édile, s’il va manger chez ce restaurateur, vérifie-t-il la traçabilité de tous les ingrédients composant son menu?
    Accessoirement, parler de « collecte sauvage », alors qu’il s’agit non pas de collecter (le restaurateur n’est pas un agent du fisc!) mais de DISTRIBUER de la nourriture, montre une fois de plus que la maîtrise du français recule à tous les niveaux. Quand on est même pas capable d’utiliser le vocabulaire de base, on devrait s’abstenir de parler de traçabilité et de rupture de la chaîne du froid!

    • Il est important de veiller à nourrir et hydrater nos pompiers. S’inquiéter de la rupture de la chaine du froid alors que les pompiers travaillent 24hsur 24 (ou 18h sur 24) dans la fournaise des forêts embrasées prêt en effet à sourire.

  4. Je m’étonne qu’aucun membre du clergé (toutes tendances confondues), face à ces conditions météorologiques dangereuses et inquiétantes, sans que l’on se croit obligé de parler d’un changement climatique, n’ait pas proposé de faire une procession en ce lieu célèbre pour demander à Dieu la clémence des cieux aidant les agriculteurs souffrant de la sécheresse persistante, pour permettre aux populations de ne pas être menacées en permanence par les incendies et implorer le pardon de nos péchés.
    Ce type de démarche, qui aurait pu avoir eu lieu à Cotignac, lieu de pèlerinage, a été souvent pratiquée dans le passé. Je pense en particulier aux processions mariales qui eurent lieu au Xème siècle à la basilique Notre-Dame du Port à Clermont-Ferrand où l’on honore une Vierge noire, où l’on trouve des exvotos en remerciement à la Vierge invoquée au cours d’une grave sécheresse et dont on dit que les prières qui lui furent adressées furent exaucées ; cette sécheresse prit fin, une fois les processions terminées.
    Je me souviens qu’en 1976, en Bretagne, beaucoup de recteurs avaient entrepris une démarche de même nature lors de la sécheresse qui avait suivi. Les chrétiens « adultes » et sûrement des non chrétiens avaient méprisé l’initiative. Je crois qu’ils ont eu tort.
    Tout ne vient pas des pompiers ou du gouvernement pour nous sauver. Qu’on y songe. Encore faut-il avoir la foi.

    • Oui, encore faut-il avoir la foi ! Que ceux qui croient prient sans bruit en se reliant entre eux en esprit et cela sera suffisant.

      • On sent une pointe d’hostilité dans cette réponse, aggravée par le fait que vous ne connaissez manifestement pas le sens d’une telle démarche.
        Informez-vous d’abord avant de répondre : lisez par exemple ce que l’on écrit sur les rogations.

  5. Le paradoxe français dans toute son absurdité. La France a le record de prélèvements sociaux, taxes et impôts. Une fiscalité hors norme, un état sur administré mais un pays qui se tier mondialise, et ne peut subvenir à ses besoins élémentaires. Bienvenue en Absurdistan !

  6. Je dois faire une « fixette »….mais au milieu de tous ces drames je revois le jeune Monsieur Attal se révolter contre les « méchants » qui ont osé l’accuser d’avoir annulé une commande de 2 « vecteurs » (vocabulaire Nuñez), pardon de 2 Canadairs. Il s’agissait pour lui de protéger ses arrières…. électoraux..Si seulement il se rendait compte de son ridicule totalement mal venu. Ceux qui souffrent au milieu de l’enfer n’ont vraiment rien à faire des jérémiades de son ego.

    • J’étais a lège cap ferret chez des amis au départ de cette incendie monstrueux nous avons était évacué jeudi 23 aux environ de 18h les Canadairs sont apparus vendredi semblait ils quand la presqu’île du cap ferret fut menacée. Faut-il en déduire que des villas déjà fort chère dans la region vallent d’avantage que d’autres et que des hommes et femmes d’influence les habitent. Je vous en laisserai seul juge.

      • Vous avez tout compris. Certes, il y avait plus de monde à sauver au Cap Ferret mais c’est un comble qu’un pays comme la France n’ait pas la capacité de déployer ses pompiers sur deux secteurs de feux différents et que l’on décide en haut-lieu d’abandonner une petite commune à son sort malheureux pour aller sauver une commune plus prestigieuse.

  7. Les méga feux sont de véritables catastrophes l’absence affligeante de l’état fera, espérons le, la différence dans les urnes.

  8. Révoltant ; c ‘est dans une telle situation dramatique qu ‘ il faudrait faire bloc pour virer ce gouvernement complètement déconnecté , incapable de maîtriser quoique ce soit et qui met le pays dans le plus grand danger

  9. Face à cet incendie , on constate que la préfète , fait de la communication , et uniquement cela en minimisant les problèmes logistiques qui sont dus en grand partie à des restrictions de budget sur tout ce qui touche à nos services publics. Elle cherche surtout à dédouaner macron , son patron , des carences qui sont directement dues à sa politique et celle de son prédécesseur et bienfaiteur .
    Et cette représentante d’une institution primordiale en ligne directe avec l’état semble totalement déconnectée de la réalité du terrain , alors qu’elle est censée la maitriser pour que la coordination entre les différents intervenants se fasse au mieux pour garantir l’efficacité des actions .
    Nous avons là l’exemple même d’une dérive tiersmondiste y compris de l’état qui en fait beaucoup trop autour du clinquant et du paraitre comme le font certains dirigeants de pays qui compensent les manques envers leur peuple, par un surplus de déclaration plus farfelues et ridicules les unes que les autres , dignes du crapaud qui veut se croire plus gros que le boeuf ,y compris de vouloir s’attaquer à la plus grande puissance nucléaire du monde alors qu’il est dans l’incapacité de s’organiser pour circonscrire un feu de chaume, si bien que c’est le petit peuple qui est obligé de faire avec les carences de ce personnage ; j’espère qu’il ne va pas nous en faire encore quelques unes comme cela avant la fin de sont règne parce que se qui se passe est symbolique de la politique incendiaire appliquée à la France .

  10. Encore une chance qu’ils ont les écolos pour les soutenir moralement et physiquement. Ca leur fait du bien!

  11. Tout en touchant des records en prélèvements directs et indirects sur le peuple, c’est le contraste entre le prélèvement et la distribution qui est aussi choquant. Les doutes persistent sur ce qui se passent une fois que l’argent est prélevé, où part-il ?
    Nous avons des réponses partielles tous les jours, prévarications, incompétences, corruption morale au minimum, salaires et compensations anormales chez les hauts fonctionnaires et membres des corps d’Etat qui organisent leurs sinécures au dépens de la population, immigration pauvre ne pouvant pas contribuer à l’apport et la création de richesses, dépenses non prioritaires alors que la France est déjà sous respiration artificielle et noyée sous l’endettement (service public audiovisuel trop généreux, AFD, guerre en Ukraine…).

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