Règlement « retour » : pour Macron, « ce n’est pas notre Europe ». C’est quoi, son Europe ?

Sans doute, pas la nôtre... Emmanuel Macron n’a jamais cessé d’être un immigrationniste.
Capture d'écran Présidence de la République
Capture d'écran Présidence de la République

Emmanuel Macron n’a pas spécialement apprécié le vote du Parlement européen de la semaine dernière validant à une large majorité le « règlement retour » avec, notamment, la mesure particulièrement irritante pour la gauche et l’extrême gauche (mais pas que…), celle qui ouvre la voie à la création de centres de rétention pour les migrants hors des frontières de l’Union. « Ce n’est pas notre Europe », a-t-il déclaré, vendredi 19 juin, à l'issue du Conseil européen, sur le ton définitif qu'on lui connaît.

« Notre Europe » !

Une expression qui revient souvent dans la bouche d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, vous remarquerez qu’il dit plus facilement « notre Europe » que « notre France ». De même qu’il accole plus facilement le mot « souveraineté » à l’Europe (pardon : à l’Union européenne) qu’à la France. Être souverain, c’est n’avoir pas de maître au-dessus de soi. Or, dans l’esprit de Macron, la France a un maître au-dessus d’elle : l’UE. De temps en temps, il se cabre bien un petit peu, mais pas trop, plus sans doute par orgueil personnel que national : on se souvient encore du triste feuilleton du traité avec les pays du Mercosur. Bref, Macron n’est pas content de ce vote du Parlement européen. 418 députés européens l’ont voté, 218 ont voté contre, 30 se sont abstenus. C’est net et sans bavure. Plus de 65 % (on ne compte pas les abstentions) des parlementaires des vingt-sept pays de l’Union s’accordent sur un texte et Emmanuel Macron, grand démocrate devant l’Éternel comme chacun sait, monte sur ses grands chevaux et s’oppose à cette mesure pour des « raisons pratiques et principielles ». Comme ces choses sont bien dites !

Macron, l'immigrationniste

Pour des raisons pratiques, ça se discute, comme tout. Il est vrai que ce qu’a tenté, en 2023, l’Italie avec l’Albanie n’a pas été une grande réussite. Mais l’on sait que les juridictions tant italiennes qu’européennes (Cour de justice de l’Union européenne) n’y sont pas pour rien. Pour des « raisons principielles ». Sur cet aspect, Emmanuel Macron est donc complètement raccord avec la gauche et l’extrême gauche qui hurlent au nazisme et tout ce que cela charrie. Cela révèle une chose : Emmanuel Macron n’a jamais cessé d’être un immigrationniste. Son « combat » (avec des doubles guillemets !) contre l’immigration de masse dans notre pays s’est toujours cantonné à l’immigration illégale. Avec le succès que l’on sait. Jamais, nous semble-t-il, il n’a prononcé un mot sur les conséquences irréversibles qu’une immigration de masse peut avoir - a déjà -, sur une longue période, sur l’identité de la France. Du reste, ses héritiers putatifs (Philippe et Attal) ne jurent que par les mots « immigration choisie », « immigration de travail ». Du même moule idéologique ne peuvent sortir que les mêmes propositions programmatiques, à quelques nuances près, histoire d’animer le paysage et de marquer sa différence… de façade.

Échec total de la politique du « en même temps »

Emmanuel Macron n’est donc pas content pour des questions idéologiques mais aussi, selon nous, pour des raisons politiques. En effet, ce vote à Strasbourg est un marqueur de plus de l’échec total de sa politique du « en même temps » (« souple et ferme à la fois », pour paraphraser un sketch des Inconnus, qu’il veut nous faire croire sur la question migratoire), et ce, sur une longue, très longue, trop longue durée (presque dix ans, p…, dix ans, c’est long !). On a retenu la gauche et l’extrême gauche qui se sont roulées par terre. Très bien. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. La forêt ? C’est les droites et « extrêmes droites » (et même au-delà, parfois le centre) qui ont réussi à s’entendre. Un cauchemar pour Macron qui rêvait, en 2017, de faire disparaître en France le Front devenu Rassemblement national : il est, aujourd’hui, aux portes du pouvoir.

Le cauchemar !

Imaginons que ces droites, qui ont pu s’entendre à Strasbourg un court moment sur une mesure qui n’est tout de même pas la révolution, imaginons donc que le phénomène se reproduise ici en France.... Le cauchemar ! Ce dimanche 21 juin, au lendemain du discours de Bruno Retailleau qui lançait sa campagne, Marion Maréchal soulignait, sur BFM TV, sa proximité idéologique avec le candidat des LR et lui tendait la main : « Si j’écoute Bruno Retailleau et qu’il est sincère dans ce qu’il dit – ce que je crois –, qu’est-ce qui, aujourd’hui, est irréconciliable entre lui et moi et le camp national au sens large ? » Qu'est-ce qui ? Réponse : sans doute les Larcher, Pécresse et Barnier qui étaient au premier rang du meeting de Retailleau. Mais ces personnages sont en fin de cycle politique. Les Bellamy et Gomart, à Strasbourg et Bruxelles, parlent, travaillent avec « l’extrême droite ». La preuve avec ce « règlement retour »...

Macronie façon puzzle

Pire, l’échec de Macron se lit dans son propre camp, notamment au Parlement européen, au sein même du groupe Renew présidé par la très charismatique Valérie Hayer. Un camp Renew, y compris chez les députés français, divisé façon puzzle sur cette question du « règlement retour ». Trente-sept députés Renew, dont quatre des treize députés français et, parmi eux - pas des moindres -, la tout aussi charismatique Nathalie Loiseau, ont voté pour ce règlement. Vingt ont voté contre, dont cinq Français. Douze, dont cinq Français, se sont courageusement abstenus. Parmi les abstentionnistes, Valérie Hayer, présidente du groupe et tête de liste de la Macronie aux élections européennes de 2024. Tout un symbole. Du reste, elle, si souvent bavarde pour un rien sur X, est restée silencieuse sur ce sujet... Tout un symbole, on vous disait. Au fait, c'est quoi, « notre Europe », pour Emmanuel Macron ? Sans doute pas la nôtre.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

92 commentaires

  1. On parle tout le temps de macronisme
    Quelqu’un aurait-il la bonté de me définir ce que revêt cette expression qui me paraît dépeindre un vide abyssal de la pensée. Merci d’avance.

    • Comme aurait pu dire Raymond Devos : « s’il y a du vide : c’est pas rien ! et trois fois rien ,c’est déjà quelque chose « 

    • Nj
      Nous connaissons tous cette célèbre réplique des comédies légères bien françaises :
      « – Vous trompez votre femme ?
      – Je ne la trompe pas puisqu’elle le sait ! »
      Et bien c’est un peu ça…
      – Vous trompez les Français ?
      – Je ne les trompe pas puisqu’ils le savent !

  2. Vous avez bien raison Monsieur le Président d’accueillir tout ce bon monde dans vos camping installés le long de nos rocades et autres bretelles d’autoroute, sans hygiène et dans la pollution : honte à vous.
    Ne seraient-ils pas mieux chez eux ? Cet humanisme de pacotille ne fait pas honneur à la France !

  3. Concernant Macron, rien de nouveau à l’ouest, il a toujours été à gauche et allié de l’extrême gauche, pour ceux qui se disaient qu’il était au centre…… et bien pas du tout, il avait simplement besoin des voix des centristes et des LR de gauche ( Larcher, Pécresse, Bertrand, Coppé, Wauquiez …..qui n’ont cessés de trahir leurs électeurs ). Donc sa position est bien la sienne, la France il n’en veut plus, d’ailleurs il ne prononce que rarement le mot FRANCE, car ça le dérange vraiment. Nous avons un « président » usé, en fin de pouvoir, qui ne sert plus à rien, dont une grande majorité de Français attendent son départ le plus vite possible.

  4. La sienne, je ne sais pas, mais ce n’est déjà plus la nôtre ! Il suffit d’aller dans certaines villes pour s’en persuader!

  5. Tout cela est vrai. Et depuis longtemps. Ce « petit nom » de « notre Europe » est de l’influence, c’est tout. Il faudrait établir sérieusement le pour et le contre de l’UE pour la France. Dans toutes leurs complexités…

  6. Pour macron La France c’est un machin,un truck,l’europe c’est bien mais le mondialiste c’est génial avec la palestine,l’iran,l’afrique que du bonheur pour lui.

  7. Entendu les réflexions d’ Emmanuel Macron sur cette « directive retour » disant à quelque chose près que ces personnes qui seraient déplacées dans un pays tiers se verraient totalement égarées , mais ces mêmes individus lorsqu’ils arrivent sur le sol européen ne le sont-ils pas également ? je vous pose la question M. Le Président . Alors toujours ces mêmes discours creux sans réflexion, des paroles primesautières.

  8. Pas de réjouissances prématurée, « nôtre » conseil constitutionnel trouvera bien un côté inaplicable à ce vote européen. Quant à macron, je trouve vraiment curieux qu’un type aussi intelligent, du moins décrit comme tel, ne comprennent pas que la partie à venir se jouera sans lui. Regrettable pour la France c’est encore du temps de perdu.

  9. Comment peut accorder, le moindre interêt à cet homme qui tout et son contraire, pas dans les minutes qui suivent….. Il dit n’importe quoi, tous les jours il en sort une qui met à mal notre pays (pas le sien) quelle imagination…Français l’heure est cruciale, les élèctions approchent à grands pas. Réfléchissez bien avant de voter, il en va de notre survie…..

    • Oui, ça sera maintenant ou jamais. Encore un mandat pour les mous du manche et la France est perdue.

  10. Qui a pu croire un instant que Macron n’était pas de gauche, exclusivement et foncièrement de gauche ? Son baratin « ni de gauche ni de droite » c’était pour ratisser large, et convaincre les faux politiciens de droite d’adhérer à son parcours, tels Philippe pour ne citer qu’un faux-cul…

  11. Le système politique permet de mettre en scène des personnages très divers aux accents très versatiles. Emmanuel Macron, élu Elysen, est un personnage de théâtre, se complaisant dans des phrasés donnant, au matin, le contraire des certitudes de la veille. Comment vouloir paraître crédible au bout de 9 années de cet exercice…?

  12. Que ça m’agace quand on dit « l’Europe » pour désigner l’union européenne impérialiste. C’est un piège sémantique pour légitimer une machine à exploiter les peuples – l’Europe est un continent, rien de plus, et personne n’est « contre » un continent..

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