Nicolas Sarkozy a perdu une belle occasion de se taire en soutenant, dans Nice-Matin, Renaud Muselier. Certes, il a le droit, comme tout Français, de donner son avis. Il est, du reste, probable qu’il a été fortement sollicité pour venir sauver le soldat Muselier, qui s’est mis dans une mauvaise posture. Mais les arguments éculés qu’il emploie ne sont pas à la hauteur du crédit qu’il conserve dans l’opinion de droite.

Tout en se défendant de délivrer des consignes de vote, il se dit « inquiet de la situation » en PACA et apporte clairement son soutien au président de région sortant. S’il en était resté là, on aurait pu comprendre qu’il exprimât son opinion personnelle, en vertu des « liens d’amitié » qui le lient à Renaud Muselier. Il le traite avec une grande indulgence, quand il se contente de lui reprocher quelques « maladresses » et d’assurer que « si cela avait dépendu de [lui], cela ne se serait certainement pas passé comme ça ».

En revanche, quand il appelle à ne pas faire « confiance à ceux qui conduiraient le régime des retraites vers la faillite », il ne vole pas haut. D’une part, parce que la région n’a aucune compétence en la matière ; ensuite, parce que la réforme des retraites est loin d’être la mesure phare du Rassemblement national. Sans doute essaie-t-il d’inquiéter les électeurs d’un certain âge, nombreux dans la région de Nice, et de les détourner d’un vote en faveur de Thierry Mariani.

On pourrait encore le lui pardonner s’il ne mettait en garde contre le candidat du Rassemblement national, en l’occurrence un de ses anciens ministres, en visant au-dessous de la ceinture : il estime que « la trahison des engagements, c’est lui ». Il semble bien, pourtant, que le parti LR qu’il a fondé est le premier à avoir trahi la droite. Il a soutenu Macron sans une seconde d’hésitation, au second tour des présidentielles, et plusieurs de ses membres l’ont rallié sans vergogne et le soutiennent ou participent à son gouvernement. Si Nicolas Sarkozy veut parler de trahison, qu’il commence par regarder dans son propre camp.

On ne peut contester à sa fidélité à ses idées, qui n’étaient plus défendues à l’intérieur de son ancien parti. À part quelques élus, restés fidèles aux valeurs d’autorité et de souveraineté, par conviction et non par opportunisme, d’autres ont dérivé, au point qu’on les distingue mal des macroniens. Ce n’est pas un hasard si beaucoup d’entre eux ont sauté le pas et ont fait acte de ce qu’il faut bien appeler, dans ce cas, trahison.

Quand il appelle à ne pas « mettre à la tête de la région le symbole d’une forme de sectarisme qui nuira considérablement à l’attractivité de Provence-Alpes-Côte d’Azur dans entier », non seulement il offense tous les électeurs qui s’apprêtent à voter pour la liste RN, mais il énonce une contre-vérité. Faire passer pour un diable répulsif ne tient pas la route. En reprenant la tactique de la diabolisation, Nicolas Sarkozy se met au niveau des politiciens les plus méprisables, qui remplacent les arguments par des invectives.

On n’aura pas la cruauté de rappeler qu’il n’est pas pour rien dans le déclin du parti qui l’a porté au pouvoir, que son mandat a été suffisamment médiocre pour favoriser l’élection de François Hollande, lui-même trahi par son ministre de l’Economie. Finalement, cette intervention de Sarkozy dans la campagne des régionales montre surtout quelle sera sa position lors de la présidentielle. Si un candidat LR n’est pas qualifié pour le second tour, il soutiendra sans hésitation Emmanuel Macron. Il vaut la peine d’y réfléchir.

25 juin 2021

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