Editoriaux - Education - 21 octobre 2017

Réformer et revaloriser en même temps le bac : mission impossible ?

Jean-Michel Blanquer va organiser une concertation pour définir un nouveau bac, applicable en 2021. L’idée serait de réduire l’examen à quatre épreuves terminales, comme l’avait souhaité Emmanuel Macron dans sa campagne présidentielle, le reste relevant du contrôle continu. Mais la question est beaucoup plus complexe.

Il faut d’abord s’interroger sur ce que représente, aujourd’hui, le baccalauréat. C’est à la fois un certificat de fin d’études et le premier diplôme d’accès à l’université. On entend souvent dire – non sans raison, même s’il convient de nuancer en fonction des situations – que le premier ne vaut plus rien et que le second ne garantit pas suffisamment une perspective raisonnable de réussite dans l’enseignement supérieur.

Mais au-delà de cette double fonction, le baccalauréat a des vertus essentielles. Par son caractère national, il assure l’existence de programmes identiques sur tout le territoire. Par la notation de copies anonymisées à l’écrit et l’évaluation d’épreuves orales par d’autres professeurs que ceux des élèves, il constitue un rempart contre l’arbitraire. Enfin, il joue le rôle d’un rite initiatique, qui ouvre les portes d’un autre monde.

La volonté du ministre de réformer le bac n’est pas sans légitimité ; encore faut-il en trouver des modalités qui ne le dévalorisent pas davantage, mais en fassent un sésame solide pour commencer des études supérieures. Il faut, aussi, qu’il conserve les vertus que nous venons de citer. Est-ce possible en réduisant le nombre d’épreuves et en introduisant plus de contrôle continu ?

La réduction du nombre d’épreuves terminales, qui devraient être plus en conformité avec l’orientation future de l’élève, aurait un inconvénient majeur : les élèves seraient tentés de délaisser les matières qui ne figureraient pas à l’examen. Pour pallier ce défaut, on pourrait imaginer qu’une partie des épreuves soient tirées au sort, à une date assez reculée.

Quant au contrôle continu, il est, par nature, inégalitaire. Le rendre plus objectif supposerait que les productions des élèves soient corrigées par des professeurs d’autres établissements, ce qui reviendrait à organiser périodiquement de petits bacs : ce serait le contraire d’une simplification et beaucoup de temps perdu pour l’acquisition des connaissances. Sans compter qu’il risque d’entraîner plus de contentieux que la correction de copies anonymes.

Sans doute le ministre y voit-il des avantages : simplification, moindre coût, meilleure adéquation avec les exigences des filières universitaires. Pour une section scientifique, il faudrait un certain nombre de prérequis. Pour une section littéraire, juridique ou professionnelle, il en faudrait d’autres. On peut penser que les adeptes de la liberté absolue de choix y trouveraient à redire. Ou ceux qui souhaitent ne pas faire de choix trop précoces.

Mais il faut savoir que, à moins de situer l’examen au mois de mai, les établissements d’enseignement supérieur – plateforme APB ou son avatar – donnent leur accord pour une affectation avant les résultats du baccalauréat. C’est le cas, depuis longtemps, dans les filières sélectives ; c’est aussi le cas, aujourd’hui, avec les autres filières. C’est-à-dire qu’une grande partie des élèves sont aujourd’hui orientés dans le supérieur d’après leur travail en première et en terminale, c’est-à-dire par une sorte de contrôle continu.

Serait-il impossible de mettre en place un système en deux temps : affectation en fonction de dossiers, réellement étudiés, le baccalauréat servant de confirmation ou de seconde chance ? À l’heure du numérique, cela ne devrait pas être si compliqué à organiser. Mais on crierait alors à la discrimination et à la sélection ! Et pourtant…

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