En France, on traîne de la seringue comme on traîne des pieds. Il y a un siècle, « on » avait déjà raté les et « on » nous expliquait que ce n’était pas utile, et même dangereux, n’est-ce pas, M. Salomon ? Puis « on » s’est trouvé à court de blouses et de charlottes pour les soignants. Puis « on » a découvert qu’on n’avait pas assez de respirateurs, qu’on n’avait pas assez de lits, qu’on n’avait pas assez de monde pour s’occuper des malades. Puis, « on » nous a refait le coup de la pénurie, mais avec les tests, cette fois. Puis le calme est revenu tandis qu’« on » nous annonçait l’arrivée prochaine de la deuxième vague. A-t-« on » mis cette embellie à profit pour créer des places à l’hôpital ? Il ne semble pas. C’est à l’envers : on esquinte la vie des Français pour sauver l’hôpital ! C’est l’hôpital qui doit sauver les gens, pas l’inverse !

Aujourd’hui, rebelote avec le vaccin. « On » se hâte avec lenteur, avec une extrême lenteur qui fait rigoler le monde entier. Les gazettes sont pleines d’explications, vraies ou non, qui mettent en avant la nécessaire prudence voulue, le chi va piano va sano, nouvelle devise de nos gouvernants, les difficultés logistiques forcément plus intenses chez nous que chez nos voisins, l’étendue du territoire à atteindre, la bureaucratie boulimique, l’obésité de l’État, l’âge du capitaine, etc. Et le ministre Véran, le sourcil froncé, nous dit : « J’assume cet écart avec d’autres pays. » Belle idiotie narcissique. En effet, il suffit d’un coup de gueule du Président – pourtant d’accord sans ambages avec la suivie, puisque c’est lui qui la décide en « Conseil de défense » – pour que Véran change de cap : « Vous allez voir ce que vous allez voir : à partir de demain… d’après-demain, on va foncer », et patati et patata.

La fine équipe qui gouverne cette crise n’est plus crédible, quelles que soient les raisons qui la font agir : on parle, ici ou là, que l’on traîne pour attendre le français. Si l’on comprend bien cette raison, on met les gens en danger pour pouvoir crier « Cocorico » ! La perte de confiance des gens est abyssale, au point que près de deux Français sur trois sont réticents à se faire vacciner. D’accord, le vaccin Pfizer n’est pas un « vrai » vaccin, mais s’il immunise, c’est l’essentiel, non ?

Redonner confiance. Tel devrait être l’objectif absolu du prince qui nous gouverne. Et s’il croit que c’est en créant un truc imbécile en forme de canot de sauvetage pour 35 passagers qu’il va y arriver, il se met le doigt dans l’œil et, « en même temps », se met à dos tout ce que la France compte d’élus, de représentants, de comités réflexifs machin ou chose, bref, de tout ce qui est fait pour remplir l’objectif et la mission de cette stupide « Convention citoyenne vaccin ».

Je le crois absolument : le retour de la confiance passe nécessairement par le limogeage de ceux qui se sont révélés incompétents, inaptes jusqu’à la caricature, ministres et hauts fonctionnaires. Les virer du tableau ouvrirait, tout là-bas, au fond du tunnel, une petite lueur d’espoir qui ne demanderait qu’à grandir. Le problème, c’est que le Président est un sentimental : il répugne à l’idée de faire de la peine ; voyez Benalla, voyez Castaner. Les Véran, Salomon et consorts ont encore de beaux jours devant eux, et les Français peuvent sereinement attendre le troisième, le quatrième, le énième qui finira par les tuer plus sûrement que le virus.

6 janvier 2021

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