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Coronavirus - Editoriaux - 9 avril 2020

Réclamer l’usage de la chloroquine, est-ce populiste ?

Le débat sur l’usage ou non de la chloroquine pour lutter contre le Covid-19 en dit long sur la société dans laquelle nous vivons. Il devrait s’agir d’un débat scientifique, et dans la société menacée par un totalitarisme rampant, nous découvrons avec stupéfaction que l’idéologie le dispute à la science, que des préjugés politiques peuvent l’emporter contre des démarches empiriques inspirées par le bon sens que Descartes croyait la chose du monde la mieux partagée. La question médicale est : la chloroquine peut-elle contribuer à l’amélioration des patients atteints par le virus ? Manifestement, il y a aujourd’hui deux réponses, l’une est positive, l’autre considère que la molécule ne change pas le cours de la maladie et que les guérisons sont naturelles avec ou sans elle, et qu’en revanche, elle ne sauve pas les cas désespérés.

Il faut d’abord prendre en compte les limites que le professeur Raoult impose lui-même à sa thérapeutique : elle ne peut être appliquée que lors des premiers symptômes, et en aucun cas lors d’une sévère détresse respiratoire, car alors ce n’est plus le virus qui achève le malade, mais les lésions pulmonaires qu’il a causées. Le médicament n’aura donc plus aucun effet contre un agent pathogène devenu secondaire ou ayant disparu. La médication est précise : elle comprend de l’hydroxychloroquine, une version de la chloroquine, dont les effets secondaires potentiels sont moins importants. La posologie adoptée est une dose de 200 mg, trois fois par jour pendant dix jours (une faible dose, là où les chercheurs chinois recommandent 500 mg deux fois par jour), associée à de l’azithromycine, voire à un antibiotique à large spectre en cas de pneumonie aiguë. Au minimum, le traitement accélère la guérison de quelques jours. Au moins libère-t-il des lits, ce que le professeur Raoult a observé dans l’IHU de Marseille qu’il dirige.

On observe qu’un certain nombre de scientifiques contestent la méthode : pour transformer une technique de soins empirique en vérité médicale, il faut non pas soigner mais expérimenter en comparant les résultats obtenus dans un groupe avec les remèdes proposés alors que, dans un autre, on usera d’un autre produit et, dans un troisième, d’un simple placebo. C’est de cette manière que procède l’expérience européenne Discovery, sur 3.200 sujets en Europe dont 800 en France. Uniquement des patients gravement atteints. « L’essai Discovery vise à tester quatre traitements, dont la controversée hydroxychloroquine » nous apprend L’Express. Un autre groupe de patients reçoit des soins standard. Les conclusions n’arriveront qu’à la fin du mois d’avril, a prévenu le professeur Florence Ader, qui pilote l’essai commencé le 22 mars. On comprend bien l’observation religieuse de la scientificité de l’expérience.

Mais aussitôt, plusieurs réflexions viennent à l’esprit : pourquoi l’hydroxychloroquine est-elle testée sans l’antibiotique préconisé et dans des cas graves ? Voudrait-on éliminer la solution marseillaise qu’on ne s’y prendrait pas autrement, puisque ce n’est pas la thérapeutique du professeur Raoult qui sera expérimentée ? En second lieu, on peut s’inquiéter d’une rigueur expérimentale qui condamne des malades au traitement « standard » et, éventuellement, à une inefficacité mortelle.

La guerre civile a-t-elle sa place dans la guerre contre l’ennemi ? Les retards mis dans les soins et les morts qu’ils peuvent entraîner sont criminels.

« Il s’est creusé une espèce de fossé entre la pratique médicale et les gens qui confondent la médecine et la recherche. À chaque fois que vous voyez un malade, c’est un malade, ce n’est pas un objet de recherche. Vous ne pouvez pas transformer les malades en objet de recherche », estime le professeur Raoult. Tous les médecins sont évidemment aptes à prescrire de la chloroquine, vielle de 70 ans et toujours nécessaire pour certaines maladies comme le lupus, et elle a été interdite à la vente en pharmacie et à la prescription médicale pour le Covid-19 ! Est-ce du populisme en blouse blanche que d’en réclamer l’usage ?

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