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Cinéma - Coronavirus - Culture - Editoriaux - 9 avril 2020

En pleine crise sanitaire, Louis de Funès bientôt remboursé par la Sécu ?

Malgré un gouvernement humaniste et bienveillant, le peuple peut parfois s’égarer, mais n’a pas son pareil pour en revenir aux valeurs sûres. La preuve par les programmes télévisés en période de confinement. Ainsi, qui dévaste l’Audimat™, tel jadis Attila nos plaines verdoyantes ? Pas Ladj Ly et ses Misérables, primés aux Césars™, et encore moins ces frères et sœurs ennemis, Roman Polanski et son J’accuse ou Adèle Haenel et son Portrait de la jeune fille en feu, mais notre national.

Là, les chiffres donnent le vertige, surtout sur cette bonne vieille téloche que l’on croyait promise à l’oubli pour cause de nouvelles technologies. Résultat ? Cinq millions de téléspectateurs en pleine semaine et plein après-midi pour La Grande Vadrouille, soit tout juste un de moins pour Les Aventures de Rabbi Jacob et à peu près le même résultat pour La Folie des grandeurs, Hibernatus et la saga des Gendarmes de Saint-Tropez.

Le point commun de tout cela ? Louis de Funès ! Des Français les plus humbles – « Quand tout va mal, reste Louis ! », assure un internaute anonyme – aux plus éminents, tel le très cinéphile écrivain Bertrand Dicale : « Louis de Funès, c’est un archétype, c’est Polichinelle, soit un personnage malintentionné, dont les projets sont toujours contredits. Il nous donne à voir un homme qui échoue et ça nous émeut. » Plus synthétique, Jean-Christophe Mikhaïloff, de la Cinémathèque française : « C’est clairement un antidépresseur ! »

Il est vrai que pour se remonter le moral, et ce, à rebours de la culture officielle, ce ne seront pas les frères Dardenne, les Godard, les Truffaut, les Guédiguian, les Despleschin et autres faiseurs aux manières de faisans auprès desquels les Français iront chercher légitime réconfort. Alors que ce bon vieux Louis…

Car notre Fufu à nous, malgré ses films pas toujours excellents – même s’il avait le don de tirer les pires pochades vers le haut –, savait à la fois nous faire rire des autres et nous gausser de ce que nous sommes. Qui d’autre que lui a su mettre en scène nos propres contradictions ? Lui et personne d’autre que lui. Tenez, cette scène du Grand Restaurant dans laquelle, après avoir rampé devant les puissants, il houspille les faibles, finit par se mirer devant la glace tout en s’adressant à la fois à lui et au spectateur : « Je me dégoûte ! »

Une des autres raisons de ce succès impromptu est encore fort bien résumée par le même Bertrand Dicale, dans Le Point : « Louis de Funès est une valeur-refuge, grâce à la certitude que l’on a de toucher tous les publics avec ses films, les bourgeois, les prolétaires, les immigrés, les gens de droite, de gauche, les très très à droite, les très très à gauche et toutes les générations. » Bien vu.

Ce regain de notoriété est également l’occasion d’apprendre que des artistes aussi divers qu’Alain Chabat (Les Nuls de Canal+), Michel Houellebecq (écrivain vaguement prophétique sous Prozac™), Wim Wenders (metteur en scène derrière lequel on sent poindre toute la traditionnelle fantaisie prussienne) ou Johnny Depp (Keith Richards du pauvre qui, à défaut d’être devenu un Rolling Stone, a rejoint le grand orchestre de Walt Disney) estiment, aujourd’hui, et à l’unisson, que le défunt n’était autre que « l’un des plus grands acteurs de tous les temps ».

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une fois de plus, Louis de Funès nous ramène à notre triste condition première et qu’en ce sens, il est universel. Ce n’est pas un héros, mais pas non plus un salaud ; quelque part entre saint et gredin. Ce n’est juste qu’un humain, avec toutes ses quelques vertus et ses innombrables faiblesses.

Nous sommes tous des Louis de Funès.

PS : il y a quelques années, l’auteur de ces lignes a eu l’occasion de revenir longuement sur la carrière du grand homme. Ce fut un plaisir, surtout quand, ayant eu celui de déclarer sa flamme à la si jolie Claude Gensac

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