Spécialiste de la fraude sociale, le magistrat Charles Prats analyse pour Boulevard Voltaire les prestations à près de 6.000 euros reçues par une famille pour le seul mois d'août. Un montant pharaonique entre assistanat et irresponsabilité.

Marc Eynaud. Une famille a touché près de 6.000 € d’allocations familiales pour le mois d’août. Ce chiffre a fait réagir. Ce chiffre vous surprend-t-il ?

Charles Prats. C’est juste l’application de la loi. Il s’agit d’un couple avec dix enfants. Au mois d’août, il y a eu le versement de l'allocation de rentrée scolaire qui a fait monter mécaniquement le montant des prestations versées. Mais globalement, c’est le montant auquel ils ont droit avec les allocations familiales, le RSA et la majoration pour les enfants. Pour les familles nombreuses, c’est logique. C’est l’application de la loi. Il n’y a rien de choquant là-dedans.

M. E. Si on enlève l'allocation de rentrée scolaire, certains couples travaillant gagnent moins que cette famille…

C. P. Un couple qui n’a pas d’enfants et qui gagne chacun 1.500 € aura 3.000 € de revenus par mois. Un couple qui a chacun 1.500 € par mois pour son travail et a dix enfants aura droit à environ 2.000 € d’allocations familiales supplémentaires. C’est l’application stricte de la politique familiale en France. Plus vous avez d'enfants, plus vous avez d'allocations familiales. Au-delà de trois enfants, on est à 180 € par mois par enfant. C’est versé sans condition de nationalité. À partir d’un certain niveau de revenus se pose la problématique de la réduction des allocations familiales. C’est un vrai sujet politique et je trouve cela anormal. Cela remet complètement en cause le système de la Sécurité sociale en France. En effet, le principe de la Sécurité sociale, c’est : tout le monde cotise selon ses revenus et chacun reçoit la même chose. Quand vous êtes malade, que vous soyez millionnaire ou smicard, vous êtes pris en charge de la même manière. c’est le principe de la solidarité entre les générations et entre les gens, qu’ils soient riches ou pauvres. Tout le monde participe à ce système en le finançant selon ses revenus et chacun bénéficie des mêmes prestations. Le fait de vouloir exclure du bénéfice des prestations des gens au prétexte qu’ils gagnent bien leur vie est très dangereux. Lorsqu’il y a eu le débat de la mise sous conditions de ressources des prestations, beaucoup de syndicats marqués à gauche étaient contre, ils avaient conscience que c’était le début de la mort de la Sécurité sociale.

M. E. Quelle est la limite entre l’aide et l’assistanat ?

C. P. Ce n’est pas de l’assistanat. Si on analyse la feuille de la CAF, on voit la ligne RSA ; ça, c’est de l’assistanat. En revanche, les allocations familiales, c’est de la politique familiale et non de l’assistanat. En 1945, à la création des allocations familiales, le principe qui prévalait était de verser les allocations quel que soit le niveau de revenus. Il faut vraiment séparer le côté politique familiale et le côté revenu de l’assistance.

M. E. Est-il raisonnable d’être incité à avoir autant d’enfants quand on n’a pas les moyens d’entretenir un foyer ?

C. P. C’est une question civilisationnelle. Pourquoi les familles occidentales font-elles de moins en moins d’enfants ? C’est un sujet culturel. Il y a des cultures dans lesquelles il y a des familles très nombreuses, sept ou huit enfants, et d’autres cultures, comme la nôtre, où on a un, deux ou trois enfants. C'est un phénomène culturel qui interroge notre société. À partir du moment où on sait que l’on doit avoir des enfants, avoir une politique familiale est une chose importante. C’est important politiquement, c’est important aussi moralement et religieusement. Je suis catholique et je trouve très bien que les familles aient beaucoup d’enfants. Je considère que c’est normal que l’État aide les familles qui ont des enfants. La question est : pourquoi ne fait-on plus autant d’enfants dans les familles occidentales ? C'est un autre sujet...

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15 septembre 2022

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