Editoriaux - Politique - 26 juillet 2019

Rassurez-vous, braves jacobins, l’Alsace dresse encore les trois couleurs !

La création d’une Collectivité européenne d’Alsace (CEA) semble, en ces temps de canicule, donner sinon des boutons, pour le moins… des coups de chaud aux jacobinistes, gardiens du dogme centralisateur de nos régions. Relisez plutôt ce que l’on pouvait y écrire, y compris sur Boulevard Voltaire l’autre jour : « …en d’autres termes une nouvelle Catalogne se profile à l’Est […] La France est en deuil : l’Alsace est perdue ! » Comment peut-on imaginer que l’Alsace puisse disparaître, alors qu’elle pourra enfin, grâce à ce nouveau statut, assumer pleinement son destin européen ?

Concrètement, c’est aussi bien la mise en œuvre d’un véritable partenariat franco-allemand pour redynamiser le territoire de la centrale de Fessenheim ou encore le développement de partenariats scolaires entre communes de part et d’autre du Rhin, le renforcement de l’université franco-allemande. L’institution d’un fonds citoyen – qui ne devrait pas déplaire aux gilets jaunes – permettra également de soutenir les initiatives de citoyens et les jumelages entre villes pour rapprocher nos deux pays et favoriser la diversité culturelle. Tout cela nous ferait perdre l’Alsace alors qu’elle s’épanouit aux avant-postes de la coopération européenne ? Évidemment, vu de Paris, c’est un peu comme le Tibet qui revendique son indépendance, et si l’on continue à distiller ce genre de propos faussement alarmistes, il arrivera un jour où les Alsaciens-Mosellans se diront »Wen schon, den schon«, c’est-à-dire, tant qu’à faire, pourquoi la cigogne alsacienne quittant son nid tricolore ne volerait-elle pas de ses propres ailes ? Après tout, le Luxembourg voisin est presque quatre fois plus petit et compte trois fois moins d’habitants que l’Alsace.

Alors, l’Alsace autonome ? L’Alsace s’enorgueillit d’avoir été longtemps une terre libre, indépendante, jusqu’à son annexion par Louis XIV en 1648. En ces temps bénits d’avant le Roi-Soleil, Strasbourg comme Mulhouse, villes libres, levaient armée, battaient monnaie. Gutenberg y inventa l’imprimerie, Calvin y trouva refuge. Érasme, lors de son séjour à Strasbourg en 1514, y découvrit même la « cité idéale » de Platon, déconstruite, ravagée après 1648 par Vauban et ses troupes (merci, la Grande Nation !). Alors, il est vrai que l’Alsace tricolore mais réaliste lorgne sans complexe de l’autre côté du Rhin. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les Alsaciens ne sont pas nostalgiques d’un quelconque retour chez leurs cousins germains.

Néanmoins, quand ils font la comparaison avec leurs voisins et leur « made in Germany », les Alsaciens constatent, incrédules, que « chez eux, ça marche » : l’économie redémarre, le chômage recule, alors que dans la Françalsace, tout paraît compliqué, figé, fossilisé et que « rien ne marche »… Autant dire qu’ils en ont gros sur la Kartoffel, mes compatriotes, à lire de tels articles, et que ça détricote grave au pays de la choucroute, où la moutarde au raifort leur monte au nez. « C’est français ! », fulmine-t-on volontiers dans les winstubs, en se gaussant de ces « Français de l’intérieur », ces « Haase » qui ont détalé en 1940 comme des « lapins » devant les Allemands, livrant l’Alsace à l’annexion nazie. Et qui veulent, aujourd’hui, nous passer la muselière jacobine…

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