[RAISON GARDER] La stratégie présidentielle de Mélenchon

Ce n’est pas gagné, bien sûr. Mais c’est très loin d’être perdu d’avance...
Capture d'écran
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Les médias, comme les politiques « sérieux », nous disent à l’unisson que, depuis quelques années, M. Mélenchon serait dans « l’outrance », la « dérive », « l’extrémisme », la « déraison », les « affirmations insupportables, intolérables », etc. Il faut reconnaître que notre homme n’est effectivement plus le franc-maçon laïcard d’autrefois et que, sur la question des musulmans et des Juifs, il n’emploie plus exactement le même langage.

Mais penser que M. Mélenchon aurait abouti là par une quelconque « dérive » serait oublier qu’il s’agit d’un homme formé à la dure école du trotskisme et dont l’itinéraire politique est toujours commandé par une analyse politique argumentée.

Le point de départ, pour lui, ce sont deux échecs : les présidentielles de 2017 et de 2022. Les deux fois, M. Mélenchon a fait une excellente, mais classique, campagne de « gauche de la gauche » ou « gauche radicale », si l’on veut, lesquelles lui ont permis d’atteindre des scores très honorables (19,5 % puis 22 %) ; mais dont il n’a rien pu faire, ensuite.

Être le « deuxième homme » de la présidentielle

M. Mélenchon a donc analysé la mécanique électorale de l’élection présidentielle française et a dû admettre qu’être le troisième dans la course ne servait absolument à rien, puisque seuls les deux premiers s’affrontent au second tour. À partir de là, il a réfléchi à comment arriver de façon certaine à être dans les deux premiers. Il a fait appel à toute sa science politique, mais a aussi analysé des exemples, dont celui, sans aucun doute (mais il ne faut surtout pas le dire !), de Jean-Marie Le Pen. Et c’est à la suite de cette réflexion qu’il a changé son fusil d’épaule et commencé sa nouvelle campagne, qui n’est effectivement plus une campagne « classique ».

M. Mélenchon a intégré le fait qu’il ne pourrait pas être le premier : sauf accident, le premier sera le candidat du Rassemblement national. Il vise donc à être le « deuxième homme » de la présidentielle. Et cela est à sa portée, dans la mesure où le « ticket d’entrée » du deuxième sera relativement bas, en raison de l’émiettement politique.

Pour être certain d’être le deuxième, il faut partir d’un socle électoral très solide, qu’on élargit dans les dernières semaines de campagne. Son socle, en 2017 et 2022, c’était la « gauche radicale », et les deux fois, il a bien élargi ce socle à la fin. Simplement, cela n’a pas été suffisant. Donc, M. Mélenchon a cherché un autre bloc électoral qu’il puisse agréger à son bloc originel de « gauche radicale ». Il pense l’avoir trouvé dans ce qu’il appelle « la France créole », ou « France du Grand Remplacement », c’est-à-dire, en gros, les Français issus de l’immigration, avec une forte dominante musulmane.

Envoyer des signaux forts

C’est pour capter cet électorat potentiel que M. Mélenchon s’est lancé, notamment, dans une campagne ardente contre « l’islamophobie », qu’il milite désormais pour la liberté du voile et, bien sûr, qu’il dénonce les « sionistes ». Par de l’explicite, et par beaucoup d’implicite (ce que le système médiatico-politique appelle ses « outrances » et autres « dérives »), il envoie des signaux forts à cette partie de la population.

Bien sûr, le pari est osé, notamment parce que si la « France créole » est assez nombreuse, elle a tendance à voter faiblement. Mais M. Mélenchon travaille d’arrache-pied à réussir ce défi. C’est pourquoi, en fait, il est en campagne permanente depuis avril 2022. Les résultats, contrastés mais intéressants, des municipales de mars 2026 ne sont pas de nature à le détourner de son plan.

Être le deuxième homme n’est que le premier étage de la fusée électorale mélenchonienne. Après tout, le Parti communiste a connu de longues années où il oscillait autour de 20 % des suffrages (Jacques Duclos obtint plus de 21 % des voix, à la présidentielle de 1969) sans jamais, cependant, arriver au pouvoir. M. Mélenchon considère toutefois qu’il a en poche une carte vers le pouvoir, carte qui s’appelle… le Rassemblement national.

Le « réflexe antifasciste »

Au soir du premier tour de la présidentielle de 2027 (si lui-même passe au second tour), M. Mélenchon va faire (il n’est pas besoin d’être prophète pour le prédire) un grand discours sur la nécessité du front antifasciste, du rassemblement des démocrates autour de la seule personne capable d’empêcher le retour de la « bête immonde » et des « heures les plus sombres » : lui-même, le deuxième homme.

Or, ne soyons pas naïfs, cet appel sera entendu. D’abord par la gauche, dont toute la mentalité est imprégnée de ce qu’on pourrait appeler « l’esprit 34-36 », à savoir le Front populaire contre le déferlement (supposé) du fascisme. Ensuite par une bonne partie du centre, qui penche toujours plus vers la gauche que vers la droite. Enfin, par une certaine partie de la droite, intoxiquée par cet « esprit chiraquien » de « refus de toute alliance avec l’extrême droite ».

Certes, les barrières sont en train de s’abaisser devant le Rassemblement national. Certes, le monde change, et les mentalités aussi. Mais la mutation sera-t-elle suffisamment avancée, en avril 2027 ? M. Mélenchon escompte que non.

Ainsi, tirant les leçons de son double échec de 2017 et 2022, M. Mélenchon fait un double pari. D’abord que, grâce à son socle radicalo-créole élargi dans la dernière ligne droite, il parviendra à se qualifier pour le second tour ; ensuite que, par le biais du « réflexe antifasciste », il réussira à battre le candidat du Rassemblement national.

Ce n’est pas gagné, bien sûr. Mais c’est très loin d’être perdu d’avance. Et M. Mélenchon, redoutable animal politique, travaille de toutes ses forces à ce que son rêve devienne réalité.

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Alexandre Dumaine
Journaliste, écrivain

Vos commentaires

78 commentaires

  1. je pense qu’il devient urgent que tous les vrais démocrates de ce pays unissent leurs voix pour démystifier définitivement cette fausse croyance qui associe le Fascisme à la droite car c’est exactement l’inverse comme l’histoire l’a largement montré . Ces idéologie meutrières et totalitaires sont liées à la gauche depuis que la gauche existe ! et ce n’est certainement pas fini . Mélanchon lui même en en sera l’exemple si il vient au pouvoir

  2. Il faudra quand-même s’interroger sur le rôle des instituts de sondage pour orienter les élections. On le voit pour les élections municipales où hormis quelques grandes villes, aucun sondage crédible n’est réalisé. Et les résultats obtenus sont stupéfiants, je pense notamment à Mulhouse où chaque candidat avait entre 15 et 20%, il n’y avait pas de mécanique de « vote utile » d’enclenché. Et c’est pour ça que pendant longtemps Jean-Marie Le Pen interdisait à ses électeurs de répondre aux sondages.

  3. Il n’existe qu’une seule solution au problème Mélenchon: QUE TOUS LES ELECTEURS SE LEVENT ET SORTENT VOTER, au lieu de râler, de traîner au lit ou d’aller à la pêche ET DE BRAIRE SI MELENCHON EST ELU !

  4. A propose de ce que je viens d’ecrire, l’article ci dessous que je n’avais pas encore lu aurait par exemple été une bonne occasion perdue de leur clouer le bec :
    Fachos de tous les pays, sortez vos Barbour !
    Il est vrai que quotidien est le type même de l’emission réalisée dans un entresoi bien pensant et qui n’est pas faite pour développer ni l’esprit critique ni la reflexion!

  5. Je le dis et je le redis, c’est pour çà qu’il est urgent de combattre systématiquement le pseudo argumentaire antifasciste utilisé en permanence par la gauche, car il fonctionnera encore! Mais pour çà il faudrait des politiques qui sachent débattre et convaincre. Or à part Michel Onfray qui n’est pas malheureusement pas un homme politique, je ne vois personne. Et c’est cette paresse intellectuelle qui coutera la victoire à Bardella. Ce n’est pas difficile, il suffirait simplement de lancer une discussion par: s’il vous plait, definissez fasciste…

    • Vous avez raison, a droite il n’y a pas grand monde de la mauvaise stature des LFI.
      Sans doute les un sont soutenus par la justice, les instances gouvernementales des conseils gouvernementales au constitutionnels en passant pas les droits de l’homme et quelques ministres nommé par un chef de l’état décidé a faire de la France un pays islamiste. (ministre de l’intérieur et des cultes)

  6. Tout blanc, tout moche qu’il est , on le laisse éructer, distiller sa haine sans jamais être traîné en justice, jamais condamné, pire encore on lui tend les micros avec , souvent , complaisance, voire un certain plaisir pour d’aucuns ,…
    On va même jusqu’à le rallier sans complexe , gauche , droite , centre confondus , au nom du pseudo front républicain , alors pourquoi voulez vous qu’il ne se prenne pas pour l’incarnation de l’Etat ?
    Cet homme est intelligent , talentueux, orateur de haut vol, terriblement dangereux , sans aucun état d’âme, d’autant plus qu’il n’a personne de même niveau en face de lui pour le contrer .
    La campagne pour 2027 s’annonce terrible, nauséabonde, et quel que soit le résultat, mieux vaut se préparer au pire , sauf pour macron à qui nous devons ce chaos et qui se prépare déjà à revenir sur le devant de la scène comme le sauveur du pays qu’il a lui-même détruit

  7. Excellent article.
    Quoi de plus efficace que d’accuser son adversaire de ce que l’on est soit même, accuser l’autre de Nazie ou Fasciste c’est évidement croire l’accusateur.
    Pourtant tout est évident que Mélenchon est un vrais raciste intégrale et vue sa dangerosité vue qu’il est assis sur une vrais machine de guerre qu’est LFI il sait qu’il est intouchable.
    Sa haine déversé a chaque meeting et son allocution font qu’il est un vrais danger parmi les dangers pour la France.

  8. C’est une excellente analyse de la stratégie de ce leader politique…
    Je pense cependant que Melenchon a commis une erreur : pour asseoir son rôle de gourou, il a recruté dans son équipe de députés, des candidats bas de plafond (soudais, Leaument, Panot, Boyard, Delogu, Aubry…) qui racontent n’importe quoi, sont dans l’outrance, dans l’insulte permanente… et sont une honte pour la république.
    Et pour moi, cela a une conséquence : avoir dégoûtée une partie de son électorat de base qui a suivi ses idées lorsqu’il a quitté le PS.
    Ce n’est pas de l’analyse politique fine, mais un avis basé sur l’expérience personnelle : j’ai voté Melenchon en 2017… plus jamais !!…

  9. Si Mélenchon arrive au 2ème tour, la possibilité de son élection serait davantage due à un vote blanc ou une abstention du centre et d’une partie de la droite plutôt qu’à un vote pour lui.
    Mais le scenario le plus probable est que Bardella (ou le Pen) et Philippe arrivent au second tour et que Philippe l’emporte grâce au centre, la droite molle et la gauche, après une campagne médiatique hystérique et la crainte de troubles en cas de victoire du RN.

    • Donc vous croyez vraiment que les gens seraient capables de voter encore pour quelqu’un qui nous a collé 1.500 milliards de dettes en 8 ans en tant que 1er ministre…??? Alors les électeurs sont fous et il faut ouvrir les asiles avant de voter !!!

  10. Ne pas écouter les médias presque tous gauchiste et voter avec intelligence et ça c’est une autre paire de manche. A choisir entre Mélenchon et le RN mon choix est fait. Je préfère l’intelligence et le savoir vivre à la vulgarité de qui vous savez.

  11. Excellente analyse malheureusement tout est possible cet individu pourrait , pour le malheur du pays , se retrouver avec sa bandes de drogués nazis, à l Elysée…quelle cata !!!!

  12. La seule chance pour le RN de l’emporter est de se retrouver face à Mélenchon. Car dans le cas contraire, toute la gauche et LFI voteront contre le RN

  13. Il est idiot de comparer Melenchon à JM LePen. L’un est de gauche et l’autre a toujours été de droite. Si on veut comparer Melenchon à un personnage connu de l’histoire, c’est plus tôt à Adolf Hitler. Tous les 2 ont été socialistes (pas JMLP à ma connaissance). De plus leur façon de s’exprimer est similaire (des aboiements) et ils se sont tous les 2 constitués une police privée jeune : la Jeune garde pour Melenchon, les HJ (Hitlerjugend) pour Hitler. Et tous les 2 préconisent la violence pour imposer leurs idées socialistes.

  14. Le problème n’est pas Mélenchon mais Philippe. Philippe c’est un macron bis, un Lecornu bis et 52% des Français voteraient pour ça. Il faut que Bardella soit candidat sinon c’est mort et il faut que le RN soit plus offensif et que Zemmour, sa maitresse, Dupont Aignan etc ne se présentent pas. Mais l’égo est là. Voter pour eux c’est voter Philippe

    • Quel mépris pour la compagne de Zemmour de votre part : cette femme est brillante, cela vous ennuie sans doute.

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