Guerre des drones : le ciel nocturne de Strasbourg appartient aux trafiquants
À Strasbourg, l’hôpital de Hautepierre est voisin de la Maison d’arrêt d’Elsau. Pas de chance pour les blessés et autres victimes en urgence absolue : le ciel nocturne étant occupé par le trafic des drones vers la prison, les HéliSmur des SAMU 68 et 54, puis les Dragon 67 et 25 de la Sécurité civile ne peuvent plus atteindre le CHU de Hautepierre. Depuis juillet, « les patients les plus gravement blessés doivent être déposés au Nouvel Hôpital civil avant d’être transférés par la route, allongeant le délai de prise en charge », rapportent les DNA.
Les narcos peuvent en remontrer à Bercy
On croyait ce genre d’histoires réservé aux narco-États d’Amérique du Sud. Mais non, c’est juste une nouvelle démonstration du degré de délabrement de la France. Ainsi, dans notre pays où policiers, pompiers, enseignants, et tout ce qui représente une autorité légale ou morale risque sa peau, les secouristes eux-mêmes sont empêchés d’accomplir leur mission.
Dans Strasbourg, ville du Parlement européen, le CHU voisine avec la prison dans le quartier de Hautepierre, l’un de ces QPV (quartiers prioritaires de la politique de la Ville) si bien nommés. Prioritaires pour l’argent que l’État y investit grâce aux impôts payés par Nicolas et prioritaires surtout pour les trafics qui y fleurissent. Si la plupart des jeunes malfrats de nos cités ont été péniblement poursuivis par une scolarité aléatoire jusqu’à 16 ans, ils peuvent souvent en remontrer aux fonctionnaires de Bercy sur le plan de la technologie. À Strasbourg, ils se sont spécialisés dans le pilotage nocturne de drones.
On apprend au détour de cette histoire qu’il existe une tranche horaire durant laquelle sévit la « nuit aéronautique », soit de « trente minutes après le coucher du soleil à trente minutes avant son lever ». En ce moment, à Strasbourg, entre 21h20 et 5h50. C’est dans cette plage horaire que circulent les drones des trafiquants pour effectuer des livraisons aux copains détenus de la maison d’arrêt d’Elsau. En conséquence de quoi Laurent Vialat, le responsable du groupement hélicoptères de la Sécurité civile, explique n’avoir pas eu le choix : « On ne pouvait pas prendre le risque d’un accident aérien, qu’un hélicoptère avec un patient, un médecin et un infirmier à bord percute un drone », dit-il. Il a donc décidé, comme ses confrères du SMUR, de suspendre les atterrissages nocturnes à Hautepierre.
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« Il ne faudrait pas que cette audience serve d’exemple »
Le 18 août, quelques jours après que la préfecture a confirmé la chose, deux jeunes gens sont passés en jugement devant le tribunal de Strasbourg. Les agents de la BAC avaient arrêté Dayanne D., 18 ans, et Mohamed O., 19 ans, alors qu’ils étaient en train de charger un drone pour une livraison : « près de 200 g de résine de cannabis, un peu d’herbe, de la cocaïne, des cigarettes, des cartes SIM, de la viande… ». Si le premier a inventé une salade, prétendant qu’il voulait faire une blague sur les réseaux sociaux, le second a préféré se mettre à table : « Mon rôle était d’attacher les colis et de faire décoller le drone. » Un service payé 100 euros, 50 pour le copain qui faisait le guet. Prétextant le jeune âge (sic) de leurs clients, leurs avocats, Mes Flavie Ndocko et Safir Balbzioui, ont clamé leur indignation : « Si les problèmes d’atterrissage des hélicoptères au CHU sont réels, il ne faudrait pas que cette audience serve d’exemple. » Qu’ils se rassurent, les peines prononcées envers ces jeunes gens ne seront pas de nature à les dissuader de bosser dans les nouvelles technologies…
Quand la lâcheté des politiques s'ajoute à l’impuissance
Et maintenant, sachant qu’« en temps normal, l’hélistation de Hautepierre représente environ 80 % de son activité hospitalière à Strasbourg, contre 20 % pour celle du NHC » et que «15 à 20 % des missions sont réalisées de nuit », que fait-on ? Le problème majeur est que « ces appareils ne sont pas déclarés et ne disposent ni de système communicant permettant de les identifier ni d’éclairage, ce qui les rend particulièrement difficiles à détecter la nuit », nous dit-on. Et donc ?
La préfecture du Bas-Rhin, reconnaissant enfin la nature du problème, assure que le dossier « fait l’objet d’une attention particulière ». C’est rassurant. Une réunion s’est tenue le 13 août entre la préfecture, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et le groupement hélicoptères de la Sécurité civile afin de chercher une solution de… repli ! Autrement dit « une zone de pose alternative » : « Il pourrait s’agir par exemple d’un terrain de football situé à proximité de Hautepierre, plutôt au nord afin de s’éloigner du secteur où évoluent les drones ». Si ce n’est pas une capitulation, ça y ressemble fortement.
Eurodéputée du groupe Patriotes pour l'Europe, Virginie Joron est montée au créneau. Dans un communiqué publié sur son compte X, elle écrit : « Nous exigeons le rétablissement immédiat et sécurisé des atterrissages nocturnes à Hautepierre ; des moyens technologiques et humains à la hauteur pour neutraliser ces drones illégaux ; des sanctions exemplaires contre les organisateurs de ces trafics ; une réponse ferme et durable de l’État face à l’emprise des réseaux criminels sur l’espace aérien autour des prisons. » On ne peut que souscrire à sa conclusion : « Il est intolérable que la sécurité des patients les plus graves soit sacrifiée sur l’autel de l’impuissance publique face au trafic de drogue en détention. » Et pourtant...
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Un commentaire
Deja mettre des filets au mur de la prison. Et sur la cour de promenade.
Et un brouilleur d’onde sur la fréquence des drones