Royaume-Uni : Deux conservateurs décomplexés et brexiters se disputent la succession de Boris Johnson

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Qui succédera à Boris Johnson au 10 Downing Street, le 5 septembre prochain ? Les adhérents du Parti conservateur vont choisir entre Lis Truss et Rishi Sunak. Deux personnalités bien différentes.

D’abord, à l’aile droite des Tories, Liz Truss, 46 ans, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, est restée loyale envers Boris Johnson dans le contexte des démissions en série. Cette admiratrice de Margaret Thatcher (elle aussi a eu le privilège de recevoir ce surnom de « Dame de fer ») a un curriculum vitae particulièrement imposant : elle a été ministre sous les trois cabinets Cameron, May et Johnson. L’Environnement, la Justice, le Trésor, le Commerce, la Condition féminine… Après tous ces ministères, Boris Johnson lui confie, en septembre 2021, celui des Affaires étrangères. En outre, depuis décembre, elle occupe également les fonctions de négociateur en chef du gouvernement britannique avec l’Union européenne et de président britannique du Conseil de partenariat UE-Royaume-Uni.

Il est difficile de savoir si c’est par pragmatisme ou par ambition qu’elle a considérablement revu sa position européenne après le référendum de 2016. Après avoir voté pour le Remain, elle va finalement évoluer vers l’euroscepticisme au point de déclarer en 2017 qu’en cas de second référendum, elle voterait cette fois pour le Brexit. Elle soutenait désormais que les « problèmes économiques massifs » qu’elle craignait n’avaient finalement « pas eu lieu » et qu’avec le Brexit, le Royaume-Uni avait « attiré de nouveaux investissements à l’étranger » et « vu de nouvelles occasions de commercer avec le reste du monde ».

Pour ce qui concerne les sujets de société, elle se positionne contre le wokisme et la cancel culture, qualifiant cette idéologie de « politique humanitaire déshumanisante » et de « voix du déclin ». En tant que ministre de la Condition féminine et de l’Égalité, elle a apporté des freins au processus de « changement de genre ».

Plus centriste, Rishi Sunak, 42 ans, chancelier de l’Échiquier démissionnaire le 5 juillet, est un Brexiter de la première heure.

Parfois qualifié par ses détracteurs de « socialiste » (rappelons que ce mot a, outre-Manche, une connotation bien plus péjorative qu’en France), ce financier de la City, marié à une femme issue d’une des familles les plus fortunées de l’Inde, défend pourtant bien les valeurs des Tories : « Mes valeurs sont thatchériennes. Je crois au travail, à la famille et à l’intégrité », dit-il.

Après avoir été l'un des frondeurs contre Boris Johnson (il faisait pourtant partie des invités du Partygate et avait reçu pour cela une amende ), il a annoncé sa candidature dès le vendredi 8 juillet, se décrivant comme un « candidat sérieux pour les temps sérieux ». Celui qui a fait fonctionner l’économie britannique pendant le Covid en assurant qu’il allait faire « tout ce qu’il faut » pour aider les Britanniques à traverser la crise avait vu alors sa popularité s’envoler.

Né en Angleterre de parents issus de la diaspora indienne d’Afrique de l’Est, il pourrait être le premier hindou à arriver au 10 Downing Street. Il ne se sert pourtant pas de ses origines comme d’un outil démagogique et a soutenu les prises de position anti-immigrationistes des pro-Brexit. Il estime que l’immigration doit être « appropriée » et qu’il faut « avoir le contrôle des frontières ». Il est en revanche moins conservateur sur les sujets de société et tient fréquemment un double discours sur le phénomène LGBT.

Ce sont donc deux visages du conservatisme au Royaume-Uni qui vont s’affronter. Une femme issue de la classe moyenne britannique, un homme fortuné issu de la diversité. Dans les deux cas, pas de différence de convictions notables. Quel que soit le vainqueur, la succession devrait se faire dans la continuité des années Johnson. Ce qui pourrait les démarquer, ce serait ceci : si Rishi Sunak a un avantage sur les élus du parti, Liz Truss a davantage la cote chez les adhérents. Et ce sont les adhérents qui voteront le 5 septembre.

Illustration : Rishi Sunak

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