[L’ÉTÉ BV] Qu’on se le dise : le remède au Grand Remplacement, c’est le Grand Enfantement

Les chiffres de l'INSEE sont tombés : ce n'est plus un hiver démographique, c'est un blizzard et une ère glaciaire.
Photo de Tetyana Kovyrina: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/fille-assise-sur-l-herbe-sentant-la-fleur-petale-blanche-1879288/
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Cet article vous avait peut-être échappé. Nous vous proposons de le lire ou de le relire.
Cet article a été publié le 13/01/2026.

Comme si l'hiver démographique n'était pas assez alarmant, un nouveau courant apparaît : le gender disappointment, ce sentiment de déception à l'idée d'attendre un garçon. Quand cessera-t-on de détester la maternité ? alerte Gabrielle Cluzel.

Les chiffres de l’INSEE sont tombés et sont - hélas - historiques : pour la première fois, la France compte plus de décès que de naissances. Les Échos parlent de « grand basculement démographique ». Le Point évoque une natalité « en chute libre ». Indice de fécondité : 1,56 enfant par femme. Un record… à la baisse, inédit depuis 1918. À l’époque, au moins, les raisons étaient évidentes.

Qu’on se rassure : il ne s’agit ni de sommer chacun d’avoir dix enfants, ni de jeter l’opprobre sur ceux qui n’en ont pas, par choix ou pas. Mais simplement de tirer la sonnette d’alarme. On peut ne pas avoir d’enfant et comprendre qu’une société sans enfants est une société sans avenir.

Une baisse de 23 % des naissances : alerte maximale !

En 2010, dernier « point haut » selon l’INSEE, la France était encore à 2,02 enfants par femme. La baisse atteint près de 23 %. C’est massif. L’exception française s’est dissoute dans la moyenne européenne. Certes, la population augmente encore un peu, mais uniquement grâce à l’immigration. Quant à l’âge moyen à la maternité, il dépasse désormais 31 ans. Or, on ne renouvelle pas une civilisation au même rythme quand les générations se succèdent tous les 25 ans ou tous les 40.

Désormais, comme au Japon, et en Chine, les ventes de couches pour adultes dépassent, chez nous, celles des bébés. En dix ans, ces dernières ont chuté de plus de 20 %. Un indice « consommation » aussi parlant que l’indice pizza du Pentagone (quand les livraisons du pizzaïolo d'à côté explosent, c’est qu’une opération se prépare). Alerte maximale.

Nous n'en sommes qu'à l'apéritif...

Et en France, nous n’en sommes encore qu’à l’apéritif. La génération du baby-boom, devenue papy-boom, est encore vaillante : elle s’occupe des associations, des petits-enfants, parfois même, pour la queue de la cohorte, de ses propres parents. Mais quand cette génération aura disparu, que restera-t-il ? On a réformé les retraites sans jamais poser la question démographique. Le Président a bien lâché, un jour, l’expression « réarmement démographique », mais les faits racontent un désarmement continu. Les Égyptiens ont inventé la pyramide de Khéops, les macroniens la pyramide de Ponzi. Cette boutade anonyme fait mal, car c'est toute l'histoire de notre modèle social redistributif. Sur le plan matériel comme sur le plan affectif.  Un enfant dans une chambre d’EHPAD, c’est des sauts sur le lit ou dans le fauteuil roulant, des dessins sur le menu et la télécommande confondue avec l’alerte infirmière. C’est la vie. Et c’est irremplaçable.

Au Japon, la mort solitaire, le kodokushi, est devenue un phénomène de masse. En France, 750.000 personnes seraient déjà en situation de mort sociale. Pendant ce temps, on a méthodiquement détricoté la politique familiale. Hollande et la modulation des allocations ont marqué un tournant. Macron n’a pas corrigé la trajectoire. On aurait dû se méfier de son ministère des Familles qui était un ministère "dé-famille".

La réforme des retraites a ignoré les mères quand elles auraient dû en être le cœur du réacteur. Aujourd'hui, les mères qui ont élevé les cotisants de demain survivent aujourd’hui avec des retraites de misère.

Plus qu'un manque d'argent, la détestation de la fécondité

L’argent ne fait pas tout, mais il compte. La Hongrie ou l’Italie, avec des politiques natalistes volontaristes, montrent qu’on peut infléchir - doucement - la courbe. Surtout, elles envoient un message clair : ce que vous faites pour vos enfants est utile à toute la société. Une aide financière, c’est aussi une reconnaissance symbolique.

Mais le cœur du problème est culturel. Notre époque entretient une véritable détestation de la fécondité. Un féminisme idéologique a fait croire que utérus et cerveau étaient inversement proportionnels. On apprend aux jeunes filles à se méfier de leur fécondité comme d’une maladie chronique. La grossesse est hypermédicalisée, l’enfant présenté comme un danger pour le portefeuille, la planète et la silhouette. Angela Merkel n’a pas d’enfant, Ursula von der Leyen en a sept : la première, comparée à l'autre, est-elle vraiment une sylphide ?

On déteste aussi l’âge adulte, la transmission, l’autorité. Le marketing du « No Adults » en dit long : rester éternellement jeune, sans attaches, sans héritiers. C'est pourtant le meilleur moyen de rester jeune, de mettre un pied dans l'éternité. Vous ne pourrez, sauf à être parfaitement ridicule, passer sous la table pour tirer la galette à 40 ans passés. En revanche, renouant avec ce rituel pour vos enfants, vous n'aurez certes plus jamais la fève (elle ira au plus véhément ou au plus tricheur), mais vous serez comme un roi (parfois fatigué, certes) entouré par votre progéniture.

Enfin, hasard ou non, les familles nombreuses résistent là où l’enfant est accueilli comme une bénédiction : chez les catholiques pratiquants en France, comme chez les juifs orthodoxes en Israël. Non par ignorance de la pilule - ces femmes ne vivent pas sur la Lune - ou parce qu'elles auraient un plus grand appartement et une plus grande aisance financière, mais parce qu’il existe un climat favorable à la vie. La dénatalité n’est donc pas une fatalité. Elle est le produit de choix politiques et culturels.

Picture of Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

124 commentaires

  1. La démographie est quelque chose de fragile, et le phénomène du manque de naissance est chronique en France depuis le 19ème siècle, sauf pour l’épisode des « Trente glorieuses » où le baby-boom a été favorisé par des aides financières importantes. Il ne s’agit pas de demander 10 enfants par femme, mais d’assurer tout simplement au moins le renouvellement des générations, ce qui suppose 2 ou 3 enfants minimum. sans jeter le discrédit sur celles qui n’en ont pas. S’il y avait une vraie reconnaissance (une vraie retraite assurée pour toutes les mères, au foyer ou non), des avantages (transports gratuits avec une carte « mère de famille »), des réductions, bref de réels avantages, on irait dans le bon sens. Pour avoir eu une mère dévouée et méritoire, je peux témoigner qu’elles le méritent amplement.

  2. Toujours pas ? Dire que le danger est qu’ à force de ne pas avoir d »enfant et attention je ne jette pas la pierre à ceux qui pourraient en avoir, mais dans quelle société vivraient ces enfants ? Avec tout ce qui se passe dans les crèches, les centres de loisirs, plus grand devant les collèges , lycées, les « agressions gratuites », pour les parents, difficulté d’avoir une place en crèche, un logement social que nous finançons pourtant par notre épargne, la politique anti natalité pour les pseudos riches, ont fait que dans notre camp, toujours moins d’enfant, sans compter la hausse de l’IVG
    Et de l’autre côté, toujours plus d’enfant, toujours plus d’aide, toujours plus, qui fera qu’à un moment nous serons en minorité c’est inquiétant
    C’est bon là ?

  3. Le problème démographique qui va se traduire par un grave déficit d’enfants n’est pas un phénomène
    passager mais une lame de fond qui a commencée il y a déjà quelques décennies mais qui va se prolonger
    sans savoir, ni être sûr, qu’il y aura un retour en arrière. C’est un véritable malaise de civilisation, de perte
    de repères et de confiance en l’avenir, mais qui agit sournoisement sur chacun de nous sans que nous
    puissions le nommer, voire même en prendre conscience … Les politiques pourront faire ce qu’ils veulent,
    ils n’arriveront pas à inverser la tendance avec des « mesures sociales » ou des « primes », il y a un désenchantement général dû aux politiques mondiales qui font que l’avenir n’est que sombre et inquiétant,
    dû, justement, à ces mêmes politiques incapables de trouver les chemins de la Paix et dont le premier souci
    est de s’armer toujours plus et encore plus ! Comment penser l’avenir dans un tel contexte ? A cela s’ajoute
    le problème de la démographie mondiale qui dépasse les 9 milliards ( 2,5 milliards en 1950 ) et continue de
    progresser, car il faut voir le problème global et non au niveau d’un pays comme chez nous où les manquants sont remplacés aussitôt par de nouveaux arrivants, phénomène qui va s’amplifier.(Selon les sociologues sérieux, la Terre est faite pour supporter économiquement 4 à 5 milliards d’individus).
    Méfions-nous des discours des optimistes qui nous ont déjà mis dans cette situation dont on ne pourra
    malheureusement plus se relever ! Moi je suis à la fin de ma vie, mais je plains ceux qui sont derrière moi !

    • Le dire nous fait censurer mais nous avons des yeux et nous savons, il n’y qu’à sortir ou aller dans les services hospitaliers voués à la maternité et voir qui porte un enfant…….
      Et des gamins pas éduqués, qui trainent dans les rues trop tard, donc certains sont un cauchemar pour les enseignants (et les autres élèves)

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