Qui veut la peau de Cyril Hanouna ?

Capture d’écran (4323)

C’était l’événement de la semaine, sur France 2. Un Complément d’enquête entier consacré au phénomène Cyril Hanouna. Impossible d’être passé à côté. L’émission était « teasée » depuis des mois à grand renfort de tweets, de bandes-annonces et d’interviews accordées par sa réalisatrice Virginie Vilar à toutes les antennes du service public et leurs médias amis. Rien à voir avec le maigre relais dont avait bénéficié le numéro précédant sur l’insoumise Sophia Chikirou, sorti à la va-vite dans le but de contredire les accusations de biais gauchiste portées à l’encontre de l’émission. Pour Hanouna, c’était d’une tout autre dimension. On nous promettait « des témoignages inédits, des documents exclusifs, le résultat d’une enquête de plusieurs mois ». Bref, on allait voir ce qu’on allait voir.

Une enquête qui fait pschitt

Hélas, on n’a rien vu du tout. L’émission a certes fait un carton d’audience, mais ne nous a rien appris. Aucun scoop croustillant, pas la moindre info à se mettre sous la dent. Que dalle, nada, wallou, comme dirait Cyril. Celui-ci aurait un comportement de racaille et n’hésiterait pas, en privé, à décrocher son téléphone pour insulter ou menacer ses ennemis ? D’autres médias l’avaient déjà dénoncé. Ses chroniqueurs se contenteraient de répéter en plateau des phrases qui leur ont été dictées en amont ? La belle affaire. L’animateur gagnerait beaucoup d’argent ? Tant mieux pour lui. Son émission rapporterait des fortunes en recettes publicitaires ? On s’en doutait. En désespoir de cause, la journaliste de Complément d’enquête en a été réduite à éplucher les comptes d’Hanouna pour, finalement, découvrir au terme d’une longue investigation qu’il avait usé d’un stratagème financier lui permettant d’échapper à la TVA sur l’essence et, ainsi, faire la scandaleuse économie de… 1.000 euros. La malheureuse a eu beau ponctuer son « enquête » de musiques de fond toutes plus angoissantes les unes que les autres, ses révélations soi-disant explosives ont fait l’effet d’un pétard mouillé. Et que dire des méthodes employées par Virginie Vilar pour couler le trublion de C8… Entre le recours incessant à des sources anonymes, l’emploi pernicieux du conditionnel et la diffusion de conversations téléphoniques enregistrées à l’insu de ses interlocuteurs, ce n’est pas avec ce numéro de Complément d’enquête que la reporter de France Télévisions remportera le prix Albert-Londres.

Une enquête anti-Hanouna, mais surtout anti-droite

Pourtant, la jeune femme l’affirme : « C’est l’enquête la plus compliquée de toute ma carrière. » La plus creuse, aussi. Mais après des mois de labeur, des équipes entières mobilisées et, dit-on, la somme rondelette de 300.000 euros investis dans la production de ce numéro, il fallait bien diffuser quelque chose. Aussi, l’envie de se payer Hanouna était trop forte pour reconnaître que cette émission médiocre n’avait pas lieu d’être. Car Virginie Vilar s’inscrit dans cette grande famille de journalistes de gauche qui se croient investis d’une mission. Son compte X laisse d’ailleurs peu de doute quant à son engagement politique : féminisme bon teint, écologisme convenu, retweet des blagues vaseuses de Guillaume Meurice (6), partage des posts de ses confrères à Mediapart… Il ne manquait plus que la dénonciation d’une figure médiatique « populiste ». C’est désormais chose faite.

Au-delà de l’animateur star de C8, c’est autre chose, que l’on cherchait à abattre ici. Dès les premières secondes du générique, l’ennemi était désigné : Bolloré. Son nom a ensuite été prononcé tout au long du documentaire, à la manière d’une puissance occulte et malfaisante dont Cyril Hanouna ne serait finalement que le valet servile. « C’est quelqu’un qui est totalement soumis à son milliardaire !, a ainsi témoigné le très objectif Louis Boyard. Moi, je ne suis pas en guerre contre Cyril Hanouna ; au contraire, je suis pour un mouvement de libération de Cyril Hanouna. Je veux que Bolloré n’ait pas autant de poids. » Un ancien dealer de drogue cité comme témoin-clé d’une enquête de service public, il fallait oser.

Mais c’est en fin de soirée que l’émission a réellement tourné à la farce, lorsque le présentateur Tristan Waleckx a reçu dans l’emblématique fauteuil rouge un invité inattendu : Booba. L’interview avait été réalisée quelques jours plus tôt à Miami où réside le rappeur. Devant son poste, le contribuable était heureux de constater que ses impôts servent à financer des déplacements vraiment indispensables et à recueillir la parole de grands experts… « Cyril pétait plus haut que son cul ! », a lâché l’invité avec l’élégance qu’on lui connaît. Sous le regard approbateur de son interlocuteur, Booba a ensuite poursuivi sa diatribe châtiée, reprochant notamment à Hanouna de recevoir sur son plateau les « fachos » Éric Zemmour et Jean Messiha. « Il donne trop la parole à l’extrême droite ? », l’a alors relancé Tristan Waleckx, aux anges. « Vous pensez que s’ils étaient encore vivants, Hitler ou Mussolini seraient invités sur TPMP ? » Un grand moment de journalisme. Pour finir en beauté, l’animateur a invité Booba à adresser un ultime message à Vincent Bolloré. « Je lui demanderais de rétablir le vrai journalisme. À chaque fois qu’on allume la télévision, c’est rempli de mensonges et de propagande. ». On ne saurait mieux dire…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/12/2023 à 14:45.
Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Dans ce genre d’émission il faut être blindé car on ne sait jamais ci c’est du lard ou du cochon . Les flatteurs et les moqueurs se conjuguent et soufflent des vents toujours du côté du plus fort et pour le coup c’est Bolloré car la paye n’est pas loin tout comme le JDD celui qui paye voit avant tout son affaire.les temps changent

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