Editoriaux - Politique - Réflexions - 8 juin 2019

Seule la nation est progressiste !

Peut-on opposer progressisme et nationalisme ? La question en soulève nécessairement deux autres, une question préliminaire et une question méthodologique.

La question préliminaire porte sur l’antonyme supposé : s’agit-il bien d’une véritable antonymie ? Évidemment non, car rien n’empêche que le progressisme soit ou se dise nationaliste. En réalité le progressisme est une méthode et le nationalisme un constat et/ou une conviction. Si on transposait au domaine médical ce serait tout aussi dépourvu de sens que d’opposer une thérapeutique à l’anatomie ou la physiologie. Et donc, avant de proclamer de telles antonymies, il faut bien maîtriser le vocabulaire sauf à proférer des psittacismes ridicules. Tout discours doit être pesé dans ses termes car les méthodes de communication modernes les pérennisent et il demeure à jamais : verba manent !

La deuxième question, méthodologique, porte sur la notion de progressisme elle-même. Cela vaut pour ce pape (aussi sur le nationalisme) et pour ce président qui devraient toujours avoir leur petit Larousse sous la main. Que dit cet outil jadis incontournable de la dialectique et de la rhétorique et désormais bien trop oublié ? Que le progressisme est ”le comportement de ceux qui estiment qu’une profonde transformation des structures politiques et sociales permettra une amélioration des conditions de vie et une plus grande justice sociale ”. Ou encore la ”tendance de ceux qui cherchent à faire bénéficier le plus grand nombre de personnes des progrès scientifiques et techniques” et la ‘‘doctrine de ceux qui croient au progrès moral de l’humanité ”. Ainsi rien n’interdit de penser – bien au contraire, comme on le verra plus bas – que la ”structure politique améliorant la vie et la justice” c’est la Nation. La gauche politicienne, lorsqu’elle existait encore, avait accaparé l’idée du progressisme en vertu de son ignorance politique et de sa méconnaissance de Marx.

Ignorance politique d’abord car avant de devenir un leitmotiv de la langue de bois de l’extrême gauche et de la gauche, le Progrès, des Encyclopédistes et des Lumières, fut un des grands thèmes de la Troisième République, des modérés aux marxistes (Agulhon, La République : de Jules Ferry à François Mitterrand : 1880 à nos jours, Hachette, 1990) qui tenteront, notamment en URSS, d’en faire leur monopole.

Méconnaissance de Marx, ensuite, qui écrivait pourtant que le progrèsnotamment technique, peut être mêlé de décadence : ”… Nous voyons que des machines, dotées de merveilleuses capacités de raccourcir et de rendre plus fécond le travail humain, provoquent la faim et l’épuisement du travailleur. Les sources de richesse récemment découvertes se transforment, par un étrange maléfice, en sources de privations [] La domination de l’homme sur la nature est de plus en plus forte, mais en même temps l’homme se transforme en esclave des autres hommes et de sa propre infamie. Il n’est jusqu’à la lumière limpide de la science qui ne puisse briller que sur le fond ténébreux de l’ignorance. Toutes nos inventions et nos progrèsréduisent la vie humaine à une force matérielle brute. ”(Marx, Les révolutions de 1848 et le prolétariat, 1856).

Que diraient les Gilets jaunes de la définition du Larousse ? Que la ”profonde transformation des structures politiques et sociales  qu’on leur impose (depuis Bruxelles), les mène à subir à l’inverse  “une dégradation des conditions de vie et une plus grande injustice sociale ”. Et donc le parfait antonyme du progressisme c’est bien le macronisme tel que nous le voyons. Seule la nation est progressiste car elle est le cadre naturel de la démocratie, de l’économie, ces bien communs, et de la solidarité, le seul espoir des plus fragiles. Et c’est la Nation souveraine qui choisit le type de progrès qu’elle veut.

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