Editoriaux - International - 22 juin 2019

Qui ne voit la dialectique de Donald Trump dans sa conduite des affaires du monde ?

La presse parisienne se perdant en conjectures sur la politique américaine fait intervenir ses « experts » pour tenter enfin de la décoder. Pendant des mois et des mois, les médias des lobbys nous avaient tout dit sur Trump : qu’il était « un nouveau Madoff » (Attali bien sûr), que ce serait un désastre économique en six mois (prix Nobel d’économie dixit), la guerre partout et que, de toute façon, il ne terminerait pas son mandat, sa destitution étant imminente. Pensez donc : cet homme sans expérience politique, le milliardaire kitch, peint en orange, dont la femme godiche a un accent étranger, le fils de 10 ans porte ridiculement des cravates, qui s’en prend à l’héritage Obama, veut rompre avec la religion révélée du « multilatéralisme », est l’obligé des Russes et aurait fait des orgies avec les femmes de mauvaise vie… Que reste-t-il des feuilletons des « journalistes » et de l’expertise des « experts » à 500 jours de la possible réélection de cet homme hors normes ?

Il n’y a plus guère que deux sujets péri-trumpiens qui tiennent (à juste titre) le monde en haleine : la Chine et l’Iran. Les citoyens européens feraient bien d’y ajouter ceux qui les concernent du plus près : l’avenir compromis du Système bruxellois, de l’euro et de l’Europe-continent sur fond de crise ukrainienne. On regrettera, au passage, que le Conseil européen ait cru bon, à quelques jours de la mise en place d’un Parlement bien différent de l’ancien, de reconduire stupidement les sanctions contre la Russie. Une bonne affaire pour la consolidation du bloc Chine-Russie dont l’Europe a tout à redouter !

Sur le conflit commercial engagé avec la Chine, peu de commentateurs désormais (à part le VRP Raffarin) soutiennent que Donald Trump fait fausse route, même si certains estiment – à tort – que les États-Unis ne peuvent pas gagner.

Reste l’Iran. Rappelons que Donald Trump a dénoncé l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien et accru de fortes sanctions. Le Parisien (21 juin) titre que « Trump prend le risque de l’escalade », redoutant « un conflit involontaire dans cette région-poudrière où tout départ de feu devient vite incontrôlable ». Le quotidien ouvre ses colonnes à des universitaires dont les analyses, souvent exactes, étaient faciles à établir car Donald Trump annonce clairement ce qu’il veut à long terme : comme le dit justement Dominique Moïsi : « Trump a pu mettre d’accord ces deux pays [Israël et l’Arabie] que tout oppose. Il compte leur donner les clés du Moyen-Orient et s’en retirer progressivement pour mieux se concentrer sur sa priorité : la confrontation stratégique avec la Chine. » Il omet de préciser que, en Syrie et en Turquie, la Russie aura désormais un rôle nouveau et majeur.

On ne fera que signaler l’opinion de Mme Bacharan, aux fonctions universitaires moindres, et qui a des relations suivies avec le New York Times, CNN et le Washington Post. Trump, selon elle, est « impulsif et simpliste […] n’anticipe jamais ses prises de position brutales, navigue entre ses contradictions […] est embarqué dans une escalade des tensions […] vers une guerre dont il ne veut pas […] les Iraniens l’ont compris et ont interprété sa décision de ne pas frapper le pays comme un recul de sa part ». Pour Jean-Éric Branaa, jeune universitaire : « La stratégie de Trump face à l’Iran, c’est de se rendre incompréhensible. » Non : ce n’est là que sa tactique générale en tous domaines. Les appréciations sur les tactiques à court terme ne doivent pas dissimuler les deux idées de fond de Donald Trump : empêcher que la dictature islamique iranienne, qui finance des milices chiites armées un peu partout, puisse accéder à la bombe atomique. Réduire l’entreprise de destruction économique puis de domination politique mondiale par la dictature chinoise. Qui ne comprend pas cela ? Qui ne s’en félicitera pas ? Ne sutor ultra crepidam (NDLR : « que le cordonnier ne juge pas au-delà de la chaussure », proverbe latin tiré de Pline l’ancien).

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