Editoriaux - Politique - 28 septembre 2019

Que de larmes, que de larmes…

Chirac : les éloges unanimes et mièvres qui le couvrent cachent quand même quelques vérités dérangeantes.

Ils pleurent tous. Sans retenue aucune. Sincères ?

Quand un homme meurt, il n’est pas décent de cracher sur sa tombe. Mais est-on contraint, pour autant, de pleurer avec les pleureuses de circonstances ? Personne ne manque à cette cérémonie funèbre lacrymale : gauche, droite, centre, extrême droite, extrême gauche. On n’entend que le bruit assourdissant des mots répétés : il était grand, généreux, proche des gens, il était la France, il était courageux.

Dans cette marée envahissante d’eau bénite mêlée à du sirop d’orgeat qui submerge le cercueil du défunt, une mention spéciale revient au président de la République. Parlant de lui, il a dit : « Il aimait la France autant que nous l’aimons. » Du temps de l’Union soviétique, « l’homme que nous aimons le plus au monde », c’était Staline, selon le Parti communiste français. Au temps de la Macronie, « l’homme que nous aimons le plus au monde », c’est Chirac, selon Macron.

Je ne l’aimais pas beaucoup. Et je n’ai pas souvenir qu’il m’ait jamais témoigné la moindre marque d’affection. Quelques dates intéressantes jalonnent sa carrière. En 1974, il trahit le gaullisme en assassinant politiquement Jacques Chaban-Delmas et en faisant élire Valéry Giscard d’Estaing. Reconnaissant, ce dernier fera de lui son Premier ministre. En 1976, il trahit celui pour qui il avait appelé à voter en le désignant comme le représentant du « parti de l’étranger ». En 1981, il donnera le coup de pouce qui permettra d’élire Mitterrand et de faire battre Valéry Giscard d’Estaing.

À part ça, il était plutôt sympathique. Les Français (très) moyens étaient ravis d’apprendre qu’il mangeait de la tête de veau sauce ravigote et qu’il arrosait ce plat symbole de la francitude populaire avec de la bière Corona™. Ses formules allaient au plus profond d’un pays qui raffolait de la poésie des casernes : « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. »

Ainsi, Chirac était devenu le pote de ces Français qui se tapaient des bières dans les campings avant de se taper leur femme ou leur compagne sous la tente. L’homme au bermuda si bien campé par Philippe Muray. En plus, il était proche de nos campagnes et nos paysans car il n’avait pas son pareil pour tâter le cul des vaches. Et pas seulement celui des vaches….

L’amour, Chirac le concevait en fait à la hussarde. La culbute immédiate. Rapide et efficace. Un homme qui aimait à ce point les femmes ne pouvait être détestable aux yeux des Français fascinés par ses prouesses amoureuses. Même ses « trois minutes, douche comprise » immortalisées par les dames de la rue de Lille ne lui firent pas du tort. Certes, concédait-on, il était un peu expéditif mais tellement fougueux… On vous le dit, Chirac, c’était un gars sympa.

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