Quand un préfet stigmatise les « Kylian » et les « Andréa »

Ce trait d’humour préfectoral rappelle d’autres campagnes où les contrevenants avaient déjà des prénoms étonnants.
Capture d'écran X Préfecture de la Loire
Capture d'écran X Préfecture de la Loire

Un serviteur de l’État ne devrait pas tweeter ça. Le 20 août, le compte officiel de la préfecture de la Loire a publié, sur X, un étonnant « avis de recherche ». « À tous les "Kylian" et les "Andréa" de nos routes », débutait le message. Suivait une longue liste de mauvais comportements : absence d’arrêt au stop, usage délictueux du téléphone au volant, non-respect de la priorité à droite… Le tweet se concluait par un rappel cinglant : « Le Code de la route s'applique à chaque mètre parcouru, sans exception ! » Les Kylian et les Andréa apprécieront cette attention.

Cette plaisanterie n’a manifestement pas fait rire tout le monde. « D'où sortent ces deux prénoms ? Parce qu'en ce qui me concerne, ce ne sont pas ces deux prénoms qui me viennent naturellement à l’esprit », a commenté un internaute. « Que des prénoms européens… Vous êtes des racistes anti-Blanc ? », s’est inquiété un autre. Sur X, le lanceur d’alerte Damien Rieu a posé une question des plus légitimes : « Et pour les cambriolages, les vols et les agressions sexuelles, on peut avoir les prénoms ? »

Une polémique qui en rappelle d’autres

Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, et celle-ci tend malheureusement à s’éterniser. Lorsqu’il s’agit de choisir une population à railler, les Français de souche font des dindons parfaits. Ils n’existent pas, paraît-il, mais chacun connaît parfaitement leur faciès et leurs prénoms. En novembre 2023, Île-de-France Mobilités et la SNCF avaient lancé une campagne contre les incivilités dans les transports. Le personnage choisi pour représenter l’ensemble des importuns avait largement indigné. Il s’agissait d’une femme entre deux âges, d’allure bourgeoise et prénommée… Séverine. « Ben voyons ! Comme chacun sait, c’est Séverine qui nous emmerde avec ses lasagnes dans les transports ! », avait alors ironisé le militant patriote Stanislas Rigault.

Le problème s’était aussi retrouvé l’année précédente à Toulouse, dans une campagne de sensibilisation contre le harcèlement et les violences faites aux femmes. Dans le rôle de l’agresseur en chef, un homme blanc prénommé « Paul »… Le collectif féministe Némésis avait dénoncé ce déni du réel et avait détourné le visuel toulousain en proposant une version un peu différente.

La stigmatisation autorisée

Notre société est décidément celle du mensonge permanent. À la télévision, sur les panneaux d’affichage, dans les communications des autorités publiques, tout est fait pour cacher la réalité. Chacun sait, pourtant, que ceux qui hurlent au téléphone dans les transports, ceux qui commettent des « incivilités », ceux qui harcèlent dans la rue, ceux qui conduisent sans rien respecter ne se prénomment pas forcément Paul, Séverine ou Andréa. Mais on ne donnera pas les petits noms des contrevenants habituels ni leur profil vestimentaire ou ethnique. Dans la presse non plus. On s’en gardera bien, afin de ne surtout pas les « stigmatiser », ces pauvres chéris. On se refusera à communiquer leurs prénoms - comme dans l'affaire du meurtre de Thomas à Crépol - on on leur fournira des alias moins exotiques - comme dans l’affaire du meurtre d’Elias à Paris. Sauf qu’à force de vouloir à tout prix épargner certains profils de délinquants, on finit par en stigmatiser d’autres injustement.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

49 commentaires

  1. « les autorités » çà ? de vulgaires propagandistes biberonnés à la culture « soixante-huitarde »

  2. Ce préfet est plein d’idées.
    Fera-t-il la leçon sur les refus d’obtempéré ?
    Pour le choix des prénoms, c’est simple. Qu’il consulte les rapports de police.

  3. Plus personne n’est dupe de la lâcheté des autorités, mais quand dans notre pays on pourra nommer un chat un chat, les choses iront beaucoup mieux !

  4. Il n’y a qu’en Europe qu’on ne donne pas les noms et prénoms des criminels et des délinquants, ou qu’on les maquille, pour « ne pas stigmatiser ». Ailleurs, on craint moins la réalité.

    • Dans les pays anglo-saxons et leurs ex colonies. Singapour emirats Brunei.
      La presse a obligation de donner l’âge, la profession, la nationalité et le prénom des mis en cause dans un fait divers

    • Cela date en France de 2000. Toute la gauche a voté pour, la droite n’a pas brillé en s’abstenant.

      La loi Guigou a profondément durci la protection de la présomption d’innocence en France.
      Elle a interdit la diffusion de photos de personnes menottées avant leur condamnation.
      Elle a donné aux citoyens des outils juridiques beaucoup plus puissants pour attaquer les journaux en justice en cas d’atteinte à leur réputation avant un verdict définitif.

      Pour ne plus risquer des procès coûteux en diffamation si un suspect était finalement relaxé, les rédactions ont commencé à systématiser l’usage des initiales ou de l’anonymat.
      Ils utilisent souvent des prénoms d’emprunt pour rendre le récit plus vivant et ce sont toujours des prénoms du terroir pour ne stigmatiser aucune population étrangère ou d’origine étrangère.

  5. Et rappelez-vous de cette publicité pour un système d’alarme : une maison habitée par une famille de la « diversité » et un voleur mâle blanc de plus de 50 ans. L’inverse aurait été raciste, évidemment. D’où l’à plat ventrisme de ce préfet. Tout est dit…

  6. Une suggestion, Monsieur le Préfet non stigmatisant.
    Remplacez les prénoms par des majuscules suivies d’un point.
    Par exemple : M. ou K. ou J. ou encore F.
    Ainsi, tout le monde comprendra à qui vous vous adressez si courageusement

  7. C’esr sûr que c’est au cours du mariage de Kilian et Andréa qu’ont eu lieu des rodéos en voiture entre la mairie et la mosquee, oh pardon entre la mairie et l’église.
    Et pourquoi pas un François-Xavier, puisque tel est son prénom ?
    A force de ne pas nommer on est dans le déni, on exonère les vrais auteurs et on sitgmatise ceux qui ne font rien.
    Pas fou le préfet, il est dans la ligne du parti et prépare l’après mai 2027, des fois que…..
    Ce sont ces petites lâchetés quotidiennes qui permettent d’escalader l’échelle administrative et qui font que ça continue.

  8. De plus, M. Le Préfet stigmatise et met l’accent sur certains. Je croyais (je suis un grand naïf) que ça ne se faisait pas de stigmatiser en mettant les uns en cause plus que les autres. On m’aurait menti ? Ou a minima pas précisé ce qui était permis et ce qui ne l’était pas.

  9. Je note qu’il y a eu : Kévin et Matteo et maintenant Kylian et Andrea. Mais, jamais, Georges ou François ou Guillaume ou Jean ou Alain, …

    • Encore un courageux qui veut garder son poste et ne pas appeler un chat…un chat. On sait tres bien ou sont ces délinquants…mais chut

  10. Le Préfet de la Loire croit pouvoir abuser son monde en parlant de Kylian ou d’Andrea pour évoquer les auteurs de délits routiers… Ce Préfet nous prend soit pour des niais, en réalité je pense à un autre mot, soit il est d’une ignorance crasse et il devrait s’intéresser à ce que constate les policiers et gendarmes sur le terrain ou ces délits sont commis. A titre perso, mais je fais peut-être un procès d’intention, je pense que le Préfet de la Loire sait parfaitement ce qu’il se passe mais s’emprisonne dans le politiquement correct qui permet en macronie de poursuivre une carrière prestigieuse! Un ancien patron des préfets et éphémère candidat à la présidentielle avait parlé de « Kevin » et de « Matteo » pour évoquer des fauteurs de trouble et avait accusé de façon péremptoire les supporters anglais au cours d’une finale au Stade de « France » entachée de troubles d’après matches… Seuls ceux qui refusent de voir les choses telles qu’elles sont, ainsi que les gauchistes de LFI, vont apprécier la « sortie » de ce Préfet macroniste… Ce préfet ménage à sa façon Mélenchon en vue du 2e tour de 2027.

  11. Ce n’est pas du « racisme anti blanc » comme le dit un internaute. Simplement, stigmatiser les blancs est sans risque, voire « tendance » (même si c’est injuste et hors sujet). C’est seulement de la lâcheté…

    • Et rappelez-vous cette publicité pour un système d’alarme : une maison abritant une famille de la « diversité » et un voleur mâle blanc de plus de 50 ans. L’inverse aurait été raciste, évidemment. D’où l’à plat ventrisme de ce préfet, sans doute. Tout est dit…

  12. au sujet des « campagnes d’INFO », il faut juste se rapeller de ce qu’avait celle qui « dirige » FRANCE Télévision …
    « On est là POUR faire voir comment on veut que la France soit ! … »

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