Dans le Thalys, en août 2015, on avait eu trois héros américains façon GIs, neutralisant le djihadiste dont l’arsenal de mort menaçait la vie de dizaines d’innocents.

Avec Xavier Jugelé, en avril 2017, le policier tué sur les Champs-Élysées, dont la mort fut pleurée en public par son compagnon, on avait la preuve qu’un Français aussi peut être héroïque, et qu’un "gay" peut être viril et courageux.

Avec le colonel Beltrame, converti au catholicisme, qui allait se marier à l’église, et qui a offert sa vie à la place de celle d’une femme en mars dernier, on apprenait qu’on peut être catho, hétéro mais non macho, attaché aux traditions et cependant un héros.

Avec Mamoudou, on attaque le dur. La démonstration est : on peut être un clandestin et être un héros.

Très bien. Pour une fois que ce n’est pas sur son cercueil qu’on récompense un héros mais dans un canapé moelleux de l’Élysée, on est content. Rien à dire, fermez le ban.

Sauf que cette récompense n’est pas, comme dans le cas des héros américains, une simple décoration mais un titre de séjour immédiat précédant sa naturalisation.

Et que les centaines, pour ne pas dire des milliers, de clandestins frappant à la porte de l’Europe font, comme l’a dit Gérard Collomb, leur « benchmarking ». Dans le supermarché Europe, ils choisissent le rayon en fonction des prix. Or, la naturalisation expresse, c’est le prix d’excellence direct. Tous à l’entraînement !

Et sauf que ça crée, en droit, pour les clandestins présents sur notre sol, un précédent...

Ainsi, un jeune Tunisien, Aymen, menacé d’expulsion après cinq ans de démarches, arguant du fait qu’il a sauvé deux enfants des flammes en 2013, veut que son cas soit réexaminé. Son avocat demande, avec une certaine logique, s’il y a « une hiérarchie des actes de bravoure ».

Mais il y a plus. Le jeune Mamoudou, pour être naturalisé, doit avoir un métier : il en aura un dans la foulée, ou presque. La semaine dernière, il a signé un contrat de dix mois dans le service civique des sapeurs-pompiers de Paris, sans examen préalable. Certes, il a prouvé son aptitude physique et son courage, mais fallait-il lui faire ainsi brûler les étapes ? Par ailleurs, le général Jean-Claude Gallet, commandant la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, qui l’a accueilli, a rappelé que « 21 jeunes Français sont morts au combat au Mali pour préserver la liberté du peuple malien ».

Comment éviter de penser à la possible amertume des proches de ces jeunes Français qui ont donné leur vie à leur pays, là-bas, quand lui est bien à l’abri ici ?

Enfin, de manière générale, on peut penser que récompenser ceux qui sont hors la loi est anti-éducatif. Cela rappelle l’initiative décoiffante de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, à la rentrée 2016 : une prime de 600 euros pour les « décrocheurs » scolaires s’ils daignaient revenir !

On voudrait inciter à la désobéissance qu’on ne s’y prendrait pas mieux, dites-vous ?

Allons, détendez-vous et « pensez Mai 68 ». La banderole « Il est interdit d’interdire » se déploie. En fond sonore, une voix douce chante « C’est une maison bleue, adossée à la colline… On ne frappe pas, on y vient à pied, ceux qui vivent là ont jeté la clé. »

Dans certains mariages on jette le bouquet nuptial à la foule.

Là, on vient de lui jeter la clé de la maison France, et c’est à qui l’attrapera en sautant le plus haut.

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4 juin 2018

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