Après la nomination d’un gendarme au poste de proviseur, voici des chefs d’établissement de l’académie de Versailles qui effectuent un « stage de gestion de crise » dans un camp militaire. De quoi horripiler ceux qui font une crise d’urticaire dès qu’on leur parle de l’. Un contributeur du Club de Médiapart évoque même un « stage commando », une « formation paramilitaire », un « tournant sécuritaire » directement inspiré par « des représentations traditionnelles de l’ ». C’est tout juste si la nouvelle rectrice n’est pas accusée d’avoir un faible pour l’uniforme ! Il faudrait peut-être savoir raison garder.

Ce type de stage existe depuis les attentats de 2015 : comme en 2016, au centre de formation de la gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne), ou, en 2017, à l’école de gendarmerie de Rochefort (Charente-Maritime). Cette fois, il s’agit du camp militaire de Beynes (Yvelines), loué pour l’occasion. Et rien à voir avec l’agression d’une enseignante mise en joue par un élève, puisque les inscriptions ont eu lieu bien avant.
Le Parisien décrit la vie d’une quarantaine de chefs d’établissement, pendant quelques jours : port du treillis, en rangs par deux, marche au pas, course à pied, pompes, passage de tyrolienne… Ce n’est pas de tout repos, mais ils sont tous volontaires. Ce qui énerve le plus les allergiques à l’armée, c’est ce côté militaire : lever des couleurs, à 7 h 30, extinction des feux, le soir. Pire : ils se commettent parfois, pour se donner du cœur à l’ouvrage, à chanter ensemble. Pourvu que ce ne soient pas des chants de paras ! Ces proviseurs et ces principaux sont certainement des fachos, qui veulent mettre au pas élèves et professeurs…

Car l’extrême met en doute l’objectif de ces formations. Les attentats, les tueries de masse ne seraient que des alibis ; les intrusions de délinquants ou de parents virulents, un produit de l’imagination ; quant aux élèves violents, c’est un fantasme et une pure invention ! Non ! On veut donner une réponse policière, voire militaire aux troubles inhérents aux établissements scolaires, alors qu’il suffirait de recruter plus de personnels. Mais attention ! La caporalisation dans l’ nationale ne s’arrêtera pas aux seuls élèves !

On peut trouver ridicules les modalités de cette formation, qui tient plus du jeu de rôle et de l’épreuve sportive que de la gestion de crise, censée « sortir [les participants] de leur zone de confort et souder les équipes ». Mais de là à accuser les autorités publiques de vouloir faire de l’école une caserne ! Voyez les remous provoqués par la seule idée d’imposer aux élèves un uniforme !

Ironie de l’Histoire : c’est qui, en 2016, signa avec le ministre de la Défense un protocole Défense/Éducation. L’imaginez-vous en gendarmette, traitant élèves et enseignants comme des bidasses en folie qu’il faudrait mener à la baguette ?

Les réactions négatives à la nomination d’un chef d’escadron comme proviseur, ou à ce type de formation pour les chefs d’établissement, sont surtout idéologiques. Si l’on doit reprocher quelque chose à nos gouvernants, anciens ou récents, c’est de toujours s’attaquer aux symptômes et non aux causes. Car, mis à part des actes terroristes, qui doivent être à tout prix empêchés, lutter contre la à l’école sera un travail de Sisyphe tant qu’on pratiquera une laxiste à l’égard des fauteurs de troubles.

L’introduction d’un peu de discipline, autrement qu’en paroles, le port de l’uniforme, le soutien systématique de la hiérarchie à l’égard des professeurs qui accomplissent leur mission pourraient améliorer la situation. Je n’ose pas suggérer la levée des couleurs, dans la cour, une fois de temps en temps : je me ferais traiter de « lépreux nationaliste ».

9 novembre 2018

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