Accueil Discours “Le programme commun que je propose n’est pas une addition de mesures mais un chemin vers la puissance”

“Le programme commun que je propose n’est pas une addition de mesures mais un chemin vers la puissance”

L’historien Arnauld Cappeau propose, dans son livre Une droite (enfin) utile, un programme commun de la droite, sorti en janvier chez VA Press, un discours original, clair et courageux afin de remettre la droite en ordre de marche et offrir au pays le sursaut dont il a tant besoin. À travers cette interview, nous nous proposons de revenir sur quelques aspects essentiels de son essai.

La question de l’union des droites n’est pas nouvelle, mais se pose avec une acuité de plus en plus forte. En 2016, le maire de Béziers avait lancé un collectif “OZ ta droite” et, plus récemment, la plate-forme Les Amoureux de la France tente de proposer également un programme commun. Quelles ont été vos ambitions en écrivant ce livre ?

C’est vrai, la question de l’union des droites n’est pas nouvelle, mais n’a jamais été réalisée, sauf si on considère l’UMP comme une expérience d’union, fort peu concluante par ailleurs. Cela dit, ce n’est pas précisément ce que je propose dans mon livre, non pas qu’elle ne m’intéresse pas, mais elle est irréalisable. Je pars donc d’un raisonnement inverse : ce n’est pas par les hommes et les femmes que se fera une “union”, mais par un programme commun, un peu à l’image du Programme commun de la gauche des années 1970 qui a conduit Mitterrand (la question de l’incarnation de ce programme ne s’est réglée que très tardivement) au pouvoir en 1981 et qui a imposé – surfant aussi sur la vague Mai 68 – une domination idéologique très forte de la gauche jusqu’au début des années 2010. Les initiatives que vous citez ont leur intérêt, surtout si elles partent de la société civile. Le programme commun que je propose – et c’est là mon ambition en tant que citoyen, contribuable et patriote – n’est pas une addition de mesures mais un chemin vers la puissance.

Votre essai propose un programme large et parfois très précis. Mais un positionnement politique ne se réduit pas à un programme. Quel est, selon vous, le corpus idéologique de la droite : ses valeurs, ses mythes, ses icônes qu’elle se doit de garder ou de retrouver ?

Être de droite, c’est sans doute être pessimiste sur la nature humaine ou, du moins, ne pas se bercer d’illusions. Etre de gauche, c’est être au mieux naïf, au pire hypocrite et cynique. Mais ce qui distingue surtout la gauche de la droite, c’est la volonté de puissance. La gauche, singulièrement dans sa version francophobe, travaille activement à l’impuissance (impuissance des forces économiques bridées et corsetées, impuissance d’un Etat obèse, impuissance organisée des forces de l’ordre, laxisme de la Justice, police de la pensée traquant le patriotisme…). La droite doit, au contraire, se fixer des objectifs de puissance ; la France peut et doit redevenir la première puissance en Europe. Cela passe d’abord par une cohésion interne aujourd’hui gravement menacée par des forces centrifuges liées au communautarisme (lui-même lié à une immigration hors de contrôle), à l’Union européenne émolliente, aux égoïsmes et à l’esprit petit-bourgeois, etc. Cette cohésion peut ensuite être déclinée par des mesures faisant un programme politique : indépendance nationale, arrêt de l’immigration, justice sociale, exemplarité, etc. La droite, plutôt que de courir après des mythes ou des icônes, doit, comme disait le général de Gaulle, faire de la politique à partir des réalités. C’est pourquoi je prends parfois, dans mon livre, des positions inattendues à droite.

Vous êtes professeur d’histoire, docteur et agrégé, et vous développez notamment un long chapitre sur l’École « pour une École restaurée ». Y a-t-il, selon vous, une École de gauche et une École de droite ? Et que faire pour restaurer l’École de la République ?

Il n’y a qu’une École de gauche ! L’idéologie bien-pensante, comme disait George Orwell, a diffusé de partout : dans les programmes scolaires, dans la formation des maîtres, dans la bureaucratie rectorale ou ministérielle. Nous avons perdu le “sens de l’École” : au-delà des résultats très décevants mesurés, année après année, par des organismes indépendants, et malgré les sommes considérables englouties, nul n’est plus capable de dire à quoi doit servir l’École, c’est-à-dire à quel projet collectif de société elle doit répondre. Quant à mes solutions, elles sont dans le livre !

La droite se définit aussi par la notion de conservatisme qui consistait, pour le Premier ministre anglais Disraeli, à “garder ce qui est bien et changer ce qui est mal”. La Constitution de la Ve République héritée du Général constituait – surtout avant la vingtaine de réformes – un socle institutionnel stable et efficace. Vous proposez un mandat présidentiel et législatif de dix ans, la fin du Sénat, le renforcement des pouvoirs de l’Assemblée, l’instauration de « ministres d’équilibre ». Ne faudrait-il pas revenir tout simplement aux institutions de 1962 ?

La droite ne peut pas être que conservatrice. Encore une fois, elle doit être pragmatique avec un objectif de puissance. Les institutions sont un levier de puissance indiscutable. Le Général l’avait bien compris. Oui, certaines réformes institutionnelles sont clairement nuisibles, comme le quinquennat voulu par Chirac et Jospin. Oui, le Sénat ne sert à rien, en tout cas pas à la hauteur de ce qu’il coûte aux contribuables, et de Gaulle envisageait déjà de le réformer en 1969. Ce que je propose dans mon essai vise non seulement à la stabilité, mais aussi à la cohérence et à l’équilibre des pouvoirs. Un pouvoir exécutif qui tient clairement la barre, un pouvoir législatif plus ramassé mais qui exerce un vrai contrôle sur l’administration et l’exécutif, et une autorité judiciaire indépendante de l’exécutif mais responsable devant les citoyens, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Entretien réalisé par Jean-Côme Tihy