La petite Maëlys, le caporal Arthur Noyer… le nom de revient dans plusieurs affaires de disparition non élucidées. Cet homme présente-t-il le profil d’un tueur en série ? Que se passe-t-il dans la tête de ce genre d’individu au moment où il passe à l’acte ? Ce sont les questions que Boulevard Voltaire a posées à Laurent Obertone… et ses réponses font froid dans le dos.

Laurent Obertone, dans l’affaire Maëlys, cette fillette de neuf ans disparue en août dernier lors d’un mariage, Nordahl Lelandais est le principal suspect.
L’ancien militaire présentait une psychologie glaçante, ce sont les mots des enquêteurs.
Son nom reviendrait à présent dans plusieurs affaires de disparition non élucidées.
D’après vous, Nordahl Lelandais présente-t-il les caractéristiques d’un tueur en série ?

Effectivement, il présente d’après moi et sans présumer de sa culpabilité les caractéristiques du tueur en série qu’on appelle désorganisé. Ce sont des individus qui ont une psychologie assez instable. On sait que Lelandais a été mis à pied des Armées parce qu’il avait une psychologie instable.
Ce sont des individus qui passent à l’acte de manière impulsive au gré des circonstances.
Selon la théorie de l’enquêteur, lors de l’affaire Maëlys, Nordahl Lelandais a fait sa connaissance de cette petite fille au cours de cette soirée, il l’a enlevée et on imagine qu’il l’a tuée.
L’affaire du caporal est à peu près identique. Il a rencontré cet individu et ils ont passé plusieurs heures ensemble. Ils ont fait connaissance et ensuite il y a eu la disparition. Leurs téléphones ont borné au même endroit. Les enquêteurs supposent qu’il y a eu le passage à l’acte.
Certains points communs sont assez typiques chez ces tueurs désorganisés. Il n’y a pas de signature criminelle absolue. Les victimes sont très différentes.
Cela rappelle le tueur en série désorganisé Francis Heaulme. Il a ciblé des petits garçons, des retraités, des militaires de 34 ans. C’était des individus qui n’avaient absolument aucun point commun. Il les rencontrait, il sympathisait avec eux, il fraternisait et il passait à l’acte.
Le profil colle tout à fait.
Dès les premières auditions, les enquêteurs ont remarqué qu’il y avait ce profil potentiel. C’est pour cette raison qu’ils ont très vite parcouru et vérifié d’autres dossiers pour savoir si cet homme pouvait être impliqué dans ces dossiers-là.

Quand on lit les rapports des différentes personnes qu’il connaissait, on s’aperçoit qu’elles disent que c’est le ”gentil tonton nono”, le ”petit ami manipulateur violent”, le ”suspect glaçant par son impassibilité”.
Il y a autant de qualificatifs extrêmement éloignés qui le caractérisent.
Est-ce surprenant vu le profil ?

Non, ce n’est pas surprenant car on a toujours à peu près les mêmes sons de cloches. Ce sont des individus capables d’offrir un aspect d’eux-mêmes extrêmement différent au gré des circonstances. Ils présentent des visages tout à fait différents. Les voisins seront souvent très étonnés, la famille tombera des nues et quelques-uns auront remarqué un comportement très inquiétant. C’est une caractéristique assez commune.

Comment un homme comme Nordahl Lelandais qui n’a pas eu a priori une vie violente peut basculer dans le crime du jour au lendemain ?

Quelle que soit la modalité du passage à l’acte, le crime de masse ou le meurtre en série, le point commun est la volonté de puissance qui anime l’individu.
Un long fantasme va tourner en boucle dans le cerveau de l’individu qui est d’ailleurs souvent isolé. Des fantasmes de passage à l’acte vont prendre de plus en plus d’importance. Finalement un jour, par une circonstance particulière, le passage à l’acte va se déclencher.
La spécificité du tueur en série est qu’il ne mise pas tout sur une action qui va le rendre instantanément célèbre. Il préfère rester dans l’ombre et recommencer. Une fois l’excitation de l’acte passé, le fantasme du meurtre va revenir et il va devoir repasser à l’acte.
C’est un circuit infini. Tant que personne ne l’arrête, il va continuer.
Aujourd’hui, on a tendance à se dire que ce genre d’individus ne peut plus exister. Il y a tellement de progrès scientifiques qui ont été faits dans les analyses ADN, la police scientifique extrêmement brillante, etc. Les séries télévisées nous montrent que les enquêtes sont toujours résolues. Mais dans la réalité, ce n’est pas aussi simple. En France, notamment dans le Nord-Est de la France, il y a un certain nombre de tueurs en série. On a du mal à leur mettre la main dessus. Ils agissent souvent d’une manière désordonnée. On a du mal à lier les affaires entre elles. On cherche très longtemps avant d’avoir la chance de trouver des restes humains ou des indices pour pouvoir les inculper.
Vu le profil psychologique de ce genre d’individus, il est peu probable qu’ils prennent la décision d’avouer leurs crimes.
Ce qui peut le faire tomber c’est une preuve matérielle absolue. C’est pour cette raison que les enquêteurs cherchent d’abord cette preuve.

Le seul moyen de le faire avouer serait-il de le confronter à une preuve écrasante ?

Exactement. Même si la preuve accablante arrive, ce n’est pas sûr qu’il passe aux aveux. Ce genre de personnalité à tendance à aller jusqu’au bout de la négation. Il ne faut pas s’attendre à cela, mais plutôt prouver de manière absolument circonstanciée qu’il est l’auteur d’un des crimes. A partir du moment où on démontre qu’il a tué le caporal ou la petite Maëlys l’autre affaire sera plus ou moins résolue. Il faudra ensuite évaluer l’ampleur des victimes possibles en admettant cette hypothèse selon laquelle il est l’auteur des faits.

L’affaire de la petite Maëlys est arrivée à un moment où il connaissait plein de gens et où il y avait des témoins. Est-ce l’erreur qui confond le criminel ?

Je pense que oui. C’est un coup de folie, un acte manifestement impulsif d’un très haut niveau de risque.
Un serial killer qui a déjà agi pas mal de fois va acquérir une forme de confiance en lui démesurée, un sentiment de toute-puissance. Il va lire les articles qui concernent les individus disparus et les enquêtes qui n’aboutissent pas. Il va se sentir vraiment marcher sur le monde. Il va imaginer qu’il peut à peu près tout se permettre.
Les risques qui sont pris pour enlever une fillette au milieu d’une soirée de mariage sur une fenêtre de tir extrêmement courte sont complètement déments. Malgré tout, on voit que ce n’est pas un fou. Il répond aux enquêteurs de manière très claire et circonstanciée. Il est psychologiquement très solide, car la pression des enquêteurs n’a aucun accès sur lui et il tient sa version mordicus.
Il a une double personnalité, très difficile à cerner.

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