Le maire de Perpignan, ancien député et vice-président du Rassemblement national, annonce officiellement sa candidature à la présidence du parti anciennement présidé par Marine Le Pen et brigué par son actuel président par intérim Jordan Bardella. Si son nom circulait depuis plusieurs semaines, c’est désormais officiel, il affrontera Jordan Bardella à l’automne.

Âgé de 53 ans, Louis Aliot connaît bien l’appareil du parti auquel il a adhéré en 1988 après s’être engagé en faveur de Jacques Chirac. Élu conseiller régional de Midi-Pyrénées en 1998, il a, depuis, fait toute sa carrière au sein du Front national devenu Rassemblement national. L’ancien compagnon de Marine Le Pen a encore la carrure du rugbyman qu’il était et fait partie des incontournables du parti à la flamme.

Clivage de ligne ou clivage historique ?

Politiquement, il apparaît comme un « challenger » de Jordan Bardella qui a le mérite d’incarner la continuité pour avoir été adoubé officiellement par Marine Le Pen au soir du second tour de l'élection présidentielle. Celui qui avait été désigné président par intérim lors de la campagne présidentielle avait été nommé expressément par Marine Le Pen au soir de la défaite, lorsqu'elle avait annoncé mener « la bataille des législatives aux côtés de Jordan Bardella ». Pour autant, Aliot a l’avantage de l’ancienneté et de l’enracinement. « Il a surtout démontré qu’il était capable de faire campagne sur son nom et de s’enraciner localement », affirme un membre de son entourage pour qui « Aliot incarne davantage la continuité du parti sur le plan historique ». Un moyen comme un autre de sous-entendre, l’air de rien, que Jordan Bardella a deux défauts : celui de la jeunesse et celui de n’avoir jamais été élu dans un territoire. Même si la liste européenne que ce dernier a portée en 2018 est arrivée en tête lors des élections. Quoi qu’il en soit, Jordan Bardella a déjà montré sa force par le biais d’une tribune publiée dans Valeurs actuelles (25/7/2022) par la députée du Var Laure Lavalette, appelant de ses vœux l’élection du jeune député européen : un « choix du cœur et de la raison », plaide la nouvelle élue.

Du côté de Louis Aliot, on défend sans faillir la légitimité du candidat. Pour le conseiller régional d’Occitanie Frédéric Bort, membre du premier cercle du maire de Perpignan, la candidature d’Aliot est tout sauf de témoignage : « Il est à maturité, il a un parcours remarquable au sein du FN, passé de directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen à acteur majeur de la dédiabolisation, il a conquis différents postes électifs. Il fait partie de ces gens d’expérience dont nous avons besoin. »

Chez les partisans de Jordan Bardella, on montre bonne figure : « C’est un plutôt que l’autre pas l’un contre l’autre. Le tandem de Jordan et Marine nous a menés à la victoire et je ne suis pas de celles qui veulent changer une équipe qui gagne », précise Laure Lavalette, jointe par téléphone. Dans l’entourage du président par intérim, on se dit même surpris de voir Louis Aliot se présenter à une telle élection : « Quand vous allez sur le terrain, on vous parle de Marine et de Jordan, jamais de Louis », remarque un député du groupe RN. « Il ne suffit pas de faire de belles émissions télé pour prouver ses compétences », rétorque-t-on dans l’entourage du maire de Perpignan.

Du côté des soutiens du maire de Perpignan, on peut compter évidemment sur les Pyrénées-Orientales et « sur une grande partie des députés du Nord », affirme-t-on dans son premier cercle. Si certains y voient l’occasion pour le mariniste mais autarcique « clan d’Hénin-Beaumont » un moyen de barrer la route à Jordan Bardella, dont « l’inimité qui le lie au tandem Bilde-Briois n’est un secret pour personne », pour reprendre les mots d’un fin connaisseur de l’appareil RN, d’autres y voient aussi un début de clivage idéologique. « Louis est sur une ligne très nationale et populaire. Il est marqué par une approche non identitaire mais populaire. Il veut dépasser la droite et non la remplacer », affirme Frédéric Bort.

L’unité à tout prix !

Bardellistes, aliotistes ou neutres, une seule consigne semble prévaloir : l’unité du parti et la nécessité d’afficher une cohésion. La formation historique des Le Pen sort d’une année difficile. Essorée par une longue campagne présidentielle grandement perturbée par la fusée Zemmour, bénéficiant de résultats inespérés aux dernières législatives, la consigne est claire : plus de divisions ! « Au fond, conclut, philosophe, un député du parti, les deux sont marinistes, alors... » En outre, tous voient d’un bon œil l’existence d’un débat qui coupera court à toute accusation de népotisme. « Le RN n’a pas pour vocation d’être une monarchie héréditaire », sourit un eurodéputé.

On ne sait pas si le RN a pour objectif de remplacer la droite ou de la dépasser, mais personne n’a envie, au RN, de tomber dans les mêmes affres et les mêmes déchirements de courants. Le parti aura bientôt un nouveau président qui, pour la première fois, ne s’appellera pas Le Pen. C’est déjà en soi une petite révolution.

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28 juillet 2022

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